08.05.2008

SAINT LAURENT RÉPUBLICAIN (2 DÉCEMBRE 1851)

A quatre jours de diligence des affaires parisiennes, le canton de CAGNES comme le reste du département du Var prend part à la lutte des « Blancs » et des « Rouges », c'est à dire des partisans de Napoléon le petit (le Prince Président Louis Napoléon, futur Napoléon III) et des légitimistes, républicains et républicains socialistes.

Selon le Sous-Préfet, les « bons » cantons favorables aux Blancs sont ceux de la montagne, sont à surveiller GRASSE, CANNES, SAINT PAUL et CAGNES.

Le coup d'état du Prince Président accompli à Paris le 2 décembre 1851 à 2 h. du matin est confirmé à Cagnes et Saint-Laurent comme dans tout l'arrondissement de Grasse par l'affichage d'un décret lapidaire le 3 au matin.

On discute ferme dans les auberges de Saint-Laurent, les Républicains du canton se consultent pour une éventuelle riposte. Pour des raisons opportunistes, ceux de Grasse conseillent l'attentisme et prêchent la démission à leurs amis de Cannes et Vence.

Une forte personnalité le Docteur PROVENÇAL, militant républicain cagnois, n'accepte pas la passivité qui lui est recommandée.

Bien que convoqué à Grasse le 3 décembre, il passe la frontière, se rend à Nice pour contacter un émigré républicain MATHIEU, ex maire de La Garde Freinet.

Le 6 décembre au soir, armé de son fusil de chasse, le ruban rouge qui lui sert aux saignées enroulé autour de son chapeau, il rassemble une petite troupe d'hommes de Cagnes, Saint-Laurent et Vence, médiocrement pourvus d'armes.

Le groupe se dirige sur les bords du Var, au quartier de La Baronne, où ils espèrent l'arrivée d'une colonne de réfugiés français venant de l'autre rive.

Le Var est en crue, le renfort ne viendra pas.

Les quelques hommes se débandent devant la réserve et l'hostilité des habitants et des autorités du voisinage.

Les maires de Saint-Laurent, Cagnes et La Gaude refusent toute idée de soulèvement armé. Le détachement militaire de Saint-Laurent et les fonctionnaires des douanes demeurent fidèles au Gouvernement.

Le Docteur PROVENÇAL, abandonné de tous, s'enfuit aux Plans de Gattières où un passeur lui fait gagner la rive sarde: « Je passais à minuit, par un froid glacial, sur les épaules d'un campagnard de Gattières, Marcellin NIRASCOU, échappant ainsi à la fusillade de toute la brigade de douane et la Garde Nationale bonapartiste de cette bourgade, mise à ma poursuite ».

Ainsi se termina ce que le Sous-Préfet de Grasse et le Consul de France à Nice appelèrent « la colonne insurrectionnelle du Var ».

Le lendemain 7 décembre, un dimanche au matin, César PROVENÇAL fut appréhendé par les carabiniers sardes, au bord du Var, au pied d'un arbre où il avait dormi quelques heures. Il fut conduit en prison pour franchissement clandestin de la frontière. Il devait connaître les premiers temps difficiles de l'exil politique.

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01.05.2008

TROIS FRANÇAIS MORTS A NICE ET INHUMÉS À SAINT LAURENT

Entre 1814 et 1860, au temps où le Var séparait la France des Etats sardes, des Français, morts à Nice, furent enterrés au cimetière de Saint-Laurent-du-Var pour reposer dans le sol national.

 En juillet 1832, DESJOBERT, ancien Consul Général de France à Naples, officier de la légion d'honneur, atteint d'une maladie particulièrement cruelle est allé sans succès consulter un médecin à Montpellier, voyage inutile, perdant la raison, à force de souffrances il se tue d'un coup de pistolet.

 L'usage était, à Nice, de mettre à la potence le cadavre d'un suicidé et d'y attacher la sentence. Le Consul de France le baron Masclet, s'arrangea pour que l'enquête de la police sarde soit discrète et imprécise et qu'une fois le cadavre conduit au premier village français, les funérailles se fassent avec l'assistance du clergé.

 La tombe existe toujours à l'entrée du cimetière, une grille l'entoure, derrière, se dresse une croix, plantée, dit l'inscription, par la veuve Eugénie de la Chaix, au Nord, une plaque en marbre porte un distique latin:

« Voués aux longs travaux, aux pleurs, à la misère,

Le repos nous attend au sein de notre mère ».

 La dalle indique que la sépulture fut refaite en février 1891 par la Commune en souvenir de son « bienfaiteur ». Une rue du village porte le nom de celui qui, s'il n'avait pas été un Consul Général de France et si Masclet ne s'était pas débrouillé pour masquer le suicide en crise de folie, se serait balancé à la potence avec sur le corps une sentence infamante en proie aux oiseaux des bords du Paillon.

 En mars 1838, le Lieutenant Général du FRICHE de VALAZE mourut à Nice. Il était le fils d'un Conventionnel de l'Orne, qui, lié avec les Girondins et nommé de ce fait rapporteur au procès de Louis XVI, avait voté pour l'appel au peuple, la mort et le sursis. Ensuite, arrêté lors de l'avènement de la Montagne, condamné à mort, il s'était poignardé devant le tribunal. « Tu trembles, Valazé » lui dit un Girondin, le voyant frissonner et pâlir. « Non, je meurs » répondit le Conventionnel.

 Son fils, né en 1780, se destina à la carrière militaire. Il entra en 1798 à Polytechnique, brillant officier, fut blessé à Austerlitz, participa aux combats de Friedland et aux sièges d'Astorga et Saragosse. Nommé général d'Empire après une carrière au Portugal (1811), en Prusse (1813), il se distingua sous Charles X au siège d'Alger (bombardement de Fort l'Empereur). Lieutenant Général du Génie, député de I'Yonne, son état de santé (tuberculose pulmonaire) nécessita le « soleil du midi », mais il était déjà trop tard. Il devait terminer sa vie à l'hôtel d'York à Nice.

 Le Consul de France, le comte de Canclaux, intervint auprès du Gouverneur, le comte Rodolphe de Maistre (père de l'écrivain Joseph de Maistre), les autorités sardes organisèrent des obsèques grandioses. Le drap mortuaire était tenu par le Général commandant la Division de Nice et un Colonel, chef de son état-major, par deux Français, le Colonel commandant la place d'Antibes et un Lieutenant Colonel d'artillerie en retraite. De Maistre conduisait le deuil avec Conclaux et l'aide de camp de Valazé.

 Le cadavre fut transporté à Saint-Laurent-du-Var, après les funérailles célébrées en l'église Saint-Augustin. Un ancien aide de camp du Général, Damrémont, prit la parole dans le cimetière de Saint-Laurent où un emplacement provisoire était cédé par la Commune, proche de la tombe de Desjobert. La compagnie des pénitents de Saint-Laurent l'accompagna à sa dernière demeure. La veuve de Valazé voulut acheter une concession à perpétuité et offrit 100 francs. Le Conseil Municipal exigea huit fois plus (!). La tombe existe encore et une rue du village porte le nom du glorieux général VALAZE. Dans le jardin du presbytère subsiste une partie de son épitaphe. On y apprend son titre de baron, de commandeur de la légion d'honneur et ses prénoms étranges: Eléonore et Zoa.

 Mort à Nice, en juin 1848, le marquis de CHATEAU GIRON, ancien Pair de France, Consul à Nice depuis 1841, est enterré à Saint-Laurent-du-Var. Le curé et son confrère cagnois aillèrent attendre le cadavre au bout du pont. La garnison française du lieu rendit les honneurs, trois oraisons funèbres seront développées dans le petit cimetière, celle de Borg, Chancelier du Consulat de Nice, celle du prieur, celle d'un ancien préfet jadis directeur général de la police, Alexis de Jussieu, devenu dirigeant d'une société d'endiguement de la rive droite du Var. La tombe existe encore, pas de nom de rue pour ce Pair de France qui servit en Vendée sous Marceau, qui représenta la France comme secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg, puis comme Consul général à Bucarest. Ce descendant direct d'un frère de Descartes, qui fut nommé par Louis Philippe, a disparu dans l'oubli.

Nous avons identifié grâce à leurs épitaphes les tombes de VALAZE et de CHATEAU GIRON dans l'ancien cimetière, les deux dalles voisinent et sont très endommagées (défoncées) dans une situation indigne de leurs glorieux propriétaires.

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24.04.2008

SAINT LAURENT EN LIESSE POUR LE RETOUR DE LA RÉPUBLIQUE

Le 23 Avril 1848, Honoré Amadieu, capitaine de la garde nationale de Saint Laurent, demanda au maire le drapeau de la commune, il le monta à Vence mais ne le ramena pas!

Le même jour, le garde champêtre à la faveur des élections passa du côté sarde. Comme il était génois on l'arrêta t on le refoula! Ainsi s'écrivait au jour le jour la chronique du village.

Le 19 novembre 1848, Saint Laurent en liesse fête la promulgation de la constitution républiaine votée le 4 par l'Assemblée Nationale. Le matin: salves, à 10 h., 150 kg de pain sont distribués aux pauvres !

A 14 h., toutes les autorités civiles et militaires de la commune s'assemblèrent à la Mairie, d'où elles se rendirent sur la place publique. Là, le Maire ceint de son écharpe lut « l'acte fondamental » entre deux feux de pelotons du détachement de voltigeurs du 31ème de ligne et de la douane.

Au milieu des cris mille fois répétés de « Vive la République », un cortège se forma entraînant la foule à l'église pour y entendre chanter le « Te Deum »...

 

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17.04.2008

FLAUBERT A SAINT LAURENT

Gustave Flaubert, écrivain français (Rouen, 1821- Croisset 1880) grandi dans le cadre de I'Hôtel-Dieu de Rouen dont son père était médecin-chef. Alors qu'il entre­prenait, sans goût, des études de droit à Paris (où il rencontre Victor  Hugo), il fut atteint d'une maladie nerveuse qui l'obligea à se retirer dans sa propriété de Croisset, prés de Rouen (1846).

Désor­mais, son labeur d'écrivain ne fut plus interrompu que par quelques séjours à Paris (liaison avec la poétesse Louise Colet), de grands voyages, notamment en Orient (de 1849 à 1851) avec Maxime Du Camp, et la rédaction d'une volumineuse Correspondance avec ses amis, L. Bouilhet, Gautier, George Sand et, plus tard, Daudet, les Goncourt ou Maupassant.

L’œuvre de Flaubert, dans sa dualité, correspond bien aux « deux bonshommes distincts » qui se disputent en lui, « un qui est épris de lyrisme, un autre qui fouille le vrai tant qu'il peut ». Ainsi, l'inspiration romantique domine dans Salammbô. (1862), roman carthaginois, dans La Tentation de saint Antoine (1849-1856-1874) et dans Hérodias ou La Légende de saint Julien l'Hospitalier (qui appartiennent au recueil Trois. Contes, 1877). Pourtant, même dans ces récits aux images somptueuses, à la prose éclatante, apparaît le souci de vérité historique, obtenue par une scrupuleuse enquête documen­taire si remarquable dans les œuvres réalistes : Madame. Bovary (1857), L'Éducation sentimentale (1869) ou le roman satirique, Bouvard et Pécuchet (inachevé, 1881).

 Caroline Flaubert, sœur du romancier, se maria avec Mr. Hamard. Les époux partirent en voyage de noce pour l'Italie chaperonnés par la famille; Gustave note sur son carnet de route en 1845:

« Frontière de France au Var: Un grand pont, quelle différence avec la Bidassoa et sa frontière espagnole, si chaude, si espagnole déjà ! Pendant le retard pour nos passeports j'ai lu du Vincens dans la voiture cuisante de soleil sous ses cuirs, restée dételée sur la grande route. Pont de bois; j'ai enfin été m'y asseoir à l'ombre. Déjeuner: on commence à parler italien: la dame « nissarde » avec sa capeline doublée de rose, menton allongé, gueule, figure laide et aimable nous plaignant beaucoup.

 St. Laurent est un humble village corseté de remparts. Il ne subsiste que quelques bouquets d'arbres de la forêt recouvrant jadis le coteau d'Agrimont ».

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10.04.2008

UNE FUGUE GALANTE DE VICTOR HUGO A SAINT LAURENT

C'est au cours d'un voyage entrepris en 1839 en compagnie de Son amie Juliette Drouet qu'il aborde la Côte d'Azur. Voici ses impres­sions sur notre terroir: "Vers Antibes et Nice, l'olivier est un arbre magnifique. Là on l'abandonne à lui-même, il pousse en haute futaie. Il a un tronc énorme, Un branchage bizarre et irrité, Un feuillage fin et soyeux qui, à distance, vue    en touffe, ressemble à une fourrure de chinchilla. Il se pose dramatiquement sur la hanche comme le châtaignier, porte ses rameaux et ses fruits à bras tendus, et offre comme le cèdre et le chêne, ce mélange de grâce et de majesté propre à tous les arbres qui ont le tronc large et la feuille petite. "

 

Parvenu à Saint-Laurent sur les bords du Var, Frontière, Victor Hugo note dans son carnet de voyage: "Var, - fougueux et déborde, long pont de bois - Une baraque peinte en rouge au milieu du pont sépare les deux royaumes, de là le drapeau tricolore qui flotte dans les arbres en France au bout du pont comme une grosse fleur bleue, rouge et blanche - en 1830, les habitants de Nice venaient en foule pour le voir, l'autre mois il a attiré en France tout le poste sarde, 25 hommes du régiment de Savoie qui ont laissé là la douane et le corps de garde et Sont allés trouver le drapeau tricolore avec armes et bagages - cette nation veut redevenir française - régiment de Savoie travaillé par les suicides et les duels - les soldats s'ennuient d'être sardes, "

 

Le poste des gardes-frontière, situé dans le bas de t'actuelle rue de l'Ancien pont en bordure du Parc François Layet, porte sur son registre la trace du passage du grand homme :

 

" N° 6404 : Monsieur le Vicomte Hugo âgé de 36 ans, domicilié à Paris, ayant un passeport délivré pour l'Italie par M. le Préfet de Police le 30 août dernier est visé au pont du Var.

 

Il retourne à Paris avec sa dame et son fils le 4 octobre 1839, "

 

Il s'agit du retour d'Hugo en compagnie de la fausse "Madame Hugo" après son séjour à Nice !

 

De ce voyage sentimental et familial puisqu’en compagnie du fils de Juliette Drouet, bien des impressions recueillies à vif serviront à bâtir la trame des oeuvres futures. N'écrira-t-il pas en 1854 en écho aux souvenirs de ce voyage: " Un lieu inoubliable face à une mer dont toutes les rives ont fait quelque chose et savent ce qu'elles ont fait ».

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03.04.2008

SUR LES BORDS DU VAR AU XIXe SIÈCLE

En 1814, la frontière réapparut sur le Var, aussi, le pont reliant les deux rives fut-il officiellement mesuré et partagé entre la France et la Sardaigne. Il subsiste de nos jours quelques vestiges de ce passage du XIXème siècle: -         Une pile du pont sur le bord de la route du bord du Var à la hauteur du Gymnase actuel, avec l'inscription « Pont des Français ». -         L'ancien poste de garde (maison Giraud au bas de la rue de l'Ancien Pont). -         La douane (Auberge Laurentine). -         L'ancien « Hôtel RONDEL », 45, rue de l'Ancien Pont et, en face, les anciennes écuries des chevaux de diligences.   Voici l’acte de délimitation du 24 novembre 1814 à midi précise: « la longueur étant de 654 m et la moitié 327 m correspondant à la 49ème palée qui restera inclusivement à la France, avons fait placer provisoirement un poteau qui sera peint gris perle et à l'huile, portant à droite l'inscription France et à gauche celle de Sardaigne ».   Un an plus tard, le village est occupé par les troupes françaises. Les troupes piémontaises de Nice paraissant vouloir s'emparer du pont, les Français s'apprêtèrent à le brûler. Le 23 juillet, le maréchal BRUNE envoyait un parlementaire. Ainsi fut conclu l'Armistice du pont du Var. Aux termes de cet accord, les Piémontais occupèrent la rive droite. Cet Armistice fut rompu et les Piémontais avancèrent jusqu'à Draguignan.   La paix revenue, la police du Pont fut confiée à un Commissaire résidant à Saint-Laurent.   Un passeport était exigé, les habitants de l'arrondissement de Grasse bénéficièrent d'un passeport spécial à prix réduit (2,00 F). Un ancien usage permettait le passage libre durant trois jours, deux fois l'an à la Trinité et à l'Assomption, ce qui favorisait les pèlerins se rendant à Laghet. Une barrière fermait le pont chaque soir à 8 h. A la suite d'une épidémie de choléra en 1885, Nice fut isolée et privée de fruits et légumes venant de Provence. Sous la protection d'un cordon sanitaire fourni par la troupe, un marché provisoire fut créé à Saint-Laurent, construit avec des baraques en planches débitées par les scieries locales. Ce marché connut une certaine importance. Malheureusement, de nombreux maraîchers et revendeurs furent victimes sur les bords du Var de la terrible fièvre des marais (paludisme). Une famille du lieu, les CASTILLON, a marqué de son empreinte la vie scolaire de cette époque par la succession de ses représentants au poste d'instituteur dans la commune (cinq en cent ans).  Mr. Roger TRESSE, dans une étude intéressante, souligne l'expansion démographique de Saint-Laurent au XIXème siècle: - 731. habitant en 1831 (23 employés des Douanes, 6 gendarmes), - 837 habitants en 1841, - plus de 1.000 habitants en 1881.   La population se compose selon la hiérarchie: de travailleurs, de mesnagers (petits propriétaires) et de bourgeois. La bourgeoisie compte un notaire, un maître-chirurgien, un receveur, les employés des douanes, un brigadier, un contrôleur et quelques fonctionnaires actifs et retraités. La famille CASTILLON possède une maison rue du Puits et rue du Four, elle se compose de cinq personnes et d'une servante. Elle occupera des fonctions communales de greffier, d'agent national (chef de la Garde Nationale), de receveur des impôts, d'instituteur de 1790 à 1860.   En 1831, l'école est ouverte aux garçons, elle est payante et reçoit 24 élèves l'hiver et 161l'été. Le maître est payé par les chefs de famille chaque mois, municipalité lui alloue une somme pour enseigner à quatre élèves gratuits, elle lui fournit un local au-dessus de la Mairie, mais ne le loge pas. En 1884, le Comité local à l'Instruction Publique (loi Guizot) estime que 60 garçons et 70 filles sont privés d'instruction.   Le Conseil Municipal, obligé à des dépenses telles que le curage du puits communal et l'agrandissement de l'église, ne peut faire face à ces nouvelles nécessités démographiques. Comme il est opportun d'ouvrir une salle de classe plus spacieuse, de la meubler et d'aider les élèves démunis, le département finance la moitié et la Commune emprunte le reste des frais, auprès du Bureau de Bienfaisance de la Paroisse.   Le flottage du bois provoquait souvent des dommages aux culées du pont, lorsqu'une partie de celui-ci était emportée suite à une crue, un pont de cordes (!) servait de secours. Aussi fut-il question en 1849 d'installer un pont suspendu.  

Après la construction du pont de Chemins de Fer en 1864, le bourg fut éloigné du passage de la route nationale. Cette situation d'isolement résulta du refus prudent des Laurentins de voir s'édifier la voie ferrée et la gare, proches du village. En effet, ceux-ci redoutaient que les ouvriers du chantier ne maraudent « leurs figues ». Ce trait de caractère souligne la prudente réserve d'une communauté longtemps exposée aux vicissitudes du passage du Var. Ajoutons que cette méfiance atavique résultant d'une hospitalité souvent forcée n'a pas été tempérée par l'ouverture vers la mer Dans l'histoire, il y a peu de marins ou de pêcheurs à Saint-Laurent, les traditions terriennes ont prévalu tout au long de son passé comme dans tout pays maritime au sol riche.

 

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27.03.2008

SAINT LAURENT DU VAR CITÉ DU CINÉMA, LA FIN SOUS LES BOMBES

Luigi Freddi donne une liste des films tournés pendant la période de gestion italienne des installations niçoises et laurentines: (entre parenthèses, date de début de tournage)

- Production Imperia :

Félicie Nanteuil de Marc Allégret (25 avril 1942).

- Production Discina :

Les Visiteurs du soir de Marcel Carné (27 avril 1942);

Lumière d'été de Jean Grémillon (17 août 1942);

L ' Éternel retour de Jean Delannoy sur un scénario de Jean Cocteau (15 mars 1943); ,

Les Mystères de Paris de Jacques de Baroncelli (5 mai 1943).

- Production Cimep :

La Mort ne reçoit plus de Jean Tarride (10 mai 1943);

Béatrice devant le désir de Jean de Marguenat (7 juin 1943);

Les Petites du Quai aux Fleurs de Marc Allégret (15 juin 1943). Ce film, qui voit les débuts dans un petit rôle de Gérard Philippe, est tourné dans une version française et dans une version italienne avec Adriana Benetti. - Production Scalera. Dès 1942, Gérard Philippe, originaire de Cannes, avait essayé sans succès de se faire engager dans Lumière d'été et dans Les Visiteurs du soir. En 1943, il tient également un petit rôle dans La Boîte aux rêves.

La Vie de Bohême de Marcel L 'Herbier (10 décembre 1942).

- Production Invicta :

La Boîte aux rêves de Jean Choux puis Yves Allégret (14 juin 1943);

Les Enfants du paradis de Marcel Carné (17 août 1943).

A cette liste, il convient d'ajouter :

L'Ange gardien de Jacques de Casembroot (16 février 1942)27;

L ' Inévitable Monsieur Dubois de Pierre Billon (2 novembre 1942) ;

Dernier atout de Jacques Becker (24 mars 1942 à Paris, puis tournage à Nice des extérieurs).

Luigi Freddi souligne enfin le rôle qu'ont joué les Italiens auprès des Juifs et des jeunes gens devant aller travailler en Allemagne. Ainsi, malgré les coupures d'électricité, la mauvaise qualité de la pellicule, les difficultés de toutes sortes en matière d'approvisionnement, les studios de la Victorine et de Saint-Laurent-du-Var ont permis le tournage de nombreux films en 1942 et 1943. Ces deux années constituent une des périodes les plus brillantes de 1 'histoire cinématographique de Nice et Saint Laurent du Var.                                                                          

Notons que la Résistance va se développer dans les milieux cinématographiques à l’initiative de « L’Amicale des techniciens du Cinéma repliés sur la Côte d’Azur ».

 L'installation à Nice des Allemands, le 9 septembre 1943, arrête presque toute activité dans les studios: aucun film nouveau ne sera entrepris pendant toute la période de l'occupation. L'arrivée des Allemands provoque l'interruption du tournage des deux films qui étaient en cours de réalisation, Les Enfants du paradis à la Victorine (dans le vaste décor du boulevard du Crime) et La Boîte aux rêves à Saint-Laurent-du-Var (dans le décor du Café de Flore réalisé par Georges Wakhévitch). Un écho paru dans la presse signale que Arletty, Jean-Louis Barrault et Henry Guisol ont pris le train pour regagner Paris tandis que Viviane Romance s'est retirée dans sa propriété de l'arrière-pays. L'arrivée des Allemands provoque aussi la fuite d'un certain nombre d'employés des studios. Quant aux studios de la Nicaea Films à Saint-Laurent-du-Var, ils ferment définitivement : quelques mois plus tard, en août 1944, ils sont détruits par un des derniers bombardements alliés visant à démanteler le pont du Var.

Les plus anciens des Laurentins se souviennent encore de certaines séquences tournées dans le Vieux Village, comme celles de l’Idiot avec Fernandel sur la place de l’Eglise. Au-delà des images de Saint Laurent du Var, dans plus d’une cinquantaine de films d’époque, il ne subsiste encore dans la petite cité que le modeste nom d’une ruelle : « L’allée des studios » pour perpétuer le souvenir d’une brillante vocation aujourd’hui oubliée.

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20.03.2008

SAINT LAURENT DU VAR CITÉ DU CINÉMA, DES CRÉATIONS DURANT LA GUERRE

L'entrée en guerre de la France en septembre 1939 n'affecte guère la vie des studios de la Victorine et de Saint Laurent du Var. L'activité reste assez limitée.                     

Dans un livre de souvenirs, Luigi Freddi, successivement directeur de la cinématographie fasciste (de 1934 à 1939) puis président de Cinecittà (à partir de 1940), évoque la politique de pénétration des intérêts italiens dans les sociétés cinématographiques françaises. Dès 1940 commence une politique visant à faire prendre à Cinecittà une participation financière dans l'industrie cinématographique française. Après de longues négociations et un accord préalable le 30 mai 1941, l'accord définitif est signé à Nice en février 1942.  L'accord amène la création de deux sociétés nouvelles : - la Société Cinématographique Méditerranéenne d' Exploitation (Cimex). Cette société franco-italienne est constituée pour 60 % du capital par Cinecittà et 40 % par la maison de production Discina. La Cimex loue (fonds de commerce et droit au bail) les studios de la Victorine et afferme les studios de Saint-Laurent-du-Var : désormais les deux établissements sont gérés par un organisme commun. Producteur depuis 1938 et dirigeant de Discina, André Paulvé est désigné comme gérant de la Cimex; à la tête de cette société, il produira quelques-uns des films les plus importants tournés à Nice pendant la guerre, notamment Lumière d'été de Jean Grémillon, Les Visiteurs du soir de Marcel Carné, L ' Éternel retour de Jean Delannoy et Jean Cocteau. Paulvé sera également à l'origine des Enfants du paradis de Carné.                                               

Ainsi, comme on peut le constater, les Italiens se sont solidement implantés dans l'activité cinématographique de Nice et cela bien avant l'occupation de la ville par leur armée en novembre 1942.

Freddi indique que sous l'impulsion de ces nouvelles sociétés, les studios de Nice sont modernisés et adaptés aux conditions particulières de l'époque: par exemple, les générateurs électriques vont fonctionner grâce à des moteurs à gazogène. Sous l'initiative de André Paulvé, un certain nombre d'aménagements sont accomplis pour donner aux ouvriers de meilleures conditions de travail (construction de vestiaires, douches, infirmerie, cantine). A cette époque, les studios de la Victorine et de Saint-Laurent-du-Var emploient, entre les ouvriers et les employés de bureau, environ quatre cents personnes. Au moment de l'arrivée des Allemands à Nice en septembre 1943, l'arrêt de l'activité des studios provoque selon Le Petit Niçois du 11-12 septembre 1943 la mise au chômage de 200 ouvriers. Pendant les années 1942 et 1943, l'activité des studios est considérable.

 

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16.03.2008

SAINT LAURENT DU VAR:L'HISTOIRE

ROSSI Edmond

 

SAINT LAURENT DU VAR A TRAVERS L’HISTOIRE

 

17.00EUR

 

[format :22X22 cm***ISBN :2-913637-36-1]

 

 

 

 

Saint-Laurent-du-Var à travers l’Histoire ou quand le présent rejoint l’Histoire de Saint-Laurent-du-Var et sa fière devise : « DIGOU LI, QUÉ VENGOUN», (DIS LEUR QU’ILS VIENNENT). Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s’étire face à Nice le long de la rive droite du Var. Saint-Laurent-du-Var n’en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants, son Vieux-Village, avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

 

13.03.2008

SAINT LAURENT DU VAR CITÈ DU CINÈMA D'AVANT GUERRE

L'activité cinématographique a toujours tenu une grande place dans la vie de l'agglomération niçoise. Les nombreux studios créés pendant la période du cinéma muet, la poursuite de la production pendant les années trente, confirment la place des installations de Nice et Saint Laurent du Var

 dans la production française. Au vrai, en dehors de Paris, Nice et Saint Laurent sont les seules villes de province où l'on peut trouver une activité cinématographique continue de la fin du XIXè siècle jusqu'à nos jours.

 

Cette histoire d'amour entre Saint-Laurent et le cinéma est née avec la passion d'une des pionnières du 7ème art, Rose Lacau. Rien ne destinait cette meunière, née en 1890 à Orthez, à devenir cinéaste, à part le destin. Un destin excep­tionnel qui lui permit de suivre une de ses clientes comédien­ne à Paris, alors qu'elle n'était que lingère et d'y connaître le succès sur les planches des théâtres.

 

A Milan, elle épouse l'avocat Gustave Pansini et le couple décide de s'installer en France, à Saint-Laurent. Là, à l'embouchure du Var, Rose fait construire les studios de l'AS Ciné et réalise quatre films en collaboration avec Georges Monca.

 

En effet, si le premier film de l'his­toire date de 1895, dès 1900 une scène du film

 

« J'accuse » est tournée dans le lit du Var.                                                   

 

­Ainsi, dès les années vingt, la commune devient le point de rendez-vous des cinéastes. De 1923 à 1943 nombre d'acteurs et de cinéastes ont défilé dans les studios laurentins. Parmi eux, Julien Duvivier en 1923 (Le Reflet de Claude Mercoeur); Marcel l'Herbier en 1926, (Le Vertige) ; A. Bertomieu en 1929 (Rapacité) ; Auguste Génina qui fit tourner Tino Rossi en 1937 (Naples au baiser de feu) ; Jean Choux puis Yves Allégret en 1943.

 

Paradoxalement, la période de la guerre se traduit par une reprise sensible de l'industrie cinématographique particulièrement perceptible à Nice : loin d'être en sommeil, le cinéma français connaît une période de grande activité pendant les

 

« années noires » ; environ 220 films sont tournés durant les quatre années d ' occupation. Si en 1930, l'agglomération niçoise compte encore six studios de tournage : Pathé, route de Turin; Gaumont à Carras; La Victorine à Saint-Augustin; la Californie; Saint-André; les importants Établissements Barbier à Saint-Laurent ;  les transformations qu'impose l'apparition du parlant provoquent peu à peu la fermeture de presque tous ces établissements : seuls les studios de Saint-Laurent-du-Var et ceux de la Victorine, grâce à d'importants travaux de modernisation (effectués en 1930 à la Victorine), s'équipent pour répondre aux besoins des nouvelles productions. Loués à Iris Films puis à Nicaea Films, les studios de Saint-Laurent comportaient 3 plateaux et des terrains le long du Var pour la construction de décors en plein air .

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