27.11.2009
DIMANCHE 5 DECEMBRE 1982 : LES ANCIENS ELEVES DE L’ECOLE PRIMAIRE ONT FETE JOYEUSEMENT LEURS CINQUANTE ANS

DIMANCHE 5 DECEMBRE 1982 : LES ANCIENS ELEVES DE L’ECOLE PRIMAIRE ONT FETE JOYEUSEMENT LEURS CINQUANTE ANS
Dernièrement, les natifs de 1932 ayant fréquenté une école primaire de la commune se sont réunis pour célébrer, leurs... cinquante ans!
L’événement a débuté par un apéritif d'honneur servi sous le préau de l'école du Centre, où, Mme Casolari et M. Auvaro, enseignants de la belle époque, furent accueillis par leurs anciens élèves.
Le comité du Vieux Village célébrera l'anniversaire par une aubade interprétée par la chorale.
MM Mimi Cerrino et Villardry avaient composé, quant à eux, un compliment pour la circonstance à la grande joie de chacun.
M, Hardouin félicita l'assistance et rappela dans un bref exposé les circonstances qui avaient occasionné cette aimable réunion. Il remercia les organisateurs de cette heureuse initiative, qui fera date dans les annales de la commune, à savoir: E. Balducci, B. Cerrino, R. Occeli, D. Orsatti et D. Rossi.
Angèle Chiotti, dont c'était l'anniversaire ce jour-là, récita un petit poème de sa composition fort apprécié de l'assistance.
Enfin, Me Marc Moschetti, maire et conseiller général des Alpes-Maritimes, dit combien il était sensible à cette rencontre des anciens élèves, avant de remercier les enseignants, et en particulier M. Pellegrin, qui accueillait si gentiment, dans ses. murs, la promotion exceptionnelle de 1932.
Un banquet clôtura dans une chaude ambiance cette mémorable journée.
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19.11.2009
LA FETE DES GUEYEURS DE SAINT LAURENT DU VAR, UN PROJET RÉALISÉ

POURQUOI UNE FÊTE DES GUEYEURS
À SAINT LAURENT DU VAR ?
L’idée d’une fête des gueyeurs à Saint Laurent du Var a le mérite d’être ancrée dans une tradition historique remontant à l’origine de la cité, bâtie au bord du Var pour en assurer la traversée.
Rappelons que déjà en 1005 l’abbé de Saint Véran reçut une habitation dans un hameau dénommé Varum, sur la rive droite du fleuve, où Saint Laurent s’est installé par la suite. Au XIIè siècle un ermite se rendait chaque année sur les bords du Var avec deux chevaux pour faire passer les pèlerins se rendant à l’abbaye de Lérins.
La création d’un hospice confié à des religieux va poursuivre cette coutume pendant les siècles suivants jusqu’au XV ème siècle. « La barque de l’hospice » assurait alors le passage d’une rive à l’autre du Var.
Lorsque Saint Laurent fut repeuplé en 1468 après la peste par son seigneur l’évêque de Vence Raphaël Monso désireux de garantir la sécurité du gué, obligation fut faite aux nouveaux venus, de tenir une barque sur le Var pour en assurer le passage. Ces premiers gueyeurs laïques, dénommés « Riveraschi », vont s’organiser en corporation et maintenir leur activité jusqu’au XIXè siècle.
Les gueyeurs disparaîtrons lorsqu’un pont traversera enfin le fleuve de manière définitive en 1864.
Les gueyeurs ont donc marqué le passé laurentin durant plus de huit siècles.
Aujourd’hui leur souvenir se perpétue dans le Vieux Village par une modeste rue portant leur nom, elle relie la place de la Fontaine à la rue des Remparts.
Récemment, en 2000, un rond point au carrefour des rues du 11 novembre, du Point du Jour et de l’Ancien Pont s’est vu paré d’une sculpture représentant une voyageuse à califourchon sur le dos de l’un de ces porte-faix, acteurs glorieux de l’Histoire de la cité.
Faire revivre ces personnages d’un autre âge permet de remémorer une époque riche d’anecdotes rapportées par des voyageurs célèbres confrontés à la périlleuse traversée du Var.
Saint Laurent du Var possède, grâce aux gueyeurs, un patrimoine original, unique en France, qui ne demandait qu’à renaître.
Ces données historiques fondées sur la tradition locale se combinent au culte du plus illustre des gueyeurs, leur patron : Saint Christophe.
A partir de ces données, un projet est établi en 2004 par l’historien Edmond Rossi pour organiser une fête des gueyeurs à Saint Laurent du Var, haut lieu des prouesses de ces vénérables ancêtres, assujettis au passage du fleuve.
Deux parties seront proposées, une profane propre aux gueyeurs, la seconde religieuse destinée au culte de Christophe, leur saint patron.
La date du 21 août correspondant à la saint Christophe, se situe au cœur de la saison touristique à l’époque des principales fêtes patronales dont celle de la Saint Laurent.
La Municipalité devait être le maître d’œuvre des festivités soutenue par la participation active des associations, pouvant apporter leur concours dans leurs domaines respectifs. Le Programme envisagé devait débuter par une « messe des gueyeurs » célébrée à 10 heures, suivie à 11 heures par la « course mixte des gueyeurs », où les apprentis gueyeurs masculins portaient sur leurs épaules une partenaire féminine. Trois équipes d’âges différents, minimes, juniors et seniors devaient s’affronter sur un trajet à définir, soit de la rue des gueyeurs au rond point du Gueyeur, soit le long des berges du Var, devant la Mairie. Une remise de coupes récompenserait les vainqueurs, suivie d’un apéritif d’honneur au Parc François Layet.
Le « Banquet des gueyeurs » prévu ensuite sur la place de la Fontaine, au cœur du Vieux Village, avec un menu privilégiant des produits de la pêche, conformes à la vocation aquatique et fluviale des gueyeurs, truite, soupe de poisson.
L’après midi à 16 heures, avec l’accord des autorités diocésaines, une « bénédiction des véhicules à moteurs » pouvait être organisée sur l’Esplanade du Levant, rappelant le rôle protecteur de saint Christophe, avec distribution de médailles du saint, gravées : « Regarde Saint Christophe et va rassuré ». Cette partie religieuse, tout comme les actuelles messes propres à bénir les animaux familiers, devrait très vite connaître un succès départemental.
Enfin, à 21 heures « Spectacle son et lumière, Saint Laurent à travers l’Histoire du gué », place Adrien Castillon face à l’Eglise et au porche de l’antique hospice.
Là serait évoqué les grands moments de l’histoire laurentine.
Edmond Rossi présente son projet en Mairie, laquelle l’incite à s’adresser au « Comité de Sauvegarde du Vieux Village ». L’idée est adoptée par cette association qui organise la première Fête des Gueyeurs le samedi 26 août 2006.
Depuis quatre ans cette fête est célébrée en août avec enthousiasme par les Laurentins, souhaitons longue vie à cette heureuse initiative qui a le mérite de puiser ses sources dans la riche histoire de ce bourg provençal des bords du Var.
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17.11.2009
LE COMITÉ FNACA DE SAINT LAURENT DU VAR

Bref historique du Comité FNACA de
Saint Laurent du Var,
le premier créé dans notre département
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Le 21 mai 1961, une amicale des anciens du contingent voit le jour avec une vingtaine de démobilisés.
Le 11 novembre suivant ils seront une trentaine à entourer Messieurs Olivieri et Ferraretto pères de deux de leurs camarades morts en Algérie. Ils honoreront leur mémoire devant le monument aux morts de la commune. L’amicale y dépose sa première gerbe.
Sur le plan revendicatif, alors que les combats se poursuivent, l’amicale réclame la paix en Algérie et la carte du combattant pour les démobilisés.
Malgré les intimidations policières et les menaces de l’OAS une réunion d’information se tient présidée par Maurice Sicard dirigeant national de la Fédération Nationale des Anciens d’Algérie, venu spécialement de Paris. A l’issue de celle ci naîtra à Saint Laurent du Var le premier Comité de la FNAA présidé par Jean Berté (à l’époque conseiller municipal) secondé par Edmond Rossi vice-président avec comme secrétaire Guy Dégl’Innocenti.
Le dimanche 7 janvier suivant, à la suite d’une nouvelle réunion présidée par Lefèvre délégué régional FNAA venu de Marseille, décision est prise d’organiser un grand bal de solidarité le 4 février 1962, dont la recette sera intégralement répartie entre tous les jeunes Laurentins mobilisés en Algérie, 39 mandats seront expédiés à ces derniers.
La première assemblée générale du 11 mars 1962 élit le nouveau bureau avec Edmond Rossi président assisté de Guy Dégl’Innocenti, secrétaire et Georges Battaïni trésorier.
Le 18 mars 1962, à l’annonce du cessez le feu en Algérie, le Comité réunit le soir ses adhérents devant le monument aux morts pour une manifestation silencieuse.
Le soulagement qui suit la signature des accords de paix d’Evian est de courte durée, le 5 mai le Comité accompagne les obsèques de Maurice Danzi jeune laurentin assassiné par l’OAS.
Une souscription est ouverte après le plasticage du siège parisien de la FNAA le 28 mars.
Les activités du Comité se poursuivent avec un effectif de 90 adhérents : banquet du 22 mai 1962 et le gros succès des bals populaires des 14 et 15 juillet.
Le 17 octobre 1962 une campagne de pétitions pour la carte de combattant réunit de nombreuses signatures sur le plan local.
1963 débute avec un « bal des rois » le 6 février qui regroupe plus de 300 participants et le 17 du même mois le premier congrès départemental de la FNAA se tient à Saint Laurent du Var sous la présidence de J.C. Citerne du Bureau national.
Le drapeau du Comité offert par la Municipalité est présent pour la première fois au monument aux morts. Une réunion suivie d’un repas fraternel rassemble 140 adhérents et leurs familles à Castagniers. Là se prépare le Congrès National des 30 et 31 mars qui aura lieu à Noisy le sec où la FNAA devient la Fédérations Nationale des Anciens Combattants en Algérie Maroc et Tunisie (FNACA).
Après une pause, la vie du Comité se poursuit par un brillant redémarrage le 3 février 1975.
Le dynamisme du Comité est tel qu’il accueillera le Congrès départemental le 19 octobre 1975.
Un siège local est inauguré en juin 1977 rue de l’Ancien Pont. Le 200ème adhérent est fêté en 1979 ! Développant ses activités avec succès le Comité s’installe dans son siège actuel 54 rue de l’Eglise. Suivront des années où de nombreux adhérents obtiendront la carte d’ancien combattant et le titre de reconnaissance de la nation après dépôt et le suivi de leurs dossiers élaborés par le Comité. Le 4 octobre 1987 le 16ème Congrès départemental tient ses assises à Saint Laurent du Var il en sera de même pour les 24ème et 30ème les 29 octobre 1995 et 3 novembre 2007.
Dans un souci d’efficacité le Comité de Saint Laurent va regrouper les membres de la FNACA de Carros et de La Gaude avec un total de 250 adhérents.
Durant ces années et jusqu’à aujourd’hui, l’actif Comité poursuit son action de défense et de mémoire des combattants de la troisième génération du feu sur l’initiative du président Gilbert Charbit, entouré des membres de son bureau.
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11.09.2009
SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (10)

Monsieur Marius DANIEL est né dans le vieux village et Madame DANIEL, née Louisette GHETTI, arriva à St-Laurent à l'âge de 4 ans; puis ses parents s'installèrent à la Baronne. Ils se marièrent en 1943 à Ste-Petronille et viennent donc de fêter leurs noces d'or.
Après son mariage, Monsieur DANIEL continua d'exercer à mi-temps son métier de coiffeur tout en consacrant le reste à aider ses beaux-parents à cultiver trois hectares, partie en produits maraîchers, partie en pré et arbres fruitiers. Ce pré permettait d'entretenir 1 ou 2 vaches dont le lait, denrée devenue précieuse du fait des restrictions, assurait pour une part le ravitaillement familial en beurre et fromage et, pour le surplus, servait de monnaie d'échange contre d'autres produits rares ou était vendu au marché de Nice, le long du Paillon. Donc, les produits de la campagne atténuaient la rigueur des restrictions mais, naturellement, l'occupation n'entraînait pas que des problèmes de subsistance et de réglementation (car il valait mieux ne pas avoir affaire aux agents du contrôle économique). Par exemple, pour se protéger des bombardements aériens, un abri avait été creusé en forme de tunnel à environ 200 m de la maison des GHETTI, sous un petit monticule, dans la propriété d'un voisin, M. PANCINI :
" Quand L'alerte sonnait, on courait s'y réfugier et on se retrouvait à plusieurs familles, environ une douzaine de personnes dont 1 bébé, un petit garçon et notre nièce âgée de 5 ans. Quelquefois, quand on croyait qu'on n'aurait pas le temps d'aller jusqu'au «tunnel», on se réfugiait chez M. FABIO, un autre voisin dont la propriété était en face de notre maison, de l'autre côté de la route. Ce Monsieur avait construit un abri sous une large dalle circulaire dissimulée par une tonnelle de glycine. Mais le plus souvent, on allait jusqu'au «tunnel» et nous y avons passé plus d'une nuit. L'intérieur en avait été plus ou moins aménagé, il y avait de la paille et des bougies ou une lampe à pétrole, qui servait quand on avait du pétrole, mais le confort laissait vraiment à désirer ".
D'autres souvenirs affluent, qui ne sont pas aussi folkloriques.
Tantôt l'une tantôt l'autre, les DANIEL se rappellent : «dans les derniers temps de l'occupation, des unités allemandes qui se repliaient vers l'Est passèrent une journée entière à la campagne . A la nuit tombante, ils partirent, mais le lendemain, d'autres arrivèrent également pour la journée.
"Les premiers avaient coupé les branchages des arbres pour camoufler leur matériel et pendant tout ce temps - c'est Madame DANIEL qui parle - "réfugiée dans le "tunnel" avec les autres, je me demandais si les allemands n'allaient pas tous nous tuer avant de partir définitivement". "Un autre jour, reprend son mari, peu de temps avant la libération, des jeunes FFI sont venus, très tôt le matin, nous prévenir que les allemands emmenaient avec eux tous les hommes qu'ils trouvaient sur leur passage et qu'il fallait se cacher" ; ce que firent Monsieur DANIEL et ses voisins. Ils échappèrent donc à la rafle.
"La dernière nuit, les allemands ont incendié le pont des Pugets. Il était en bois et ils avaient dû l'asperger d'essence car tout a flambé d'un seul coup. Vu de la chapelle, on aurait dit un feu d'artifice !".
Dernière évocation : le jour même de la libération de St-Laurent-du-Var, donc le 27 août 1944, alors que les autres étaient encore dans le "tunnel", Monsieur DANIEL était allé cueillir des figues dans un arbre qui avait été épargné et qui surplombait la 209, au pied des quelques marches conduisant à la maison. A ce moment, arrive un groupe de jeunes laurentins appartenant aux FFI locales. Monsieur DANIEL se rappelle : "certains étaient à pied, d'autres avaient un vélo ou avaient pris place à bord d'une vieille camionnette. Quelques-uns étaient armés d'un revolver ou d'un fusil. Ils ne se sont pas arrêtés, mais me voyant dans le figuier, ils m'ont crié que St-Laurent était libérée et que les Canadiens les suivaient. C'était vrai et les premiers sont arrivés quelque temps après". Pourtant, Madame DANIEL ne fut pleinement rassurée
Evidemment, Madame DANIEL ne pouvait pas le savoir mais c'est exactement ce que les Allemands tentèrent, avec quelque succès, quelques mois plus tard et sur une bien plus grande échelle, dans les Ardennes belges.
qu'après avoir constaté qu'il s'agissait bien de soldats alliés et non d'une arrière-garde allemande "déguisée" pour tromper la population.
Poursuivant leur route, les FFI se heurtèrent, environ 1 km au delà de la propriété, à un groupe de 12 hommes composé d'un sous-officier allemand et de 11 soldats d'origine polonaise. Le gradé n'était pas disposé à se rendre mais quand il donna l'ordre de tirer sur les français et alors qu'il s'apprêtait à le faire lui-même, ses hommes l'abattirent avant de se rendre aux FFI. Ces derniers, les conduisirent dans la cour des GHETTI où leurs armes furent déposées, en attendant que les premiers éléments alliés arrivent et prennent le contrôle de la situation. Il fallut ensuite enterrer l'allemand et comme personne ne voulut que ce fût dans sa propriété, on finit par lui donner une sépulture au bord du Var, en contrebas de la 209, dans une tranchée bordée de roseaux que les allemands avaient creusée quelque temps auparavant sans jamais l'utiliser. Ce qui rend ce souvenir encore plus poignant, c'est que bien des années plus tard, des civils allemands qui étaient venus, avec l'accord des Autorités Françaises, pour exhumer le corps, repartirent sans en avoir trouvé la moindre trace. Personne n'a jamais su ce que sont devenus les restes du malheureux. Cinquante ans après cet événement, Monsieur et Madame DANIEL le regrettent sincèrement. Mais c'était la guerre et rien, ce jour-là, n'aurait pu les empêcher de participer à la liesse générale.
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« Saint-Laurent-du-Var à travers l’Histoire » ou quand le présent rejoint en images l'Histoire de Saint-Laurent-du-Var et sa fière devise: "DIGOU LI , QUÉ VENGOUN", (DIS LEUR QU'ILS VIENNENT), significative des « riches heures » de son passé.
Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.
Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.
Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulièrement capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.
Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.
Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.
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31.07.2009
FÊTE DES GUEYEURS

LES GUEYEURS, UNE TRADITION HISTORIQUE ORIGINALE
A l’origine Saint Laurent du Var fut bâti au bord du Var pour en assurer la traversée.
Rappelons que déjà en 1005 l’abbé de Saint Véran reçut une habitation dans un hameau dénommé Varum, sur la rive droite du fleuve, où Saint Laurent s’est installé par la suite.
Au XIIè siècle un ermite se rendait chaque année sur les bords du Var avec deux chevaux pour faire passer les pèlerins se rendant à l’abbaye de Lérins.
La création d’un hospice confié à des religieux va poursuivre cette coutume pendant les siècles suivants jusqu’au XVè siècle. « La barque de l’hospice » assurait alors le passage d’une rive à l’autre du Var.
Lorsque Saint Laurent est repeuplé en 1468 par son seigneur l’évêque de Vence, Raphaël Monso, désireux de garantir la sécurité du gué, obligation est faite aux nouveaux venus, de tenir une barque sur le Var pour en assurer le passage. Ces premiers gueyeurs laïques, dénommés « Riveraschi », vont s’organiser en corporation et maintenir leur activité jusqu’au XIXè siècle.
Les gueyeurs disparaîtrons lorsqu’un pont traversera enfin le fleuve de manière définitive en 1864. Ils avaient été durant plus de huit siècles les maîtres du fleuve.
Laissons Smolett les décrire: «Au village de Saint-Laurent, il y a une équipe de passeurs toujours prêts à guider les voyageurs dans le passage de la rivière. Six de ces hommes, les pantalons retroussés jusqu'à la ceinture, avec de longues perches en main, prirent soin de notre voiture et, par mille détours, nous conduisirent sains et saufs à l'autre bord.»
Et Papon, dans son «Voyage en Provence», de préciser : «... si l'on ne passe (le Var) ni en voiture, ni à cheval, on s'assied sur l'épaule de deux hommes qui se tiennent l'un contre l'autre».
Aujourd’hui le souvenir des gueyeurs se perpétue dans le Vieux Village par une modeste rue portant leur nom, elle relie la place de la Fontaine à la rue des Remparts.
Récemment, en 2000, un rond point au carrefour des rues du 11 novembre, du Point du Jour et de l’Ancien Pont s’est vu paré d’une sculpture représentant une voyageuse à califourchon sur le dos d’un de ces porte-faix, acteurs glorieux de l’Histoire de la cité.
Saint Laurent du Var possède, grâce aux gueyeurs, un patrimoine original, unique en France.
Ces données historiques fondées sur la tradition locale ne peuvent négliger le plus illustre des gueyeurs, leur patron Saint Christophe, dont la fête est célébrée en août grâce au « Comité de sauvegarde du vieux village de Saint Laurent du Var. »
Pour la quatrième année le 8 août, ce même Comité vous invite à participer aux diverses festivités qu'il organise à la gloire des célèbres gueyeurs.
Edmond ROSSI
18:46 Publié dans MEMOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire
14.07.2009
SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (9)

Témoignage de Monsieur Marcel PEREZ
Marcel PEREZ, l'ancien joueur de football professionnel bien connu - il a évolué à l'Association sportive de Cannes, à l'OGC Nice et au F.C. NANCY de 1939 à 1950- est né à l'Escarène, mais n'avait que 2 ans quand ses parents s'établirent à St-Laurent-du-Var. Ils y tenaient une boulangerie-épicerie, rue Valazé, dans le Vieux- Village. Madame PEREZ, née BATTINI, est, elle, originaire de la région parisienne et laurentine depuis 1931, année où sa mère, chef -monteuse de films, était venue travailler aux studios de la Victorine à Nice et de Nicea-Films, avenue Léonard Arnaud, anciennement Allée des Studios, à St-Laurent. Elle obtenait rapidement un poste à la régie des studios. La stabilité et l'intérêt offerts par cet emploi, d'une part, le climat de la Côte d'Azur, d'autre part, décidèrent les BATTINI à s'installer définitivement à St-Laurent. En 1942, leur fille, la future Madame PEREZ, devenait institutrice, profession qu'elle exerça jusqu'à sa retraite en 1981. C'est le 7 février 44 que le couple s'unit pour la vie ce qui, par parenthèse, lui a permis de célébrer ses noces d'or en début d'année. Madame PEREZ nous permettra également de rappeler que son ascendance insulaire lui vaut, depuis des années, d'être la secrétaire( I) de l'Association des Corses et Amis de la Corse de St-Laurent-du-Var. Pendant la guerre, son père, aujourd'hui décédé, ainsi que Marcel PEREZ et son frère Louis furent impliqués, à divers titres, dans les activités du Groupe Morgan. Monsieur PEREZ pourrait donc aborder ce sujet mais nous lui avions demandé de s'en tenir à la journée du 26 mai 44, ce qu'il a volontiers accepté. Il nous avait, en effet, été indiqué que son témoignage serait intéressant car, en raison de son appartenance à la défense passive, il a pris une part importante aux opérations de sauvetage et au transport des corps des victimes de ce raid meurtrier. Il raconte: "à cette époque, ma belle sœur était sur le point d'accoucher. Loulou (Louis Perez) et elle habitaient une villa du lotissement Lallé, actuelle Avenue Saint-Exupéry. Ce jour-là, mon frère et moi étions à la boulangerie où se trouvaient aussi quelques clientes. Il devait être Il heures, quand une alerte, une de plus, fut déclenchée. Les clientes partirent à la hâte; mon frère partit lui aussi, car il ne voulait pas laisser sa femme seule trop longtemps, dans son état (pour l'anecdote, Madame Louis PEREZ donna naissance à un garçon quelques jours plus tard, le 30 mai 1944).
Environ 5 ou 10 minutes plus tard, on entendit, presque coup sur coup, sonner la fin de l' alerte puis, à nouveau, l' alerte. Au même moment, ou presque, on entendit des explosions. Ca semblait venir du côté de chez mon frère. Aussitôt, j' ai pris, à vélo, la direction de leur cité. Il y avait alors beaucoup moins de constructions que maintenant, mais, un peu avant d'arriver chez Loulou, un couple de personnes âgées qui habitait une villa, Monsieur et Madame BOMPART, me fit signe de m'arrêter. Je compris vite pourquoi: dans le garage qui leur tenait lieu d' abri, allongé sur un lit, je vis un jeune garçon d'une douzaine d'années, Jimmy COLANGELO, dont le père, si je me rappelle bien, vivait en Amérique. Il ne bougeait pas mais était vivant et, apparemment, peu sérieusement blessé. Il avait juste un petit trou au niveau du plexus. Je dis aux BOMPART qui s'inquiétaient, que même si ça n'avait pas l'air bien grave, j'allais emmener Jimmy au dispensaire, par mesure de sécurité, le temps d'aller voir si tout allait bien chez mon frère et ma belle-sœur. Je reprends donc ma route moitié à vélo, moitié à pied, car il y avait des cratères de bombe sur le chemin et j'arrive chez Loulou et Fernande (la belle-sœur de Marcel FEREZ ). Leur maison était vide mais ils étaient à l'abri dans la cave d'un voisin. Je retourne donc immédiatement chez les BOMPART où je laisse le vélo pour pouvoir porter le petit garçon. Il ne se plaignait pas et, la tête contre mon épaule, ne semblait pas souffrir. Tout au long du trajet, je lui ai parlé pour le rassurer. Arrivés au Square BENES, la vraie fin d'alerte sonnait et les gens commençaient à sortir de chez eux ou des abris. J'ai continué à porter Jimmy j usqu ' au dispensaire municipal qui se trouvait en face de la pharmacie Loir etje l'ai allongé sur les indications du Docteur COSTE-SALOFF; c'était une femme. Elle s'est penchée sur la blessure, a ausculté l' enfant et m ' a fait un signe négatif de la tête. J'ai compris qu'il était perdu. On l'a transporté d'urgence à la Fontonne, en camionnette, parce qu'on n'était pas riche en ambulances, mais il est mort quelques heures plus tard. Sans doute, un petit éclat de bombe avait-il provoqué une hémorragie interne ? Marcel PEREZ, lui, repartit chercher son vélo puis il coupa au plus court, en direction de la voie ferrée, par le chemin qui est devenu l'avenue Jeanne d'Arc prolongée par l'avenue des Magnolias.
Depuis la dernière courbe du chemin, il vit un train immobilisé, juste au dessus du ponceau du Gros Chêne, qui existe toujours. Le train n' avait pas déraillé, mais les wagons étaient très endommagés. On sut, par la suite, que le convoi, venant de Cannes, s ' était arrêté au déclenchement de la première alerte puis était reparti vers la gare de St-Laurent-du- Var, mais avait été surpris par la soudaineté de la seconde alerte, presque immédiatement suivie par la chute des bombes. Plusieurs de celles-ci tombèrent loin des voies mais il semble bien que ce fut le train lui-même et non le pont du Var qui était visé. "En arrivant sur les lieux, laissons Monsieur PEREZ poursuivre, je descends de vélo et je vois une dame qui avait probablement réussi à sortir toute seule du train et à qui un docteur, le docteur COLPART, donnait les premiers soins. Presque tout de suite est arrivé un ami qui appartenait aussi à la défense passive. C'était un cultivateur, un costaud, qui s'appelait Lucien BRUNO. On avait déjà fait équipe ensemble. Il y avait encore très peu de monde sur place mais on s ' est dit qu'il valait mieux ne pas attendre. On a commencé par le wagon de tête, après le tender de la locomotive. Le premier blessé qu' on a trouvé, c' était un soldat allemand, seul dans un compartiment. Il avait une très vilaine blessure à lajambe. En fait, son pied était presque sectionné. Allemand ou pas, il n' était pas question de le laisser là. On a pris une portière qui avait été arrachée du wagon et on s'en est servi comme d'un brancard. C'était très lourd mais on l'a transporté jusqu' à un poste allemand situé sur la RN7, là où, aujourd'hui, il y a une marbrerie".
A ce moment de son récit, Marcel PEREZ nous rapporte un détail qui introduit la seule note un peu légère dans une journée aussi éprouvante: "Mon ami BRUNO avait toujours sur lui une petite bouteille d'eau de mélisse (d'une marque toujours bien connue), à la différence que le contenu était une eau de vie de sa production. Comme le soldat souffrait beaucoup, Lucien me demanda si je ne pensais pas qu'un petit remontant lui ferait du bien. C'était un allemand, c'est vrai, mais il était blessé et il s'agissait d'un geste humanitaire. Je ne pouvais qu' être d' accord et Lucien lui tendit la bouteille; il croyait que l'autre se contenterait d'une gorgée ou deux, mais il la vida d'un seul trait. Alors, en la récupérant Lucien me dit : "tu vois, il a aimé mon eau de mélisse". Après avoir transporté l'allemand, on est retourné au train. Il n'y avait d'ailleurs qu'une centaine de mètres à parcourir. Dans l'intervalle, d'autres sauveteurs étaient arrivés et les secours commençaient à s'organiser. Lucien et moi, on est monté dans un 2ème wagon, on s'est engagé dans le couloir et, dans le 2ème compartiment, on a vu, côté fenêtre, deux voyageurs restés assis, l'un en face de l'autre. J'ai réalisé tout de suite qu'il n'y avait plus rien à faire pour eux et ça m'a terriblement secoué, parce que je les connaissais bien tous les deux. L'un était un commandant qui habitait Cannes et était un fidèle supporter de l'équipe dans laquelle je jouais, l'autre était Monsieur SAUVAIGO, le père de Pierre SAUVAIGO, devenu par la suite député- Maire de Cagnes-sur-mer. Par un terrible coup du sort, Monsieur SAUVAIGO allait à Nice, on ne le sut évidemment qu'après, rendre visite à son fils qui était en prison pour faits de résistance, qualifiés d'actes de terrorisme par Vichy et les allemands. Lucien BRUNO et moi avons porté les deux corps d'abord sur le ballast, ensuite sur la route. Après quoi, on reprit notre triste besogne. Des victimes, il n'y en eut d'ailleurs pas que dans le train. Sur la route aussi, il y eut des personnes tuées dans les quelques voitures ou camionnettes qui s'étaient arrêtées au moment du raid. Les conducteurs et les passagers, qui en avaient eu le temps, s'étaient allongés sous les véhicules mais, même là, il y eut des morts. Parmi eux, un jeune laurentin qui avait déjà été blessé quelques semaines auparavant. Il ne s'agissait pas d'une blessure banale. En effet, surpris par une attaque aérienne alors qu'il traversait le pont du Var à pied,il s'était couché à plat ventre et fut touché aux reins non par des éclats de bombe, mais par la retombée de gros galets projetés hors du lit du fleuve par la violence des explosions. Ce qu'il y a de plus extraordinaire encore dans cette affaire, c'est que le jour où il est mort, donc le 26 mai 44, c'est encore aux reins qu'il fut atteint, mais il ne s'agissait plus de galets ! Parmi les autres tués, il y eut aussi un chauffeur de taxi de la gare dont la femme attendait un enfant. Il revenait de Cannes où, sur réquisition, il avait conduit des officiers allemands". Monsieur PEREZ reconnut également, parmi les victimes, un champion de boxe réputé. Ensuite, et ce fut aussi très pénible, il fallut transporter les corps au NEROLIUM, transformé en chapelle ardente. Toujours en compagnie de son ami BRUNO, il remontait avec un charreton l' actuelle avenue du Général de Gaulle quand, à environ 400 m de la gare, ils découvrirent plusieurs corps sans vie. L'un d'eux, se rappelle-t-il avec horreur, avait été décapité et la tête fut retrouvée de l' autre côté de la chaussée. On sut, par la suite, qu' il s ' agissait d' ouvriers qui travaillaient sur la voie ferrée au moment où les bombes commencèrent à tomber et qui avaient cru trouver leur salut en s ' en éloignant. Au contraire, le chef de gare, Monsieur ROSTAGNI, qui s'était, comme à son habitude, réfugié dans un abri en béton en forme de guérite à moitié enterrée, construit sur place, pour deux personnes d' ailleurs, ne fut jamais blessé.
Le destin " comme le dit fort justement Monsieur PEREZ. L' arrivée au NEROLIUM fut très impressionnante, avec tous ces corps alignés et la terrible épreuve de leur identification par les familles ! Il y avait déjà eu des bombardements et il yen eut d'autres également très pénibles, par exemple la fois où 5 femmes furent tuées dans un abri touché de plein fouet par une bombe (le témoignage de Madame GASTAUD permet de dater du 2 août 44 ce tragique événement.) mais cette journée du 26 mai 44, plus que toute autre, restera à jamais gravée dans ma mémoire, conclut Monsieur PEREZ. Heureusement que ces temps sont révolus, du moins en France. Espérons qu'un jour il en sera de même partout ailleurs dans le Monde".
Que Dieu vous entende, Monsieur PEREZ !
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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.
Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.
Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulièrement capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.
Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.
Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.
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30.05.2009
SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (8)

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR ET MADAME LOUIS BRUN
L' entretien a lieu dans une villa située tout en bas de l' avenue de la Libération, face au Square BENES. Monsieur BRUN y vit depuis 1930, date à laquelle ses parents, encore une très ancienne famille de St-Laurent-du-Var, la construisirent. Quant à Madame BRUN, elle y demeure depuis 1944, année de leur mariage. Elle était arrivée de Paris, 10 ans auparavant, avec ses parents venus s 'y établir pour reprendre, au décès de son grand père, l' exploitation horticole familiale, qu'il avait créée en 1905.
Monsieur et Madame BRUN sont particulièrement en mesure de répondre à nos questions du fait que le père de cette dernière n'était autre que Monsieur RAVET, Maire de St-Laurent-du-Var et patron de la résistance locale.
D'abord, quelques anecdotes concernant la période de l'occupation italienne qui ne fut en rien comparable, ils en sont également d'accord, avec ce qui allait se passer par la suite.
Le 1er dimanche qui suivit leur arrivée, deux soldats, italiens donc, entrèrent dans l'église du Vieux Village dans l'intention d'assister à la messe. S'apercevant qu'ils étaient en armes, le Père DECAROLI les apostropha en les invitant soit à laisser leur fusil à l' extérieur, soit à quitter l'église "car, leur dit-il, on n'y entre pas avec une arme" . Les deux hommes s ' éclipsèrent sans demander leur reste. Une autre fois, le jour où Monsieur RAVET fut emmené à Cagnes-sur-Mer par des italiens venus l'arrêter à son domicile, il demanda ostensiblement à sa fille (qui, encore célibataire, vivait sous le toit familial) de prévenir le Préfet qu'on venait d'arrêter le Maire de St-Laurent-du-Var puis, calmement, il suivit les soldats. Naturellement, la future Madame BRUN s'empressa de suivre les instructions de son père, mais quand nous lui aurons donné la version de Monsieur HEBERT à propos de cette affaire, elle voudra bien convenir que le sang-froid et l'intransigeance du Maire de St-Laurent eurent probablement au moins autant d'importance que l'intervention de la Préfecture, dont le secrétaire-général avait d'ailleurs assuré à Mlle RAVET qu'il faisait le nécessaire.
Pourtant, ce sang-froid, elle devait un jour le voir faire défaut à son père. Cela se passa en famille et le souvenir qu'elle en a gardé la fait sourire. «A l'époque, dit-elle, mon Père, comme la plupart des hommes, ne sortait jamais sans chapeau. Les militaires italiens, qui, au moins de vue, le connaissaient et, sans doute, voulaient se montrer polis, ne manquaient pas de le saluer réglementairement chaque fois qu'ils le rencontraient dans la rue et, naturellement, il leur rendait la politesse en se découvrant. Un jour, il en eut assez de ce qu'il considérait comme des simagrées et, de retour à la maison, laissa éclater sa colère en jetant son couvre-chef. " J'en ai assez de saluer ces gens-là, dit-il, je ne porterai plus de chapeau" ; et à partir de ce jour, même après la guerre, Monsieur RAVET sortit toujours nu-tête.
Dernière anecdote de ce volet plutôt amusant: les italiens avaient installé un poste de commandement sur une petite élévation de terrain, en bordure de la N7, entre le garage des autocars BROCH et la station d'essence située presque à la hauteur de la gare. Un jour, l'attention de Monsieur RAVET fut attirée par un grand drapeau italien au sommet du bâtiment. Les services de la Préfecture l'ayant également remarqué, le Maire de St-Laurent fut chargé d'entreprendre une démarche auprès du commandant de la place, afin d'obtenir le retrait du drapeau en question. La réponse fut catégorique: «je fais ce que je veux ". C'est alors que, plutôt que de risquer d'envenimer les choses en s'appuyant uniquement sur des arguments de droit, le Maire agit à la fois en diplomate et en fin connaisseur de la nature humaine. Il fit, en effet, remarquer à son interlocuteur qu'il y avait là, indépendamment de toute autre considération, un problème de sécurité car il n'était pas impensable qu'un navire "hostile", croisant au large, tire une salve sur un édifice désigné à coup sûr par la présence d'un drapeau, comme un objectif militaire. A défaut de tir, l'argument fit mouche, l'emblème disparut et le Maire put rendre compte au Préfet du succès de son intervention.
Sans dire que tout ce qui précède n'est que broutilles, c'est sous l'occupation allemande que Monsieur RAVET allait donner la pleine mesure de sa personnalité et de son patriotisme. Tout d'abord, il est évident que de tout temps, quelles que soient les circonstances, le Maire d'une
commune doit gérer le quotidien. Tâche déjà difficile en temps de paix, beaucoup plus compliquée sous une occupation ennemie entraînant des restrictions sévères.
Il fallut donc, d'urgence, mettre sur pied un certain nombre de services sociaux. Monsieur RAVET y parvint grâce, à la Mairie, à l'équipe soudée qu'il dirigeait et, dans la population, au dévouement inlassable de femmes ou de jeunes filles dont trois religieuses. Leurs activités, totalement bénévoles, couvraient un champ très large: visites médicales pour les enfants, cantine scolaire, envoi de colis aux prisonniers de guerre, assistance aux familles en difficulté; en particulier celles qui, d'une manière ou d'une autre, eurent à souffrir des 23 bombardements subis par St Laurent-du-Var (Monsieur et Madame BRUN se rappellent qu'ils avaient lieu en général vers midi, probablement pour que les objectifs à atteindre se détachent nettement, sans ombres portées.)
De nos jours cela peut paraître banal, mais il y a un demi-siècle, de telles dispositions étaient encore exceptionnelles. Bien sûr, Monsieur RA VET se faisait un devoir d ' être parmi les tout premiers à se rendre sur les lieux où les bombes avaient causé le plus de dégâts et hélas! souvent, de victimes.
Quelle que soit l'importance de ce volet que l'on qualifierait aujourd 'hui d 'humanitaire, l' essentiel des activités du Maire, pendant cette période, fut consacrée, en liaison constante avec Georges FOATA, à la résistance. Divers témoignages, dont celui de Madame MATHIEU, font état des armes cachées dans la mairie. Comme cette dernière, Monsieur et Madame BRUN précisent qu' elles furent, un temps, enfermées dans le gros coffre du bureau du maire, juste derrière son fauteuil. Or, un jour qu'un officier allemand était venu le voir à propos de rumeurs concernant la présence, à St-Laurent-du-Var, d'armes de guerre non autorisées, Monsieur RAVET lui répondit avec un aplomb. . . désarmant que cette rumeur était sans fondement, car s'il y avait eu des armes à St-Laurent-du-Var, le Maire l'aurait su. Détail savoureux : en proférant cette affirmation catégorique, Monsieur RAVET, debout, s'appuyait du coude sur le coffre-fort arsenal. Utile précision: il était debout car c ' est ainsi, par simple correction, qu' il recevait tous ses visiteurs, ayant fait enlever de son bureau les deux sièges qui s 'y trouvaient en plus du sien, pour ne plus avoir à inviter des allemands à s ' asseoir. Autre souvenir en rapport avec des armes: le jour du transport organisé dans les conditions relatées par Monsieur HEBERT, Madame BRUN se rappelle que, même à son domicile, le Maire reçut de multiples appels téléphoniques. Elle ne sut que plus tard qu'il lui était ainsi rendu compte du déroulement de la mission, mais elle comprit tout de suite qu'il se passait quelque chose d'important, car son père, tout en gardant son calme, ne fut tout à fait rassuré qu'une fois que les appels cessèrent.
Comme s'il n'avait pas déjà suffisamment pris de risques, le Maire mit tout en oeuvre pour soustraire les jeunes laurentins au STO, n 'hésitant pas, selon ses propres mots, à "transformer la mairie en officine de faux papiers".Il put ainsi, en toute légalité, embaucher un jeune stagiaire qui devait faire son chemin puisqu'il est, à son tour, devenu Maire de St-Laurent-du-Var en 1965... et qu'il l'est toujours. D'autres jeunes gens, également menacés, purent, eux aussi, échapper au départ pour l' Allemagne grâce à un emploi fictif de "cultivateur" attesté par une carte d'identité parfaitement authentique, et pour cause.
Monsieur RAVET réussit même à faire embaucher, en qualité d'ouvriers, plusieurs jeunes gens munis des précieux "faux-papiers" qu'il avait fait établir à leur profit. Parmi eux, certains travaillèrent d'ailleurs à la destruction du Palais de la Jetée (construction de Type Eiffel.), à Nice, exigée par les allemands qui, aux abois, voulaient en récupérer le fer et le cuivre. Le dernier volet des activités de Monsieur RAVET est moins connu, sinon de ses intimes, parce qu'il les exerça à titre personnel. Pendant toute cette période, en effet, il s'évertua à mettre à l'abri des recherches de la police et de la Gestapo, plusieurs familles juives de St-Laurent-du- Var ou venues s'y réfugier, telle cette famille "exfiltrée" de la zone occupée par les soins de la "Mutualité agricole". Après la guerre, cette activité portée à la connaissance des autorités israéliennes lui valut de recevoir, à Dimona dans le Neguev, un diplôme des mains du Président de l'Etat hébreu en même temps qu'était plantée une forêt de mimosas, qui porte son nom, en présence de hautes autorités et de l' Ambassadeur de France.
Encore moins connues, les dispositions prises par le Maire de St-Laurent-du- Var pour sauver la vie...de 2 allemands. Il est vrai qu'il ne s'agissait pas de n'importe quels allemands: "dans le cas du premier, il avait épousé une de mes amies de lycée, nous dit Madame BRUN, après avoir combattu à Narwick du côté Français, dans la légion étrangère. Bien sûr, sa vie fut en danger dès que ses compatriotes eurent envahi la zone sud". A la demande de sa fille, Monsieur RA VET lui fit établir les papiers nécessaires et, plus tard, en avril 1944, lui fit rejoindre le maquis de Savoie avec lequel il se battit jusqu'à la fin de la guerre.
Monsieur et Madame BRUN nous précisent à son sujet, qu'il était devenu urgent de l' éloigner de la région, car son arrestation imminente aurait mis en danger l' ensemble de la résistance locale. Toujours en vie, il n'a plus jamais quitté la France. En revanche, Monsieur et Madame BRUN ne savent pas ce qu'il advint du 2ème allemand. Celui-là était venu directement trouver Monsieur RAVET à qui il avait raconté son histoire: il était bien de nationalité allemande mais né à Paris, il y avait toujours vécu et ne parlait même pas l'allemand. Incorporé de force dans la Wehrmacht, il avait réussi à déserter. Certes, le Maire avait dû se demander s'il n'avait pas à faire à un provocateur, mais, tout bien pesé, ancien de la légion étrangère lui-même et connaissant bien les hommes, il avait été convaincu de la bonne foi du jeune homme et avait accepté de l'aider. Nous sommes sur le point de prendre congé quand Madame et Monsieur BRUN se rappellent une dernière anecdote: un jour qu'il revenait à pied des Vespins, par la 209, le Maire rencontra Monsieur Jean-Baptiste PALLADIO, qu'il connaissait bien et qui fit un bout de chemin avec lui. Plus loin, ils furent interpellés par une patrouille allemande qui, Maire ou pas, procéda à un contrôle de l'identité des deux hommes. Monsieur RAVET, pour sa part, sortit son portefeuille de la poche arrière de son pantalon. Les allemands partis, il s'adressa à Monsieur PALLADIO en lui disant: "heureusement que nous étions en règle, hein, Jean-Baptiste, car s'ils nous avaient fouillés, regarde ce qu'ils auraient trouvé" et d'exhiber un revolver qui se trouvait dans la même poche en l'occurrence elle méritait bien son nom - que son portefeuille. Jean-Baptiste PALLADIO doit encore s'en souvenir! Le plus extraordinaire, pourtant, se produisit la veille de la libération de St-Laurent-du-Var. Le 26 août, donc, les allemands occupèrent la mairie qui, depuis le bombardement du 26 mai, se trouvait sur l'actuelle corniche Fahnestock.
Sans ménagement aucun, ils enfermèrent Monsieur RA VET dans la cave. L'oreille aux aguets, croyant sa dernière heure venue, il entendit alors des bruits de caisse qu'on clouait. Puis, les bruits cessèrent et au bout d'un moment, le Maire réussit à sortir de sa prison.
Les allemands avaient quitté les lieux, il était libre et, le lendemain, St-Laurent-du- Var fut libérée.
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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.
Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.
Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulièrement capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.
Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.
Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.
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25.12.2008
CONTE DE NOËL

QUAND LES GENETS FLEURISSAIENT A NOEL...
Pour resituer la menace des Sarrasins dans les Alpes Maritimes, rappelons qu’après avoir été battus par Charles Martel, les Maures se replient en Provence où ils brûlent Cimiez et Lérins en 734.
Les raids se poursuivent ensuite, avec une attaque sur Nice en 813.
A la suite de sa prise de pouvoir en 822, le comte Hugues d’Arles détruit l’armée sarrasine, avant de céder ses droits au duc de Bourgogne Rodolphe II. Les Sarrasins se regroupent alors dans la Basse Provence.
Commence à ce moment-là, une période sombre pour la Provence orientale qui durera presque un siècle de, 883 à 972.
Installés au Fraxinet (La Garde-Freinet) au- dessus du Golfe de Saint Tropez, au Cap Ferrat et à Eze, les Sarrasins opèrent dans toute la région, ravageant successivement Grassse, Nice, Cimiez, La Turbie et Vence.
Le comte d’Arles Guillaumes et son frère le marquis de Turin Arduin fédèrent les seigneurs locaux dans une sorte de croisade qui aboutit en 972-974, à l’expulsion définitive des Maures de leur repaire du Fraxinet.
Après cette glorieuse épopée, Guillaume dit «le libérateur » assoit son autorité sur une Provence indépendante en prenant le titre de marquis.
Mais la menace insidieuse des corsaires musulmans catalans ou andalous, va se poursuivre par des raids surprises sur les côtes des Alpes Maritimes. En 1047, l’île de Lérins est de nouveau dévastée et les jeunes moines sont emmenés en Espagne musulmane.
L’incendie criminel de la cathédrale épiscopale d’Antibes en 1125, par les princes opposés à l’évêque, sera mis ensuite au compte des Sarrasins qui, donc, sévissaient encore dans la région.
Qui étaient ces pirates enturbannés venus de la mer ? Selon les historiens, des muwallads espagnols convertis à l’Islam ou des mozarabes chrétiens sous domination musulmane du calife de Cordoue.
S’y ajoutaient parfois des apports du Maghreb, comme en 934, quand une flotte arabe, venue d’Afrique et de Sicile, saccage la ville de Gênes.
En Espagne, le roi d’Aragon Jacques le conquérant (1213-1276 ) atténuera le péril par la conquête de Valence et des Baléares. Il en sera de même lors de la reconquête de Murcie en 1243.
Mais il faudra attendre 1492, pour voir les musulmans, chassés de leur royaume de Grenade, quitter définitivement l’Espagne.
Durant tout le Moyen-Age, les inquiétantes felouques des flottilles sarrasines viendront depuis leurs bases espagnoles razzier sans vergogne le littoral des Alpes Maritimes.
L’apport odieux d’esclaves, femmes et enfants, enlevés sur la côte de Nice à Cannes, va constituer tout au long de ces siècles, un commerce florissant, propre à encourager la répétition d’attaques audacieuses dont il faudra se protéger.
Du haut des murs dressés au sommet du «Baou des Blancs», dominant collines et vallons, la vue s'étend jusqu'à la mer. De son repère aérien, Victor Roubaudy, attentif, surveille les allées et venues des Infidèles campant dans les ruines de l'ancienne cité de Vence. Les campagnes d'alentour, abandonnées et sans culture depuis trois ans, n'offrent plus que le spectacle de la désolation. Ce nouveau raid des Maures a débuté la veille par l'arrivée de voiles noires cinglant au Ponant. Débarqués sur la côte déserte, les nouveaux venus sont d'abord allés renforcer leurs frères d'arme regroupés dans l'ancienne forteresse de Cagnes.
Réfugié depuis peu à Saint Laurent la Bastide, le moine Aymard, rescapé de l'abbaye de Lérins, a témoigné dans son premier sermon des crimes et dévastations: «Les Sarrasins ont tout saccagé, détruit l'église et le monastère, des lieux les plus agréables ils en ont fait la plus affreuse solitude. Sur la côte, ils se promènent dans tout le pays portant le fer et la flamme, emmenant en esclavage une multitude de captifs. Des hommes et des femmes sont écorchés vifs, comme les Sarrasins ont coutume de le faire à l'égard des nôtres et comme nous l'avons vu de nos yeux. »
La poignée de Vençois retirés dans le nouveau village de Saint Laurent la Bastide, à l'abri des hauteurs du Baou, s'est placée sous la protection du nouveau seigneur Laugier Ruffi. Laugier a conquis ses titres de noblesse au combat, il a su organiser la défense et la vie de la petite communauté évitant les attaques et la famine. Les murs ont été renforcés autour de l'antique castelet à tour carrée. Placé au sommet de cet observatoire, Victor Roubaudy guette les mouvements de l'adversaire depuis le lever du jour.
Soudain un cri: «Les Maures! Les Maures ! . » Secouant la cloche tout en hurlant, Victor donne l'alerte. En effet, prenant la direction du vallon de Malvan, après s'être regroupés, quelques centaines d 'hommes s'avancent d'un pas décidé. Devinant la manœuvre d'encerclement, Laugier Ruffi prépare une sortie avant que l'ennemi n'atteigne le pied des murailles en contournant par le plateau. Dévalant du rocher vers le vallon, la petite troupe part courageusement à la rencontre de l'adversaire. Surpris par l'attaque, les Maures désemparés reculent puis se ressaisissent et très vite submergent les Provençaux qui succombent sous le nombre. Laugier Ruffi, après un combat héroïque où tombent à ses côtés les meilleurs de ses hommes, est fait prisonnier, entravé et traîné au pied du farouche caïd Haround el Rachid. Nous étions le jour de Noël de l'an 953. La veille, la femme du seigneur de Saint Laurent la Bastide, dame Phanette à la chevelure d'or, belle comme une madone, avait donné le jour à une fillette jolie comme un ange. L'enfant avait été baptisée Nouvette en souvenir de la nuit sacrée de Noël se disant Nouvé en provençal. Avant de partir, captif du Maure, Laugier, le vainqueur de jadis, s 'humilia en demandant une ultime faveur: embrasser son épouse sur le point de rendre le dernier soupir et sa fille qui venait de naître. Magnanime, Haround accepta et proposa un bien étrange marché: «Retourne dans ton château, nous ne troublerons plus la paix des terres dont tu es le maître. Mais dans vingt ans, jour pour jour, mon fils viendra réclamer la main de ta fille, à cette condition je t'offre la liberté à toi et aux tiens qui vous êtes si bien battus ! »
Libre, Laugier Ruffi reprit le chemin de Saint Laurent la Bastide où, après avoir pleuré la mort de Phanette, il se consacra tout entier à sa fille. Au fil des années, Nouvette grandissait en beauté et en sagesse. Dans toute la contrée chacun vantait la douceur de ses traits, son charme et sa vertu. Mais le retour du Maure approchait. Laugier avait dissimulé à sa fille le terrible secret qu'il gardait enfoui au fond de son cœur tourmenté. Préparant l'assaut final contre les dernières bandes sarrasines qui infestaient encore le pays, Guillaumes le Roux Comte de Provence, déjà nommé le «libérateur», passa en automne par Saint Laurent la Bastide. Il y fut dignement reçu par Laugier Ruffi et les seigneurs d'alentour. A la fin du banquet, Guillaumes troublé par la beauté de Nouvette glissa à l'oreille de son hôte: «Je vous envie d'avoir un pareil joyau, il va pourtant falloir songer à vous en séparer pour la marier à l'un de nos preux chevaliers. Les prétendants seront nombreux! Je serais flatté de revenir parmi vous pour ses épousailles. » Laugier, confus et honteux, rougit sous le compliment n'osant révéler que sa fille représentait le prix de sa liberté.
En dépit du temps qui passait, l'odieux serment torturait la mémoire et le cœur du père de Nouvette. Les saisons s'écoulaient rapprochant toujours plus la date de l'échéance fatidique.
L'avant veille de Noël 973, alors qu'on s'activait déjà aux préparatifs de la fête, trois voiles sombres apparurent à l'horizon contournant le Cap d'Antibes. Le lendemain un émissaire du fils d'Haround el Rachid prévenait le malheureux Laugier Ruffi qu'il allait devoir exécuter sa promesse et lui livrer sa fille, rançon de l'impitoyable marché conclu vingt ans plus tôt jour pour jour. Le Maure promettait en outre à Nouvette un sort enviable, comme favorite de son harem.
Devant l'imminence du péril, le seigneur de Saint Laurent la Bastide terrassé par le poids de sa conscience, s'agenouilla dans la petite chapelle contiguë au château. Après avoir imploré la grâce divine et offert son âme et son corps pour expier la faute, il se décida enfin à avouer sa lâcheté.
Prévenue, Nouvette tomba en larmes, révoltée contre le sort injuste qui l'attendait. Nous étions le soir de Noël. Déjà la troupe des Maures confiante s'installait sous les remparts du château éclairés par la lune. Des tentes dressées s'échappaient des flots de musique étrange mêlés aux fumets des moutons rôtis pour fêter l'accueil de la promise.
La fille du seigneur de Saint Laurent la Bastide s'avançait déjà effleurant une dernière fois les genêts accrochés au bord de la falaise. Penchée vers le vide elle murmura : «Je ne vous verrai plus fleurir belles «ginestres» de ma Provence», implorante elle ajouta : «Si vous pouviez me protéger et m'épargner l'exil au pays de l'Infidèle! Aidez-moi ! » Supplia-t-elle. Simultanément et comme en écho à ces paroles, les douze coups de minuit s'égrenèrent au clocher de la modeste chapelle du château.
A ce signal et comme sous l'effet des chauds rayons du soleil de juin, tous les genêts se dressent, s'épanouissent et fleurissent formant mille haies défensives devant les Sarrasins déconcertés. Dans la campagne environnante autant de piques acérées couvertes de fleurs inondent le paysage d'une lumière dorée. Devant ce sortilège, attaqués de toute part par les flèches jaunes, les Maures abandonnent leur camp et s'enfuient en désordre vers la côte. Le jour qui suivit, ils levèrent l'ancre et disparurent à jamais du pays vençois.
Quelques mois plus tard, le 21 juin alors que les précieux genêts fleuris embaumaient les collines et les vallons, la douce et tendre Nouvette épousa en grande pompe le beau et brave Pons, fils de Rodoard, prince d'Antibes et seigneur de Grasse.
Les festivités du mariage se poursuivirent dix jours durant à la grande joie de tous. Plus tard sept enfants concrétisèrent cette union heureuse. Vence renaquit de ses ruines, la princesse s'y installa et vécut de longues années de bonheur dans sa chère Provence.
D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.
Avec les "Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes", Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur le passé de son pays, nous offre un recueil d'une centaine de relations confondant la vérité historique et l'imaginaire de la légende.
Pour tous ceux qui désirent connaître non plus une Côte d'Azur artificielle mais une terre de culture et de mémoire, ce recueil constitue une promenade originale puisée aux meilleures sources.
Les Alpes Maritimes possèdent un particularisme né d'un isolement géographique, terre de contraste. Elles offrent une tradition enracinée dans un passé fertile en anecdotes souvent ignorées.
Merveilleux voyage que ces récits qui vont des légendes des origines aux chroniques d'un millénaire de défis naturels, se poursuivant vers des villages du bout du monde pour y traverser un passé où se croisent les silhouettes d'illustres personnages et l'ombre inquiétante des sorcières.
Laissons nous conduire dans les coulisses secrètes de ce théâtre factice qu'est la Côte, vers l'intérieur de ce pays d'Azur, à quelques pas du littoral, pour en découvrir et en pénétrer l'âme.
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18.12.2008
SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (2)
TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR ET MADAME MARI
Par suite d'une heureuse coïncidence, nous rendons visite à Mme et M. Pierre MARI le jour de la fête du Saint-Patron de ce dernier et, surtout, le lendemain du 57ème anniversaire de leur mariage. C'était le 28 juin 1937. Ce 29 juin 1994 ne pouvait donc qu'être propice à l'évocation de souvenirs.
Les origines laurentines de Mme MARI, née ROUSTAN, sont très anciennes puisqu'une des rues du Vieux- Village porte le nom de son père et que la maison dans laquelle se déroule l'entretien fait partie du patrimoine de la famille ROUSTAN depuis environ 3 siècles.
M. MARI est architecte et c'est lui qui a dessiné la reproduction de la Croix de Guerre ( décernée à la ville après la libération.) que l'on peut voir au 1er étage de l'ancienne mairie, devenue conservatoire municipal de St-Laurentdu- Var.
Excellente transition que cette croix de guerre qui nous amène à parler de la période de l'occupation.
Le jour de l'arrivée des italiens, M. et Mme MARI s'étaient rendus ensemble dans le quartier de la gare où ils avaient à faire et ils se rappellent les avoir vus approcher, venant de Nice, sur la N7. C'était presque un défilé, la troupe à pied précédée par plusieurs gradés. Ils n'ont d'ailleurs pas pris la direction du village,poursuivant leur route en direction d'Antibes, sans se rendre compte que plusieurs inscriptions, il est vrai en langue française, peintes sur les murs de plusieurs maisons, ne leur souhaitaient pas exactement la bienvenue. Au moins, ceux qui manifestaient ainsi leurs sentiments étaient-ils protégés par l'anonymat. Mais que dire de cet homme qui, venant à vélo en sens opposé, se mit à siffler, arrivé à la hauteur des premiers soldats, un air de musique militaire américain bien connu ? inconscience de sa part ? " En tout cas, disent M. et Mme MARI, nous avons été heureux d'entendre cet air et de voir que le ~iffleur n'était pas inquiété ".
Par la suite, M. MARI eut d'autres raisons de se souvenir de l'occupation italienne :
la Corniche Fahnestock doit son nom à un milliardaire américain qui y possédait une propriété et s'était montré trés généreux envers la ville de St-Laurent-du- Var, contribuant, notamment, au financement de divers travaux d'intérêt général.
Au moment des faits relatés par M. MARI, M. FAHNESTOCK et son épouse, qui fut d'ailleurs tuée par eux, se trouvaient aux philippines, prisonniers des japonais. Quant à leur propriété, elle était occupée par les italiens. Toutefois, le gérant, M. LANTERI - MINET, qui était aussi leur homme de confiance à St-Laurentdu- Var, n'avait pas renoncé à défendre leurs intérêts. C'est sans doute sur son intervention qu'au nom de la Croix-Rouge Internationale, M. BERTIN , juge de paix à Cagnes-sur-mer, fut chargé d'une mission bien précise. Ecoutons M. MARI :
" Comme j'étais en excellents termes avec M.LANTERI-MINET, le juge, accompagné de son greffier, vint me demander de les aider à mettre sous scellés et en lieu sûr, les biens mobiliers de très grande valeur qui se trouvaient chez les FAHNESTOCK. A l'entrée de la propriété, le juge dit au factionnaire qu'il souhaitait parler à l'officier responsable. On nous conduit devant lui, rejoints par M. LANTERI-MINET. L'entretien fut très bref. M. MARI se rappelle textuellement les paroles de l'officier: " Qu'estce que vous venez faire ici ? nous sommes en guerre et si je voulais, je pourrais vous faire fusiller tous les quatre ".
M. MARI reprend: " Avec un calme remarquable, le juge répondit que, dans ces conditions, nous allions nous retirer, empêché qu'il était de remplir sa mission".
Bonne surprise, dès le lendemain, revenu à de meilleurs sentiments ou ayant réfléchi aux conséquences éventuelles de son comportement, l'officier italien fit savoir au juge que rien ne s'opposait à l'acte pour lequel il avait été requis.
Pendant l'occupation allemande, M. MARI continua d'exercer sa fonction d'architecte et, "agréé aux dommages de guerre", eut alors à s'occuper des dégâts causés par les bombardements.
Pour ce faire, il se rendit plusieurs fois, dès la fin de l'alerte, dans les quartiers sinistrés, en compagnie du Père DECAROLI. Vers la fin de l'occupation, l'intensification des bombardements et l'annonce de l'imminence du débarquement, que tout le monde attendait, devaient amener M. et Mme MARI, dont le fils avait à peine 6 mois, à quitter le Vieux- Village pour s'installer provisoirement dans un chalet de Montaleigne puis en appartement à Annot. Il en résulta pour lui de nombreux déplacements, la plupart du temps à bicyclette. Il ne s'en trouva pas moins, plus d'une fois, littéralement pris sous un bombardement. Le souvenir le plus précis qu'il ait gardé à ce sujet est celui d'un raid qui le surprit alors que, repartant pour Annot, il traversait le vieux pont de bois reliant StLaurent à Nice. Il y avait 2 avions et la soudaineté de l'attaque fut telle que, se trouvant exactement au milieu du pont et estimant n'avoir le temps ni de gagner l'autre rive ni de revenir sur ses pas, comme le fit à toutes jambes l'un de ses amis, il s'allongea sur place, à côté de son vélo. En fait, il n'y eut pas de bombardement mais les 2 avions mitraillèrent la rive droite du Var, donc St-Laurent, où des allemands cantonnaient. On sut tout de suite que les appareils étaient français et que l'un des deux, touché par la DCA, nombreuse dans le secteur, était tombé en mer.
M. MARI poursuit: une fois à Annot, on était à l'abri des bombardements " mais il fallait y arriver et ce ne fut pas toujours facile. Et même à Annot...."
Nous voudrions en savoir davantage mais M. et Mme MARI estiment préférable de s'en tenir à St-Laurent-du- Var, puisque c'était l'objet de notre visite. D'ailleurs, concluent-ils d'un commun accord " Il s'y est passé suffisamment de choses en quatre ans! " .
Connaître le passé de Saint Laurent du Var grâce à « Saint Laurent du Var à travers l’Histoire » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 17 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
Connaître le passé de la région des Alpes Maritimes ?
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11.12.2008
SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (1)
RAPPEL HISTORIQUE
Au cours des années 1940 à 1944, période parmi les plus douloureuses de notre histoire, la ville de St-Laurent-du-Var, a, bien sûr, ressenti les grands événements qui ont jalonné la vie de notre pays: le désastre de 1940, l'occupation, la libération... mais elle a aussi été marquée par des faits qui lui sont propres et qu'il semble intéressant de rappeler afin de mieux situer dans le temps et dans l'espace les témoignages de ceux qui les ont vécus et dont les souvenirs sont l'objet de cette plaquette.
Après la défaite de nos armées en 1940 et l'Armistice qui s'en est suivi, la France a été scindée en plusieurs parties :
- une zone annexée: Alsace et une partie de la Lorraine;
- une zone réservée: Ouest de la Lorraine, Vosges, Belfort; - une zone interdite: Nord -Pas de Calais;
- une zone occupée par les Allemands: au Nord d'une ligne allant de Hendaye à Tours-Moulins et Nantua;
- une zone "non occupée" au Sud, gouvernée depuis Vichy. En novembre 1942, après le débarquement des américains et des britanniques en Afrique du Nord et le sabordage de la flotte à Toulon, la totalité de la France fut occupée par les Allemands à l'Ouest et les Italiens à l'Est. Le partage entre ces deux nouvelles zones d'occupation était délimité par une ligne Nantua - Vienne Valence- Avignon - Aix, la Corse étant entièrement sous domination italienne.
Cette occupation italienne, peu dense et plutôt débonnaire, n'a pas laissé de trop mauvais souvenirs aux laurentins. Le P.C. italien était installé à la villa " La Collinette" surplombant la N. 7 à la hauteur du marbrier. Les Italiens ont également occupé, à Montaleigne, le " Château" appartenant alors à M. et Mme FAHNESTOCK et la villa CYBLA avenue de la Libération (ex départementale 209).
~près la capitulation italienne, le 8 septembre 1943, notre région est occupée par les Allemands qui se livrent à une fortification intensive du littoral azuréen de Théoule à Menton.
Ils avaient installé leur PC à "la Collinette", des unités de DCA étaient stationnées le long du Var au Nord et au Sud des ponts, leurs batteries mises en place aux plateaux fleuris et au quartier du Lac. Les Services fonctionnaient près de l'ancienne mairie à la villa " La Marjolaine" qui se trouvait à la place du supermarché "Casino", ainsi qu'aux établissements Gimello (avenue de Gaulle près" d'Intermarché").
Il ne semble pas que la vie matérielle des laurentins sous l'occupation ait été très éprouvante. La commune était, en effet, en grande partie agricole et les services de la mairie, sous l'impulsion du maire, M. RAVET et de la secrétaire de mairie, Mme MATHIEU, délivraient abondamment tickets de ravitaillement, voire faux papiers, à ceux qui en avaient besoin. En revanche, les exigences allemandes, les pressions physiques et psychologiques, les gênes de toutes sortes apportées à la vie quotidienne, ont été de plus en plus difficiles à supporter.
La résistance s'est surtout développée à partir de la fin 42, favorisée par le refus des jeunes de se soumettre au service du travail obligatoire (S.T.O.) en Allemagne, organisé par le gouvernement de Vichy sous la pression du vainqueur, et le chef départemental de la Résistance fut un laurentin, Georges FOATA alias" capitaine MORGAN». Huit laurentins ont été déportés.
Puis, ce fut la dure période des mois qui ont précédé les débarquements et ont vu se succéder à un rythme accéléré et une puissance progressivement accrue, les bombardements des alliés sur les ponts du Var... et la cité laurentine ! 23 attaques ont été subies, notamment les bombardements du 26 mai - qui a détruit partiellement un train de voyageurs à proximité de la gare - et des 2 et 6 août, particulièrement meurtriers pour la population restante. Beaucoup de familles, en effet, s'étaient réfugiées à Cagnes, à Montaleigne ou dans l'arrière-pays pour échapper aux risques des bombardements alliés, souvent imprécis en raison de la DCA allemande, qui obligeait les avions à larguer à haute altitude. Le bilan s'est élevé à 70 tués, 23 blessés, 103 maisons détruites et 762 endommagées. St-Laurent était sinistrée à 40 %. Les souffrances endurées par notre cité et ses habitants ont, d'ailleurs, été reconnues par une citation à l'ordre du régiment délivrée le Il novembre 1948 et dont le texte est le suivant : Saint-Laurent-du-Var- Département des Alpes-Maritimes : " Petite ville des Alpes -Maritimes très éprouvée pendant la dernière guerre. A subi vingt-trois bombardements au cours desquels cent trois maisons ont été détruites et sept cent soixante deux partiellement endommagées. La liste de ses soixante-dix morts, vingt-trois blessés et huit déportés attestent élogieusement de la contribution apportée par sa population et par son groupement de Résistance à l’œuvre de la Libération."
Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec Etoile de Bronze.
Enfin, le 27 août 1944, une colonne motorisée canadienne, venant de Cagnes libérait St-Laurent, non sans qu'un dernier accrochage avec les Allemands, retranchés square Djibouti (BENES), fasse deux victimes: deux résistants, LEDIEU et ABONNEL, qui ouvraient la route aux Canadiens et dont le sacrifice est matérialisé par une plaque apposée au N° 550 avenue de la Libération et au pied de laquelle une gerbe du souvenir est déposée chaque 27 août, par la Municipalité.
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