13.02.2009

SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (5)

SAINT LAURENT DU VAR SOUS LES BOMBES.jpg

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR MARCEL CAGNOL

Madame et Monsieur CAGNOL nous reçoivent dans l'apparte­ment de Cagnes-sur-Mer qu'ils habitent depuis 1981, date à laquelle Marcel CAGNOL prit sa retraite, au terme de longs séjours en Afrique Noire où, une fois marié, il exerça d'importan­tes fonctions, après la guerre, dans le domaine de la sécurité aérienne.

Madame CAGNOL est d'origine parisienne mais son mari a longtemps vécu à St Laurent du Var et il se rappelle que, tout jeune, il s'y baignait avec des garçons de son âge. C'est avec quelques-uns de ces camarades et amis d'enfance, dont Georges FOATA, qu'en 1941, une fois démobilisé et de retour à St Laurent, il prit l 'habitude de se réunir régulièrement dans un café du quartier de la gare (actuel bar de la Méditerranée ). A cette époque, tout le monde savait qui était le Général de Gaulle mais la résistance, en tant qu'organisation structurée, n'existait pas encore dans la région. Comme des millions d'autres français, Monsieur CAGNOL et ses amis avaient été ' « assommés » par la débâcle même si, d'instinct, la défaite et ses conséquences les révoltaient. D'ailleurs, au cours de l'été 1942, Georges FOATA avait eu un premier contact avec un membre du réseau COMBAT puis avec Monsieur Pierre MERLI, l'ancien député-maire d'Antibes. C'est après ces rencontres que fut prise la décision d'organiser la résistance en créant "officiellement" le Groupe MORGAN, nom de code choisi par Georges FOATA. En même temps, le Groupe s'affilia au MNRPGD (Mouvement National des Résistants Prisonniers de Guerre et Déportés dont le chef, pour la région Sud-Est, était Monsieur MERLI). Au début, pourtant, les premières actions du Groupe, si elles ne passèrent pas tout à fait inaperçues, n'eurent pas un grand impact dans la population. Elles se limitaient à la diffusion de tracts de fabrication artisanale (ronéotypés au stencil) et à des graffiti hostiles à l'Allemagne et à l'Italie. C'est à la suite du débarquement allié en AFN, le 8 novembre 42, de l'occupation de la totalité du territoire national, le 11 novembre 42 et du sabordage de la Flotte Française à Toulon, le 27 novembre 42,

que le cours des choses changea, que le Groupe MORGAN entra vraiment en activité et, début 1943, reçut une première dotation en armes provenant du commandement de la résistance régionale, à Nice, afin de constituer, à St Laurent, un dépôt en prévision de la création d'un maquis. Avec l'accord de Monsieur RAVET, le Maire et patron de la résistance laurentine qui travailla constamment en coopération avec Georges FOATA, alias MORGAN, chef de la résistance, un premier petit arsenal fut caché à la Mairie. Encore fallut-il le transporter. C'est à quoi s'employèrent Messieurs FOATA et CAGNOL en organisant, le plus simplement du monde, plusieurs trajets Nice-St Laurent en tram­way, les armes démontées et dissimulées au fond de cabas ordinaires. A peu près à la même époque, le Groupe (notamment en la personne de Monsieur BATTINI, Père de Madame Marcel PEREZ, et de Monsieur FRATTINI aujourd'hui décédés), se lançait dans la distribution de tracts et de journaux, imprimés par "COMBAT", à une bien plus grande échelle qu'au début, et accomplissait ses toutes premières vraies missions. C'est ainsi qu'en exécution d'ordres émanant de la section niçoise de l'ORA (Organisation de Résistance de l'Armée ) placée sous le commandement du capitaine LECUYER (alias SAPIN, Officier de carrière instructeur à St-Cyr en 1939, il devait devenir Général.), il fut procédé à une reconnaissance et à des relevés méthodiques de tous les ouvrages et installations militaires (blockhaus, batteries, dépôts d'essence et de munitions, casernements, etc. . . ) de l'ennemi dans la région s’étendant de St Laurent du Var à Cannes, y compris l'arrière-pays et l 'hippodrome, alors situé sur le territoire de la ville de Nice, à l'emplacement de l'aéroport actuel. La mission consistait en outre à surveiller les mouvements de troupes en identifiant dans toute la mesure du possible les unités concernées grâce, en particulier, aux écussons et insignes des soldats. Plus tard, le Groupe se vit aussi confier le repérage de zones de largage propices au parachutage d'armes ou d'agents dans le massif du Cheiron. Monsieur CAGNOL revient un moment sur les armes cachées dans la Mairie: afin de ne pas "compromettre" Monsieur RAVET aux yeux de l'occupant s'il venait à découvrir la cachette, ni les quelques-autres laurentins qui étaient dans le secret, tels l'abbé DECAROLI et René MAURE, il fut, décidé de les transférer au domicile de Jean- Paul SEGURAN, un instituteur de la commune qui en assura la garde jusqu'au moment de leur distribution aux combattants du maquis. Monsieur CAGNOL se rappelle que le déménagement fut entrepris à l'aide d'un charreton, par 5 ou 6 membres du Groupe, sous la protection de René MAURE et de SANTONI (respectivement chef de la Gendarmerie et garde-champêtre), en personne. Avec le recul du temps, cela peut paraître osé mais la fortune ne sourit-elle pas aux audacieux ?

En juin 1943, afin de faciliter les liaisons entres les organes de commandement de la résistance régionale et le Groupe MORGAN, Messieurs FOATA et CAGNOL reçurent l'ordre de s'installer à Nice. Ils choisirent deux appartements situés, l'un, rue d'Alsace-Lorraine, juste en face de la gare, l'autre rue de la Terrasse. Ce fut une période d'intense activité et les souvenirs de Monsieur CAGNOL abondent "car, nous dit-il, on nous confia de nombreuses missions. Parfois, on escortait discrètement, c'est à dire à distance mais prêts à intervenir et nous étions armés, l'épouse d'un résistant qui avait accepté de transporter ponctuellement des armes légères dissimulées dans une cachette aménagée sous le landau dans lequel elle promenait son bébé (stratagème également utilisé par Madame DEGL 'INNOCENTI ). D'autres fois, quand il s'agissait de chargements plus volumi­neux, Georges FOATA et moi continuions à utiliser le tramway. A St Laurent, pour ne pas tout entreposer chez Monsieur SEGURAN, on portait les armes chez plusieurs commerçants amis avec qui on convenait d'avance d'un code qui nous permettait de savoir si la voie était libre ou non (par exemple linge étendu ou volet fermé). A plusieurs reprises, des réunions clandestines eurent lieu dans nos appartements entre chefs régionaux de la résistance. Nous allions attendre certains d'entre eux à la gare et on les escortait jusqu'à la rue soit d'Alsace-Lorraine, soit de la Terrasse. De même, il nous est arrivé de "réceptionner" des agents chargés de missions spéciales qui "disparaissaient" dès que nous les avions conduits où ils devaient « aller ». Monsieur CAGNOL se rappelle que l'identification réciproque se faisait le plus souvent grâce à un détail d’ordre vestimentaire, pas trop voyant tout de même. De plus, pour s'assurer qu'il n'y avait pas erreur sur la personne, il y avait aussi échange de mots convenus. Par exemple, un jour, le voyageur devait dire à la personne qui l'abordait: "pardon, pour aller avenue de la République, s'il vous plaît ? " et il fallait répondre: "mais j'y vais moi-même".

Tout a bien fonctionné, très exactement jusqu'au 25 avril 1944. C'est une date qu'il n'oublie pas mais, si besoin était, il dispose d'un document qui lui rafraîchirait la mémoire. Il s'agit de la copie (l'original que Monsieur FOATA a pu se procurer après la guerre sera exposé, entre autres, dans le hall de l'Hôtel de Ville, le 27 août 94), d'un avis de recherche, avec photos d'identité à l'appui, lancé par la police Nationale, "à la demande de la Délégation de la Police allemande à Vichy", aux fins d'arrêter les dénommés Georges FOATA et Marcel CAGNOL, qualifiés de "dangereux terroristes «. Heureusement, les deux hommes avaient déjà rejoint le maquis de Carros, grâce à la complicité d'un ami bien placé qui les avait prévenus à temps.

Au sujet du transport d'armes dont a déjà parlé Monsieur HEBERT, Monsieur CAGNOL n'a rien à ajouter, sinon pour préciser que l'opération eut lieu à l'automne 1943 et que la mission avait été confiée à MORGAN par Monsieur Camille RAYON, alias l’Archiduc, un antibois chef de la S.A.P. (Section d’Assistance aux Parachutages) régionale. Monsieur CAGNOL conclut en nous disant que Georges FOATA pourra nous parler plus longuement du Groupe et de ceux qui lui ont apporté leur aide comme, par exemple, le facteur-receveur des Postes de Carros, un corse qui renseignait les maquisards et, parfois, lui aussi, cachait des armes; ou encore Louis PEREZ.

Il est temps de prendre congé de Madame et Monsieur CAGNOL. Nous les reverrons certainement, car il ne manquera pas d'être encore aux côtés de son ancien chef le 27 août 1994 à St Laurent du- Var où les deux amis se retrouveront, sans doute un peu émus, avec, comme toujours, beaucoup de plaisir.

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 « Saint-Laurent-du-Var à travers l’Histoire » ou quand le présent rejoint  en images l'Histoire de Saint-Laurent-du-Var et sa fière devise: "DIGOU LI , QUÉ VENGOUN", (DIS LEUR QU'ILS VIENNENT), significative des « riches heures » de son passé.

Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

 

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05.02.2009

ANTOINE CASTILLON: CARRIÈRE D'UN INSTITUTEUR (1819-1881) 3ème PARTIE

92 SAINT LAURENT AU XVIII éme s.1787.jpg
 

En 1815, l'arrondissement de Grasse, associe le retour de la Royauté à l'idée de la paix retrouvée. Anciens jacobins et bonapartistes perdent tout crédit aussitôt que le Roy renonce à inquiéter les acheteurs de biens nationaux. Les quinze années de la Restauration permettent à la Provence orientale de réparer les misères infligées aux cultures et aux habitations par les 22 années des régimes précédents.

La commune de St-Laurent affronte de multiples difficultés municipales posées par l'état ruineux de son patrimoine immobilier, le repeuplement, l'ins­tabilité des rives du Var, l'entretien de l'unique puits du village. Chacun des maires nommés par le Préfet s'attache à donner une solution à l'un ou à l'autre de ces problèmes. Tous ont à répondre au harcèlement de l'autorité préfectorale sur la situation scolaire. Dès février 1815, le sous-préfet de Grasse demande "un état trimestriel de la situation scolastique de la com­mune".

Le régime politique consolidé par la défaite de Waterloo aura ses ordonnances scolaires. Celle du 29 février 1816 entend "encourager et surveil­ler l'enseignement primaire". Elle l'encourage en se montrant plus exigeante que par le passé sur la formation et la culture générale des maîtres.

Les instructions du 14 juin 1816 sur les examens pour la délivrance des brevets de capacité pour l'instruction primaire prévoient trois niveaux. Le maître

du troisième degré enseigne tout ce qu'il sait.

Les candidats se préparent à l'examen dans les institutions libres, les collèges d'Antibes et de Grasse. Le contrôle de leurs connaissances est assuré sous l'autorité du Recteur de l'Académie d'Aix. La surveillance des ma1tres repose sur la vigilance de l'Evêque de Fréjus, assisté par une com­mission cantonale qui, pour St-Laurent, siège à Antibes.

Lors de la Restauration, le maître de l'école communale de St-Laurent est Antoine CASTILLON. Il répond aux qualifications requises. Il est titulaire du brevet de capacité du troisième degré obtenu le 7 avril 1823. Il reçut l'autorisation d'enseigner de Mgr l'Evêque de Fréjus le 19 juillet 1823. Il fut insti tuteur libre dans la commune à 26 ans en 1817. Il se soumit à l'examen du brevet de capacité à 32 ans. Marié à 20 ans, père de six enfants, il présente les garanties désirables dans son emploi.

Il est instituteur depuis douze ans quand survient la Révolution de juillet 1830. Elle est accueillie avec surprise dans l'arrondissement. Elle intéresse essentiellement les électeurs censitaires et les fonctionnaires.

Les changements de régime passionnent les bourgeois de Draguignan, de Grasse et d'Antibes. A  St-Laurent, on s'intéresse davantage à la fermeture de la frontière, ordonnée par le roi de Sardaigne.            ,

Depuis cinq' ans, maire de la commune, Honoré BOURROULE, demeure en place pour cinq autres années. La dernière séance du Conseil Municipal du 6 juin 1830 était consacrée à l'état des chemins. La première séance du nou­veau régime tenue le 24 octobre 1830 se livre sans commentaire au vote d'un crédit de 50 F pour achat de deux écharpes tricolores, insignes du maire et de son adjoint, en remplacement de l'écharpe blanche désormais prohibée. Le problème politique étant réglé, la commune répond à de nouvelles enquêtes, établit de nouveaux états pour une administration préfectorale aussi exi­geante que les précédentes.

L'instituteur Antoine CASTILLON obéit à la circulaire générale du Recteur de l'ACADEM1E D'AIX du 20 mai 1831, adressée à tous les maires de son ressort, "sur la situation scolaire de leur commune.

A St-Laurent, l'école des garçons est particulière, payante, sans condition de gratuité. Elle reçoit 24 élèves en hiver et 16 en été. Le maire complète l'état. Etant du pays, le maître d ‘école n'a pas de logement communal, ne reçoit aucune indemnité représentative. La contribution municipale à l'ins­truction primaire intervient sur deux points: la salle de classe est logée au second étage de la mairie, de plus, le maître reçoit une subvention de 100 F contre l'admission de quatre élèves gratuits.

Les chefs de famille paient une rétribution mensuelle de 1,75 F dont le montant global est de 520 F. L'instituteur est encore secrétaire de mairie et receveur du Bureau de Bienfaisance emplois qui lui valent 660 F de rétri­bution. Sa position semble confortable d'autres précisions viennent le con­firmer.

Le nouveau régime se préoccupe de transformer le régime de l'ins­truction primaire. Une enquête préfectorale du 9 avril 1831 étudie l'éven­tualité d'un enseignement gratuit.

Le maire répond docilement dans le sens voulu par l'évolution des temps. Le petit appartement, local mis à la disposition de l'instituteur est quelque peu insuffisant. Il est possible de créer une classe et un logement d'instituteur en aménageant un ancien four communal. Le devis monte à 3000 F, somme dont ne dispose pas la commune. Elle ne saurait établir la gratuité de l'enseignement. Antoine CASTILLON est consulté sur ce point. Il évalue son salaire éventuel à 800 F, pour assurer la totalité de la gratuité de la com­mune. Il offre une autre solution: contre une subvention de 240 F, il rece­vrait 10 enfants pauvres. De plus, un crédit de 150 F pourvoirait à l'achat des livres et du matériel indispensable. La commune y participerait pour moitié. En nota, le maire adresse son sentiment personnel au Préfet. Certes, un enseignement gratuit doublerait le nombre des écoliers. On ne peut le réa­liser sans l'aide de l'état.

Les propositions chiffrées de la commune de St-Laurent ne sont pas retenues dans la loi nationale sur l'enseignement primaire due à la constance de François GUIZOT.

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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

 

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29.01.2009

SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (4)

35 LE HAUT DE LA RUE DESJOBERT EN 1915.jpg

TÉMOIGNAGE DE MADAME GASTAUD

 

De son nom de jeune fille Madame GASTAUD s'appelle AR­NAUD. Sans parler des contemporains, c'est un nom bien connu à St-Laurent-du-Var, comme en témoigne l'avenue Léonard AR­NAUD. Mais la notoriété de la famille remonte bien plus loin dans le temps. C'est ainsi qu'un des arrière-arrière-grands-pères de Mme GASTAUD, Jean-Antoine ARNAUD, vit le jour à Saint­Laurent-du- Var le 12 février 1792. C'est ce qu'atteste un authen­tique acte de naissance pieusement conservé sous verre. Tout jeune, Jean-Antoine participa à la campagne de Russie et, de lon­gues années plus tard, se vit décerner la Médaille de Sainte-Hé­lène, instituée par Napoléon III pour commémorer la mort de son oncle, Napoléon 1er, le 5 mai 1821. Cette véritable relique est, elle aussi, précieusement conservée dans un cadre vitré et consti­tue à n'en pas douter, indépendamment de son inappréciable va­leur sentimentale, une véritable pièce de musée. Pour passion­nant qu'il soit, Mme GASTAUD n'a évidemment aucun souvenir personnel de ce passé lointain. En revanche, elle peut nous parler avec une très grande précision de la vie à St-Laurent-du-Var pen­dant les années d'occupation et cela pour deux raisons: d'abord, à aucun moment entre 1940 et 1944 elle n'a quitté la commune; ensuite, la jeune fille qu'elle était alors tenait un journal person­nel dont elle a eu l'amabilité de nous lire quelques extraits. Bien entendu, M. GASTAUD assiste à notre entretien. Il nous dira qu'ils se sont mariés en 1952; qu'il est originaire d'un village de l'ar­rière-pays niçois - Revest les Roches - où son père, qui en était le maire pendant la guerre, a joué un rôle important dans la résis­tance locale, puisque le maquis opérant sur le territoire de la com­mune bénéficia de sa protection. M. GASTAUD lui-même, quoi­que tout jeune à l'époque, servit parfois d'agent de liaison à son père. Mais il nous dit que nous sommes venus écouter Mme GASTAUD nous parler de St-Laurent et il lui laisse la parole.

Nous savions déjà, comme beaucoup de monde, que, pendant de longues années, Mme GASTAUD exerça les fonctions de coprésidente de la Croix-Rouge à Saint-Laurent-du-Var, mais nous ignorions que sa vocation (c'est nous qui employons ce terme) était née dès 1939, avant même le début de la guerre. C'est à cette époque, avec trois religieuses et plusieurs jeunes filles de la localité, qu'elle commença de s'occu­per à titre bénévole, est-il besoin de préciser ? du dispensaire municipal qui se trouvait alors dans l'actuelle avenue du Général Leclerc. Plus tard, ce dispensaire fut détruit ainsi qu'une grande partie des immeubles de la rue, lors d'un bombardement qui causa également de lourdes pertes en vies humaines. Après la guerre, il fut reconstruit sur l'emplacement de la clinique DJIBOUTI, de­venue clinique de St-Laurent-du-Var et il y fut adjoint une mater­nité. Mentionnons au passage, en parlant d'après-guerre, que la future Mme GASTAUD allait devenir conseiller dans la Munici­palité BERENGER, ainsi, d'ailleurs, que Mme PETIT, l'autre coprésidente de la Croix-Rouge. Mme GASTAUD vivait avec ses parents avenue des Pugets. Ils y possédaient une maison qui existe toujours, légèrement en contrebas de la villa où se déroule notre entretien. C'est dans cette ancienne maison que la future Mme GASTAUD passa toute la guerre, son père n'ayant jamais voulu quitter son domicile, même au plus fort des bombardements. La famille se réfugiait simplement dans la cave de la maison. Toutefois, cette cave, adossée à un monticule, n'était qu'à moitié souterraine. Or, elle était de vaste dimension et, quel­quefois, jusqu'à une quarantaine de personnes venait s'y réfugier pendant les alertes. Il faut dire qu'une partie de la population de St-Laurent avait évacué le quartier de la gare et le centre-ville et s'était provisoirement repliée aux RASCAS, y compris plusieurs commerçants. Cela n'allait pas sans préoccuper M. ARNAUD qui imaginait avec effroi le véritable carnage qu'une bombe causerait si elle tombait sur le pseudo-abri.

Plus tard, la violence des bombardements devait d'ailleurs ame­ner beaucoup de laurentins, surtout des femmes et des enfants, à s'installer dans l'arrière-pays en attendant des jours plus calmes. Ce fut une période éprouvante car, au danger des raids aériens, s'ajoutaient les privations, mais encore les contrôles et autres me­sures imposés par les Allemands, parfois aidés par des policiers ou des miliciens français. S'agissant des difficultés du ravitaille­ment, les enfants furent naturellement les premières victimes, malgré les efforts de tous, surtout après la destruction du dispen­saire. Un seul exemple à ce sujet: Mme GASTAUD a noté dans son journal, à la date du 22 juillet 44, que la ration habituelle de pain- déjà maigre et quel pain! - avait été remplacée, ce jour-là, par une distribution de galettes, 3 par personne.

Le journal permet de dater avec précision de nombreux autres faits plus ou moins marquants mais dont chacun, à l'époque, avait son importance. Par exemple :

Aujourd'hui, tout le monde sait que le raid le plus meurtrier fut celui du 26 mai 44. Mme GASTAUD, elle, peut préciser que la veille il y avait déjà eu 3 alertes: à midi, à 13h30 et à 18 heures et ainsi de suite: le 29 juin alerte... le 12 juillet, bombardement.

A cette date, Mme GASTAUD a noté qu'on avait parlé de 40 avions et pourtant aucun pont ne fut touché. Nouveau bombarde­ment le 1er août, si violent qu'on crut qu'il s'agissait du débar­quement. Encore un raid le 2 août à 14 heures qui dura 2 heures et coûta la vie à 5 femmes, pourtant réfugiées dans un abri de la ville. Un plombier, M. ROUX eut plus de chance. Il devait, en effet, être dégagé sain et sauf des décombres sous lesquels il était resté enseveli jusqu'au soir. Mme GASTAUD nous dit encore qu'après chaque bombardement, le Père DECAROLI ( Autre figure de la Résistance locale) et les religieuses, ainsi qu'un docteur du nom de ROUBAUDY, se dé­pensaient sans compter pour apporter soins et réconfort aux bles­sés. Quand se produisit le raid du 26 mai, elle se rappelle, sans avoir besoin de consulter son journal, que, dans un premier temps,

Les corps des victimes furent déposés dans un local de la coopéra­tive NEROLIUM (M GASTAUD nous a appris que ce mot vient de NEROLI, essence extraite de la fleur d'orange alors abondante à St-Laurent-du-Var), qui n'existe plus et était située approxima­tivement au bas de la Corniche Fahnestock.

Les obsèques eurent lieu, par la force des choses, le jour de la Pente­côte. Tout, évidemment, était perturbé: Cette année-là, compte tenu du danger auquel la population et, en particulier, les enfants revenus pour la circonstance, auraient été exposés, la 1 ère communion solen­nelle n'eut pas lieu dans l'église du vieux village mais dans la cha­pelle de Ste-Pétronille,

Mme GASTAUD continue de feuilleter son journal: le 3 août, nouveau bombardement des ponts du Var, jusqu'au pont Charles ­Albert. Tous les raids, heureusement, n'étaient pas dévastateurs et Mme GASTAUD évoque cet appareil solitaire qui, plusieurs nuits, survola St-Laurent sans causer le moindre dommage: "chaque fois on entendait son moteur et on avait fini par le baptiser l'avion  fan­tôme",

Il y avait même des événements à marquer d'une pierre blanche, tel le mariage d'une amie. Il fut célébré à l'Ecole Michelis et à l'église, Mais il fallut faire vite et la noce fut interrompue, un moment, par des avions qui mitraillèrent la rive du Var. Il y eut aussi une fausse joie, le jeudi 17 août 44, Soudain, les cloches s'étaient mises à sonner et tout le monde se dirigea vers le village tandis qu'un drapeau trico­lore était déployé au sommet du clocher. Mais un homme - il appar­tenait à la Défense passive - qui revenait justement du village fit savoir qu'il y avait erreur et qu'il fallait rentrer chez soi, car les alle­mands occupaient encore l'autre rive du Var. Et en fait, toute la jour­née et tard dans la nuit, leur artillerie pilonna St -Laurent -du- Var, aveu­glément puisque plusieurs obus endommagèrent des tombes dans l'ancien cimetière. Enfin ce fut le 27 août! Petit à petit, mais sans jamais oublier, la ville pansa ses plaies. La vie ne devait d'ailleurs reprendre un cours à peu près normal que des semaines plus tard et, dernier exemple extrait du journal de Mme GASTAUD, dans le vieux village, si éprouvé, le courant électrique ne fut totalement rétabli que le samedi 30 septembre 1944. St-Laurent libérée reprenait goût à la vie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

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15.01.2009

SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (3)

CARTES POSTALES ANCIENNES (4).jpg

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR HONORÉ HEBERT

 

Monsieur Honoré HEBERT appartient à l'une des plus anciennes familles de St-Laurent-du-Var et son père fut le 1er adjoint de Monsieur RAVET, maire et grande figure de la résistance pen­dant l'occupation italienne d'abord, allemande ensuite.

A cette époque, Honoré HEBERT, qui, plus tard, devait présider le tribunal de commerce d'Antibes, où son père avait été Prési­dent de chambre, exerçait le métier de transporteur. Pendant toute la période qui nous intéresse, il eut ainsi la possibilité de se dé­placer avec son gazogène dans toute la région, sans trop éveiller l'attention. Cela devait s'avérer fort utile.

M. HEBERT n'a pas à chercher bien longtemps dans sa mémoire pour évoquer ses souvenirs et c'est avec une grande précision qu'il nous relate ce qu'il appelle modestement plusieurs anecdotes : "Sous l'occupation italienne, dit-il, au cours du printemps ou de l'été 1943, une sentinelle en faction sur le pont du Var- il y en avait une à chacune des extrémités - fut tuée dans des conditions restées mystérieuses au point qu'aucun coupable ne fut jamais découvert". Mais, sur dénonciation d'un individu qui était alors le propriétaire de l'actuel Bar Victoria, huit laurentins furent in­quiétés : M. RAVET, M. FAYCES, M. Louis CLERICY, M. BELLISSIME, M. HONORAT, M. DECHARME, M. Paul HE­BERT, oncle d'Honoré HEBERT et ce dernier. Arrêtés par des bersaglieri, soit sur les lieux de leur travail, soit à leur domicile, soit dans la rue, ils furent conduits sous escorte, en camion bâ­ché, jusqu'à une villa du Cros de cagnes où les Italiens avaient leur poste de commandement." Là, un capitaine nous déclara que nous avions été convoqués en tant que personnalités, c'est les termes qu'il employa, à la suite du meurtre de la sentinelle et, aussi, d'une distribution de tracts, émanant du parti communiste, à la Baronne". M. RAVET lui a rétorqué que, puisqu'il s'expri­mait en français, le mot qui convenait était "arrêtés " et non pas "convoqués". Ensuite, qu'en tant que Maire de St-Laurent-du-Var, c'est à lui qu'il appartenait d'en désigner les personnalités.

Puis il demanda au capitaine quelle preuve il avait de la culpabi­lité d'un des 4800 habitants de St-Laurent-du-Var plutôt que d'un des 150 000 niçois.

Et il est exact, se rappelle M. HEBERT, que chaque matin, dès 5 heures pour éviter les contrôles, de nombreux niçois arrivaient à St-Laurent par le 1er train ou à vélo, pour acheter des fruits et des légumes avant de se rendre à leur travail. A la suite de quoi, les huit hommes furent relâchés. "C'est alors que M. RAVET me char­gea, poursuit M. HEBERT, de faire valoir à l'officier italien que puisque l'on nous avait amenés jusqu'ici contre notre gré, il con­venait de nous faire reconduire à St-Laurent, ce qui fut fait. " Mais notre interlocuteur se rappelle, encore aujourd'hui, son ap­préhension en formulant la requête du Maire.

L'occupation allemande fut loin d'être aussi courtoise (comme on pouvait s’y attendre, c'est ce qui ressort de tous les témoignages recueillis). Entre l'entrée des troupes du Reich en zone dite non occupée - c'est à dire après le débarquement allié en AFN (8 novembre 42) - et sa libération, le 27 août 44, la ville de St-Laurent-du-Var devait subir 23 bombardements. Il s'agissait de raids de l'aviation amé­ricaine ou, quelquefois, dans les derniers temps, de la RAF. Ces raids qui, malheureusement, n'avaient pas toujours la précision souhaitée, étaient justifiés par la volonté de nos alliés de détruire le pont routier et le pont ferroviaire qui franchissaient parallèle­ment le Var près de son embouchure et étaient indispensables au ravitaillement puis, ultérieurement, au repli des troupes alleman­des.

M. HEBERT se rappelle qu'il existait aussi, à la hauteur de l'ac­tuel " Cap 3000 ", un autre pont routier qui avait été spécialement construit à l'occasion d'un congrès eucharistique et qui, bien qu'en­dommagé par les bombardements, ne disparut qu'après la libéra­tion, au moment des travaux du terrain d'aviation. M. HEBERT précise: " tous ces bombardements avaient, en général, lieu de jour, aux environs de midi. Les ponts furent souvent touchés, mais le raid le plus meurtrier fut celui du 26 mai 44. Ce jour-là, au déclenchement de l'alerte, un train venant de Cannes s'était im­mobilisé à la hauteur des Vespins (actuellement Avenue Pierre SAUVAIGO.). La fin de l'alerte ayant été annoncée prématurément, le train se remit en marche. Or, une nouvelle alerte fut immédiatement déclenchée et le train n'eut pas le temps de s'éloigner du pont sur le Var. Déjà les premières bom­bes tombaient. Ce fut terrible et il y eut de nombreuses victimes (parmi lesquelles le père de M. Pierre SAUVAIGO, futur député ­maire de Cagnes-Sur-Mer (voir à ce sujet le témoignage à venir de M. Marcel PEREZ.), auxquelles la Municipalité rend hommage, chaque année, le 26 mai, au monument élevé en leur honneur, place Castillon, dans le Vieux- Village".

M. HEBERT se rappelle fort bien cette journée car, très souvent, il se rendait, avec M. RAVET, aussi rapidement que leurs vélos le permettaient, dans le quartier atteint par les bombes. Ce fut le cas ce 26 mai 44.

Une autre fois, le Maire lui demanda de le conduire, en camion­nette, jusqu'à un bar qui existe toujours, face au passage à niveau, côté sud de la gare. Il y avait rendez-vous avec un Major alle­mand pour y traiter de divers problèmes intéressant la commune et voulut que M. HEBERT assiste à l'entretien. Naturellement, ce dernier n'a plus tous les détails en tête, mais il se rappelle parfai­tement qu'à un moment donné, l'officier exprima le souhait de voir le drapeau allemand hissé sur la façade de la mairie. M. RAVET lui répondit par la négative, en fondant son refus sur des motifs d'ordre juridico-administratif.

Ses arguments furent convaincants puisqu'à la fin de l'entretien l'officier fit ouvrir une bouteille de champagne. Sur quoi, pour ne pas être en reste, le Maire en commanda également une. Quelques instants après, au moment où les deux français pre­naient congé, l'Allemand,  se méprenant sur ce geste de simple ré­ciprocité (inutile de dire qu'il ignorait le rôle important joué par le Maire dans la résistance ), lui tendit la main avec ces mots: " Monsieur le Maire, je suis heureux de voir que nous nous quit­tons en amis" et M. RAVET de répondre: " Mon commandant, je vous salue en ennemi loyal". Ce sont des paroles que le jeune homme de 22 ans qu'était M. HEBERT n'oubliera jamais.

Son admiration pour le Maire aurait donc suffi, à elle seule, pour qu'il le "suive" en toutes circonstances.

A notre demande, il nous apporte son témoignage à propos d'un fait marquant dans l'histoire de la résistance locale: " un jour, M. RAVET me demanda de me placer sous les ordres de Georges FOATA et, aussi, de mettre ma camionnette à sa disposition. Il s'agissait vrai­ment d'une mission importante puisque nous devions ,MM FOATA, CAGNOL, Edouard GUIDO, Alain BRUSCHETTI, Walter LOCCHI et moi-même, prendre livraison d'environ 2,5 tonne d'ar­mes et de munitions qui, pour la 1 ère fois, avaient été parachu­tées au-dessus de la région de Callian, dans le Var. Ces armes, destinées au maquis, nous devions les transporter en lieu sûr, quelque part entre Gattières et Carros. René MAURE, aujourd'hui décédé, chef de la gendarmerie à St-Laurent-du-Var, M. BRlCCHI et Vincent PALAZETTI étaient chargés de la surveillance de la route. Nous nous étions transformés en ouvriers censés rejoindre un chantier de construction. Afin de mettre le maximum d'atouts de notre côté, MAURE n'avait pas hésité à nous confier, pour la durée de la mission, en cas de nécessité, toutes les armes de la brigade. Comme on dit, c'était gonflé de sa part ! Grâce au ciel, nous n'avons pas eu à en faire usage, bien que notre déplacement ne soit pas tout à fait passé inaperçu". M. HEBERT se rappelle, en effet, que dans la traversée de Grasse, un allemand avait vu arriver, d'un balcon, le gazogène forcément poussif et l'avait un moment suivi du regard. Ce moment parut bien long à M. HE­BERT et à ses compagnons mais rien de fâcheux ne se produisit. Seulement, au retour, une fois le précieux chargement dissimulé sous une simple bâche, M. HEBERT qui, du fait de son métier, connaissait parfaitement toutes les routes du département, suivit un itinéraire différent de celui emprunté à l'aller... des fois que l'Allemand serait resté à son "poste d'observation", M. HE­BERT n'en dira pas davantage mais, comme tous les laurentins de l'époque le savent bien, ces armes, sorties de leur cachette au bon moment, permirent à la résistance locale et régionale de prendre une part prépondérante dans la libération de leur ville et du dé­partement des Alpes-Maritimes.

 

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 « Saint-Laurent-du-Var à travers l’Histoire » ou quand le présent rejoint  en images l'Histoire de Saint-Laurent-du-Var et sa fière devise: "DIGOU LI , QUÉ VENGOUN", (DIS LEUR QU'ILS VIENNENT), significative des « riches heures » de son passé.

Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

 

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02.05.2007

RENCONTRE AVEC L'AUTEUR

EDMOND ROSSI VOUS ACCUEILLERA ET VOUS DEDICACERA SES LIVRES A L’OCCASION DE LA « 10 EME EDITION DE LA JOURNEE DES LIVRES ET DES ECRIVAINS DU COMTE DE NICE & DE PROVENCE » A SAINT LAURENT DU VAR, PRES DE L’EGLISE, AU CŒUR DU VIEUX VILLAGE, LE SAMEDI 5 MAI  2007 DE 10H00 A 18H00.

29.12.2006

DECOUVRIR LES DIFFERENTS QUARTIERS DE SAINT LAURENT

            TOPONYMIE DES NOMS DE QUARTIERS

Agrimont : étymologie - du provençal Agreu : houx, du latin acriforlium et du mont - Mont couvert de houx     : autre étymologie - du grec Agrios (champs sauvages) - en latin, de ager, agri (champs) - Mont couvert de champs

Baraques : des entrepôts recueillant le bois de flottage étaient installés dans ce quartier

Baronne : de baronnie, seigneurie - terre d’un baron

Bassins : larges terrains en cuvettes bordant le Var

Casals : du latin casalis : relatif à la ferme. Lieu où se situait une ferme ou bien nom d’homme

Condamines : en provençal, nom de la terre végétale : selon l’ancien provençal, il signifiait « co-seigneurie » puis le sens devint « champs constituant la réserve seigneuriale ». Les terres désignées sous ce nom sont généralement les plus fertiles

Esparte (Vallon de l’) : du provençal esparceto qui vient du radical épars - signifie sainfoin

Filagnes : de fil et du suffixe provençal agne (augmentatif et parfois péjoratif) - terrain broussailleux ou culture de la vigne en rangée ( file ). 

Galinières : en provençal poulailler. Probablement lieu où étaient installés ceux-ci

Jacons : hameau - lieu-dit qui a emprunté un nom d’homme, diminutif de Jacques

Lac : quartier bordant le Var, partiellement inondé

Maubert : nom d’homme

Montaleigne : du latin lignium : bois - mont boisé

Notre-Dame : en rapport avec la chapelle édifiée dans ce quartier et dédiée à Notre-Dame

Paluds : nom provençal palu, palun : marais, terre d’alluvions - du latin palus, udis - dans notre cas, terrains marécageux

Pignatières : du provençal pignata : marmite en terre. Lieu où l’on extrayait la terre d’argile pour confectionner les marmites et où se fixèrent des ateliers de potiers « des pignatières »

Plans : terrains plats

 Puget : nom provençal : petit puy, monticule, ondulation du terrain

Ragadan : du latin rhagades : crevasses, gerçures - terrain crevassé

Rascas : du provençal rascasso, de rasco : teigne - terre pelée

Saint Antoine et Sainte Pétronille : quartiers qui prennent le nom de la chapelle dédiée au Saint ou à la Sainte en question

Les Serres : du provençal : scie - crête allongée, rocheuse, dentelée

La Tour : quartier qui prit le nom d’une tour de guet dont subsistent les ruines

La Vallière : de vallée largement ouverte

Var : le nom est très ancien. Il dérive de la base Italo-Celtique, vara : eau, laquelle correspond au sanscrit, var et en grec, varo - désignation de l’eau en genre inanimé. Le Var provençal a pour pendants la Vara ligure, diverses Varia, le Vaire des Basses Alpes qui se trouve être un de ses affluents et   des dérivés tels que Varisia, soit la Varèze dans le Gard et   Vardo, soit le Gard (avec influence germanique sur l’initiale) sans oublier la Varaita du Piémont (selon J.E. Dugand)

Vespins :   - soit du latin puis du provençal, vespa : guêpe et du suffixe provençal in (diminutif) - quartier habité par des guêpes - soit du latin vespices : halliers, buissons épais

                                                                                                                      

Certains quartiers ont vu leur nom oublié :

- « Le collet rouge » (la colline de terre rouge)

 « la tuilière »

- « les crottes » (caves ou grottes)

- « les mourrès de Tinéa » (mourrès : tête ou cîme - Tinéa : bassin, cuvette)

- « Les Pomarels » (pommiers)

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22.08.2006

RETROUVONS LES GUEYEURS LE 26 AOUT A 16 H POUR LEUR PREMIERE FETE !

PREMIERE FETE DES GUEYEURS

SAMEDI 26 AOUT A 16 HEURES

Pour information: Cette nouveauté originale inspirée par l'Histoire et la tradition susceptible de vous intéresser.

Rendez-vous en couple ce samedi  26 août  à 16 h place de la Fontaine au cœur du Vieux Village de Saint Laurent du Var, pour participer à la "Course des Gueyeurs" organisée dans le cadre de la première "Fête des Gueyeurs" . Les hommes porteront leurs cavalières sur leurs épaules, comme jadis pour la traversée du Var, pour parcourir un itinéraire défini dans les petites rues du vieux Saint Laurent, avant de déguster la socca et de participer au bal. Venez nombreux !

L’idée d’une fête des gueyeurs à Saint Laurent du Var a le mérite d’être ancrée dans une tradition historique remontant à l’origine de la cité, bâtie au bord du Var pour en assurer la traversée.

Rappelons que déjà en 1005 l’abbé de Saint Véran reçut une habitation dans un hameau dénommé Varum, sur la rive droite du fleuve, où Saint Laurent s’est installé par la suite. Au XIIè siècle un ermite se rendait chaque année sur les bords du Var avec deux chevaux pour faire passer les pèlerins se rendant à l’abbaye de Lérins.

La création d’un hospice confié à des religieux va poursuivre cette coutume pendant les siècles suivants jusqu’au XVè siècle. « La barque de l’hospice » assurait alors le passage d’une rive à l’autre du Var.

Lorsque Saint Laurent est repeuplé en 1468 par son seigneur l’évêque de Vence, Raphaël Monso, désireux de garantir la sécurité du gué, obligation est faite aux nouveaux venus, de tenir une barque sur le Var pour en assurer le passage. Ces premiers gueyeurs laïques, dénommés « Riveraschi », vont s’organiser en corporation et  maintenir leur activité jusqu’au XIXè siècle.

Les gueyeurs disparaîtrons lorsqu’un pont traversera enfin le fleuve de manière définitive en 1864.

Les gueyeurs ont donc marqué le passé laurentin durant plus de huit siècles.

Aujourd’hui leur souvenir se perpétue dans le Vieux Village par une modeste rue portant leur nom, elle relie la place de la Fontaine à la rue des Remparts.

Récemment, en 2000, un rond point au carrefour des rues du 11 novembre, du Point du Jour et de l’Ancien Pont s’est vu paré d’une sculpture représentant une voyageuse à califourchon sur le dos de l’un de ces porte-faix, acteurs glorieux de l’Histoire de la cité.

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13.07.2006

VISITE DE L'ANCIEN VILLAGE DE SAINT LAURENT, POUR Y RETROUVER UN RICHE PASSE

                      VISITE PROMENADE

                  DANS LES FRAICHES RUES

                  DU VIEUX-VILLAGE

La première étape de cette visite est logiquement consacrée à l’église romane datée du XI ème siècle, construite en belle pierre calcaire blanche de Gattières.

L’édifice se situe sur la place Adrien Castillon, ancienne « Place Vieille ». pour y accéder, il suffit d’emprunter les escaliers des anciens remparts, face au parc François Layet. On notera le magnifique campanile en fer forgé travaillé, caractéristique des églises provençales et l’abside en cul de four avec son bandeau « en engrenage » diffusé par les moines de Lérins au Moyen-Age.

La plaque datée de 1850, placée sur le mur sud de l’église, confirme les modifications apportées à l’édifice tout au long de son histoire. Ces agrandissements sont également visibles par le changement de matériaux de construction au fil des aménagements .

Avant de pénétrer dans l’église, on peut admirer les vestiges du premier hospice mentionné à Saint Laurent du Var : un mur percé d’une grande voûte qui devait servir d’entrée au porche de l’hospice et d’une petite fenêtre partagée par une élégante colonnette de marbre blanc.

Le mur est réalisé en briques façonnées sur place, avec l’argile rouge extraite au quartier des Pugets.

L’intérieur de l’église romane, caractéristique du style roman provençal, présente un intéressant reliquaire en bois doré du XVII ème siècle, contenant selon la tradition un os de la jambe de Saint Benoît, fondateur de l’ordre des bénédictins. L’église conserve également sous ses fondations, un ossuaire daté du XVIII ème siècle.

A la sortie de l’église, emprunter à gauche le passage voûté, construit en gros galets roulés par le Var. Après le passage à droite, rue Ferrareto, il est possible d’admirer le mur de l’hospice et sa fenêtre sous un autre angle. Ce patio est dédié à la mémoire des victimes des différents bombardements de la Seconde Guerre Mondiale.

L’église constituait le noyau du premier Saint Laurent, délimité à l’est par les rues Raphaël Monso et du Four et au nord par la rue des Gueyeurs.

Le reste du Vieux-Village date de la seconde période de construction, c’est à dire du XV ème siècle. Les temps étant devenus plus calmes qu’au Moyen-Age, les constructions s’inspirent du type urbain italien à l’initiative des monastères. A partir de la place de la Fontaine, point central, on peut observer la linéarité des rues des Petites Ecuries et Honoré Geoffroy.

A l’extrémité est de la rue du Var, au bord des remparts, il est possible d’admirer ce qui était à l’origine l’assise d’une des quatre tours de guet qui joignaient les quatre remparts ceinturant le quadrilatère du village. On notera également la présence des chasse-roues à l’angle des maisons, destinés à prévenir les dégâts des roues de charrettes.

La rue Desjobert a constitué jusqu’au XIX ème s, l’artère principale du petit bourg, la Grande Rue. C’est par cette voie que transitaient les voyageurs qui voulaient traverser le Var à gué.

En descendant la rue Desjobert, pénétrer dans l’impasse Roubion et admirer les vestiges d’une construction de galets en « museau de chat », caractéristique de l ‘architecture laurentine.

Pour terminer cette visite, longer les anciens remparts. On peut remarquer les traces de constructions successives, grâce aux matériaux utilisés, on passe de la noble pierre de taille du Roman aux gros galets extraits du lit du Var.

Notons pour terminer que Le Vieux Village, construit en damier, oriente ses rues étroites limitées à 2 m en fonction des vents dominants et de l’ensoleillement.

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25.06.2006

LE BLASON DE SAINT LAURENT DU VAR

        LA FIERE DEVISE

 

    DE SAINT LAURENT

  

Par un acte d’habitation et d’emphytéose (1468), Raphaël Monso - évêque de Vence - installe 35 familles venues d’Oneglia en Ligurie italienne, pour repeupler Saint-Laurent « déshabité ». Ces derniers devront désigner des gueyeurs chargés d’assurer le passage gratuit du Var, aux voyageurs et à leurs bagages.

Ils tiendront également six lits à « l’hôpital » pour héberger les hôtes de passage. En 1471, Saint-Laurent compte 149 habitants répartis en 23 feux. On y cultive le blé, le lin, le chanvre, quelques figuiers. On y élève surtout des ovins et caprins. Des salines sont exploitées en bord de mer.

La communauté, après des démêlés avec l’évêque de Vence, se dégage de la servitude de l’hospice et du bac gratuit. Cette tâche reviendra en 1480 à des religieux et ce jusqu’au XVIIIe siècle. Devenu l’hôpital Saint-Jacques en 1668, l’hospice offre un dortoir de quatre lits et deux chambres à un lit.

Une barque permet de traverser le gros bras du Var. Une convention de 1758 confie la traversée du Var à un entrepreneur privé qui recrute ses gueyeurs selon de sévères critères moraux. En 1763, l’anglais Smolett et en 1775 le suisse Sulzer détaillent dans leurs carnets de voyage le pittoresque franchissement du Var à gué.

La vie morale des laurentins est encadrée avec rigueur dès 1306 par des confréries de pénitents. Néanmoins, une affaire de mœurs assez trouble scandalise la petite communauté en 1700, mettant en cause le prieur Honoré Geoffroy, son secondaire, quelques gradés de la garnison et une certaine dame Léon. Il sera question de gais lurons regroupés dans la « confrérie de Méduse » ! Forte personnalité, Honoré Geoffroy, gracié, épargnera à deux reprises Saint-Laurent des exactions de la soldatesque savoyarde (1704).

Une famille du lieu, les Pisani, rachète les droits seigneuriaux de l’évêque de Vence en 1698. Ils seront seigneurs de Saint-Laurent jusqu’à la Révolution.

La communauté laurentine demande en 1696 son inscription à l’Armorial de France. Les armoiries sont ainsi définies : « De gueules à un grill d’argent, accosté de deux lettres L et S en or » en dessous la fière devise de la petite cité sentinelle : « Digou li qué vengoun ! » (dis leur qu’ils viennent).

 

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07.05.2006

LE HAUT MOYEN AGE

                DES ROMAINS

              AU MOYEN-AGE

  
Si en -49 la Côte est désormais pacifiée, il n’en est pas de même pour les Alpes voisines.
En -14, Auguste entreprend de soumettre les peuples qui habitent l’arc alpin. Le Trophée de la Turbie (-7) témoigne de sa victoire. La voie Julia Augusta permet dès
-13 de circuler de Rome en Gaule en longeant la Méditerranée. Elle traverse le Var à la hauteur des Plans de Gattières.
 
Les colons soldats s’installent à l’embouchure du Var, édifiant des « villae », sorte de ferme où l’on pratique l’oléiculture.
Les vestiges romains sont rares à Saint-Laurent du Var. Signalons les fondations d’une villa mise au jour en 1970 au sud de l’actuel square Bénes, ainsi que des débris de tuiles (de tegulae et imbrices, voir photo) découverts au quartier des Galinières et le long du chemin romain reliant Saint-Laurent à Cagnes (l’actuel chemin de Provence).
 
Au bord de mer, des pêcheurs tirent leurs filets lestés de pierres trouées, retrouvées sur le bas de la colline d’Agrimont.
 
Après cette période de paix, les grandes invasions ravagent la Côte dès le IVe siècle : Ostrogoths, Lombards (500-576). Sous la menace sarrasine (829-972), les villages se regroupent et se fortifient. Le bord du Var n’est qu’une halte, nécessitée par la traversée du fleuve, dépendante de la puissante abbaye de Lérins.
 
Autour de l’an 1000, les communes se créent et les pèlerinages se développent vers Rome. La première mention d’un village situé près du Var date de 1033 ; il est question de Castrum Agrimontis (village fortifié des Agrimonts : les monts des champs cultivés).
 
En 1135, les Templiers installent un hospice sur la rive gauche du Var, pour surveiller et faciliter le passage du Var. Ils posséderont des propriétés sur la rive droite (L. Daillez). L’ensemble dépend de la puissante commanderie de Nice.
 
Au XIe siècle s’édifient l’église actuelle et un hospice fondé en 1162 par Raimbaud de Vence pour accueillir les voyageurs en transit. Cet hospice, dédié en 1205 à Saint-Laurent, passera dans les mains de plusieurs ordres religieux dont  certains prélèvent un droit de péage pour la traversée du Var à dos de mulet.

 

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