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25.06.2006
UNE ABBAYE TOUTE PROCHE DE SAINT LAURENT
L’ABBAYE DE LA COLLE SUR LOUP
Ce nom perpétue le souvenir d’une très ancienne fondation religieuse. Dès le Vème siècle, la foi vibrante de Lérins fit germer ici un prieuré, d’où Saint Véran partit un jour rencontrer en intercesseur, sur les bords du Loup, Euric l’envahisseur à la tête des hordes de Wisigoths.
Le miracle se produisit et Euric épargna la cité de Vence. La chance ne se renouvela pas puisqu’en 730, le petit monastère fut saccagé et ses moines massacrés par les bandes sarrasines. Trois siècles passeront sur les ruines mais “ la providence, en ses mystérieux desseins et l’histoire en ses surprenants retours vont faire refleurir ce désert ”. C’est Pierre, fils du Comte Laugier Ruffi, seigneur de Vence, qui fit cadeau du domaine et du manoir du Canadel au nouvel abbé de Saint Véran qui s’empressa d’ériger le bâtiment en prieuré, à la tête duquel il nomma Clari Adalbert. De cette époque (XI ème siècle), subsistent une porte fortifiée et une remarquable chapelle de style roman provençal, encastrées dans la masse du château.
Le donjon crénelé et les tourelles couronnées de bâtisses plus récentes, signent leur fonction de résidence seigneuriale. En effet, au XI ème siècle, lors de la donation de l’abbaye de Saint Véran (située à l’embouchure du Loup), le prieuré du Canadel fut réservé aux évêques de Vence. Ainsi détaché et devenu épiscopal, il va s’envelopper, durant près d’un demi-millénaire, d’un silence mystérieux. Mgr Grimaldi cède ses droits à Claude de Villeneuve seigneur de Vence.
Le noble castel gardera toutefois, grâce à la piété de ses nouveaux seigneurs et ce, deux siècles durant, la chapelle monacale qui résonnera de la mélodie des oraisons.
Ainsi en 1632, Isabeau - épouse de Villeneuve Thorenc, gouverneur de Saint Paul - fonde au Canadel une “ chapellerie ” dotée de 300 livres avec charge d’une messe hebdomadaire à son intention. Cette initiative pieuse sera suivie de beaucoup d’autres puisqu’en 1700 on comptait une dot de plus de 5000 livres !
“ En 1789, notre histoire qui vit la plus juste des causes fut bien souvent desservie par de coupables moyens ”. La Provence ne sera pas épargnée par la tourmente révolutionnaire. Le chapelain du Canadel, condamné à suivre le triste sort des châtelains, abandonne le prieuré. La chapelle magnifique, écrin d’architecture religieuse, classée aujourd’hui par les beaux-arts, ne put hélas échapper aux outrages du temps et à la profanation des hommes.
Rendez-vous de chasse au temps des rois, folie au début de ce siècle, un nouveau destin s’ouvre à l’austère demeure en 1937, lorsqu’un certain Joseph Vighi s’appropria ces vestiges vénérables pour en faire une auberge accueillante aux artistes. Un adorable jardin-patio, des salles, couloirs et escaliers décorés de tableaux offrant une exposition permanente dans un décor original, même si les toiles ont été quelquefois “ atrocement figuratives ” pour certains.
Le goût un peu naïf pour les choses de l’art ne retirera rien à cette cordiale maison qu’il gérera trente ans durant. Lieu de rendez-vous de nombre de peintres, d’écrivains et vedettes du septième art, l’Abbaye possède alors un substantiel et éclectique livre d’or où se mêlent les grands noms des visiteurs de la Côte.
Ceux-ci oubliaient là l’atmosphère plus guindée des palaces en dégustant un bœuf en daube très provençal et d’énormes pâtisseries à la crème. On y dînait aux chandelles : d’inimitables bougies multicolores, faisant penser avec leurs couleurs à des stalagmites toujours renouvelées. Le tout dans une ambiance de bel canto et de “ canzonetta ” napolitaine à l’exotisme inattendu qui entraînait les convives à reprendre en cœur ces refrains éternels.
Même si son animateur n’est plus, même si l’on a badigeonné la décoration d’une voûte qui insinuait que les moines n’étaient pas toujours sages, il faut humer ce lieu classé. L’ancien propriétaire avait, par un sentiment chrétien et un sens du beau et du bien, rendu la chapelle à son ancienne destination. De nombreux couples des alentours se marièrent là. Il faut voir les deux magnifiques statues en pied de l’entrée et cette chapelle riche de souvenirs, s’attarder et s’asseoir peut-être à la table qu’occupait Brigitte Bardot, qui se maria dans cette fameuse chapelle historique.
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LE BLASON DE SAINT LAURENT DU VAR
LA FIERE DEVISE
DE SAINT LAURENT
Par un acte d’habitation et d’emphytéose (1468), Raphaël Monso - évêque de Vence - installe 35 familles venues d’Oneglia en Ligurie italienne, pour repeupler Saint-Laurent « déshabité ». Ces derniers devront désigner des gueyeurs chargés d’assurer le passage gratuit du Var, aux voyageurs et à leurs bagages.
Ils tiendront également six lits à « l’hôpital » pour héberger les hôtes de passage. En 1471, Saint-Laurent compte 149 habitants répartis en 23 feux. On y cultive le blé, le lin, le chanvre, quelques figuiers. On y élève surtout des ovins et caprins. Des salines sont exploitées en bord de mer.
La communauté, après des démêlés avec l’évêque de Vence, se dégage de la servitude de l’hospice et du bac gratuit. Cette tâche reviendra en 1480 à des religieux et ce jusqu’au XVIIIe siècle. Devenu l’hôpital Saint-Jacques en 1668, l’hospice offre un dortoir de quatre lits et deux chambres à un lit.
Une barque permet de traverser le gros bras du Var. Une convention de 1758 confie la traversée du Var à un entrepreneur privé qui recrute ses gueyeurs selon de sévères critères moraux. En 1763, l’anglais Smolett et en 1775 le suisse Sulzer détaillent dans leurs carnets de voyage le pittoresque franchissement du Var à gué.
La vie morale des laurentins est encadrée avec rigueur dès 1306 par des confréries de pénitents. Néanmoins, une affaire de mœurs assez trouble scandalise la petite communauté en 1700, mettant en cause le prieur Honoré Geoffroy, son secondaire, quelques gradés de la garnison et une certaine dame Léon. Il sera question de gais lurons regroupés dans la « confrérie de Méduse » ! Forte personnalité, Honoré Geoffroy, gracié, épargnera à deux reprises Saint-Laurent des exactions de la soldatesque savoyarde (1704).
Une famille du lieu, les Pisani, rachète les droits seigneuriaux de l’évêque de Vence en 1698. Ils seront seigneurs de Saint-Laurent jusqu’à la Révolution.
La communauté laurentine demande en 1696 son inscription à l’Armorial de France. Les armoiries sont ainsi définies : « De gueules à un grill d’argent, accosté de deux lettres L et S en or » en dessous la fière devise de la petite cité sentinelle : « Digou li qué vengoun ! » (dis leur qu’ils viennent).
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12.06.2006
LES GUEYEURS, UNE ORIGINALITE DE SAINT LAURENT DU VAR
L’Allemand Sulzer dans son « Voyage de Berlin à travers les pays méridionaux de I’Europe " paru en 1775 décrit une curieuse traversée du Var:
« En sortant de Saint-Laurent on entre dans le lit du Var qui est très large à cet endroit et prouve suffisamment l'impétuosité des crues de ce fleuve. En ce moment, à peine le sixième du lit était couvert d'eau et ce peu d'eau, divisé en plusieurs bras, coulait avec rapidité.
A Saint-Laurent, des hommes robustes sont chargés de transporter les voyageurs à travers le lit du fleuve. Ces hommes doivent, savoir à quelle époque il est possible de traverser. On me donna quatre de ces hommes pour ma traversée, qui n'était pas dangereuse, l'eau étant très basse; en d'autres temps on en donnerait beaucoup plus. L'un procédait en éclaireur en montrant au postillon les endroits les plus guéables et trois restaient avec la chaise de poste pour la tenir, afin que le torrent ne la renverse pas. Dans quelques endroits l'eau montait jusqu'à l'essieu des roues. Cet accompagnement me coûta quatre livres ; quand l'eau est plus forte, c'est beaucoup plus cher ! ».
La communauté laurentine traitait pour un an avec les « gueyeurs ou barquiers ».
En 1781, nous trouvons parmi ceux-ci : François Trastour; Jean- Jacques Bery et André Martin. Le 17 avril 1782, le chef affirmé des gueyeurs s'appelait Antoine Michel. Il devait veiller à ce que seuls les hommes désignés exécutent le travail.
Ce monopole exigeait de la part de ceux qui étaient sélectionnés des qualités particulières. Une note d'archive précise: « Il faut que les barquiers soient des gens choisis et craignant Dieu,
1. Qui fréquentent les sacrements et qui fassent leurs Pâques chaque année;
2. Qui portent un tableau (tablier) autour de la ceinture ;
3. Qui aient de la pudeur et de l'honnêteté envers les personnes du sexe ;
4. Qu'ils soient charitables envers les pauvres et traitables envers les autres ;
5. Qu'ils ne soient point abrutis dans le vin, pour ne pas risquer de se noyer et de noyer les autres.
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04.06.2006
UN RESUME D'HISTOIRE
SAINT LAURENT DU VAR,
ville frontière
Mais remontons aux origines connues : dès le VIle siècle avant J.C. les navigateurs phocéens fondent les premiers comptoirs grecs sur la Côte, se mêlant aux Ligures qui occupent les lieux depuis des siècles.
Les Romains construisent la voie «Julia Augusta» reliant Rome à la Gaule et c'est tout naturellement qu'ils s'installent à l'embouchure du Var. Jusqu'au IVe siècle, c'est la paix, les paysans cultivent l'olivier, l'oranger, le figuier et la vigne, les pêcheurs tirent les filets. . . Puis, invasions et guerres ravagent la côte jusqu'au début du millénaire. C'est vers 1033 que les chroniques font apparaître la première mention de Saint-Laurent : «Castrum Agrimontis», qui prendra son nom actuel en 1471.
L'histoire rocambolesque de l'Hospice
L'embouchure marécageuse du Var, passage obligatoire entre le royaume de France et le Comté, a été depuis le Moyen Age un point stratégique, sujet à toutes les convoitises, livré aux nombreux «ribauds, et détrousseurs de voyageurs». Il fallait s'occuper de l'intendance, gouverner le lieu, assurer matériellement le' franchissement du fleuve et faciliter le passage aux pèlerins se rendant à Rome. L'Eglise, toute puissante, prend en charge cette responsabilité. Elle crée l'embryon de Saint-Laurent :
«L 'Hospice», une sorte d'auberge-hôpital.
Cet hospice - sous l'autorité du seigneur du lieu, Raimbaud, évêque de Vence - est confié à une douzaine de chanoines de l'ordre de Saint Augustin. A leur charge : «entretenir trois chambres à deux lits, garnis de matelas, pour y recevoir les pèlerins et les pauvres passants», en outre les responsables devaient «tenir une barque sur le Var pour y passer ceux qui se présentent, sans rien exiger, ni recevoir».
Les moines bénéficient de nombreux legs, deviennent propriétaires de la presque totalité du terroir de Saint-Laurent, jusqu'à Cagnes. C'est la belle vie, les mœurs se
libéralisent. . . le bon vin du terroir et les jolies dames transportées à dos de moine entraînent un relâchement certain... L'évêque de Vence veut y mettre bon ordre, l'affaire est de taille, les intérêts matériels en jeu sont importants, il récupère le gué et ses possessions. Mais de crises en décadence morale, I 'Hospice tombe en ruines.
En 1327, le pape ordonne sa fermeture.
Un siècle d'âpres luttes et de procès entre l'évêque de Vence et les moines augustins s'achevait. Les profits accumulés par les moines sont «confisqués» par l'évêque, les moines sont chassés et recueillis par les Niçois, sur la rive gauche. Le gué est alors confié aux laïcs.
Les «gueyeurs»ou «gaieurs»
Toutes ces luttes d'influences, les invasions, les pillages, la guerre de Cent ans ne sont rien par rapport aux épidémies de peste noire qui ont sévit dans la région. Celle de 1446 décima la population de Saint-Laurent. Raphaël Monso, évêque de Vence décide de repeupler Saint-Laurent «déshabité», il va chercher trente familles à Oneglia, en Ligurie italienne et leur concède le territoire, à charge pour eux de «tenir barque sur Var». Les gueyeurs deviennent les maîtres du fleuve.
Laissons Smolett les décrire: «Au village de Saint- Laurent, il y a une équipe de passeurs toujours prêts à guider les voyageurs dans le passage de la rivière. Six de ces hommes, les pantalons retroussés jusqu'à la ceinture, avec de longues perches en main, prirent soin de notre voiture et, par mille détours, nous conduisirent sains et saufs à l'autre bord.»
Et Papon, dans son «Voyage en Provence», de préciser : «... si l'on ne passe (le Var) ni en voiture, ni à cheval, on s'assied sur l'épaule de deux hommes qui se tiennent l'un contre l'autre».
On crée un droit de péage, en échange, la communauté s'engage à ce que les passeurs soient choisis parmi «les plus propres et les plus experts dans cette fonction (..) toujours vêtus décemment de caleçons ou ceintures». En outre quatre gueyeurs doivent être présents «depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, deux sur chaque rive pour indiquer fidèlement le gué aux passants.»
Et comble d'honneur, lors des nombreuses guerres, les gueyeurs doivent également seconder les «gens de justice» . . . Afin d'éviter les désertions, ordre leur est donné «... de ne pas passer, ni favoriser le passage de ladite rivière à aucun soldat, ni sergent du bataillon...»
Mais tout a une fin, à la Révolution, le 'Var n'étant plus frontière, les passeurs demandent à être relevés de leur faction, les travaux des champs attendaient leurs bras vigoureux.
Le premier pont
En 1792, la toute nouvelle République française, menacée par le royaume de Sardaigne et l'Autriche, décide l'invasion du Comté, elle confie cette armée au général Anselme. Une troupe de bric et de broc, le sort de la nation, on le sait à Paris, se jouera plutôt du côté de Valmy. N'empêche, il faut rendre les frontières impénétrables. Nice tombe sans résistance.Mais il pleut. Des jours et des jours sans interruption. Le Var est en crue, le général Anselme sous sa perruque se fait des cheveux blancs. Que faire ? Construire un pont. C'est ce qu'il fera, un pont certes rudimentaire et modeste, souvent emporté par les flots, à chaque fois colmaté avec les moyens du bord. Ce même pont sera celui où passeront une partie des armées de Bonaparte lors de la fameuse campagne d'Italie.
Premier lien vermoulu entre la France et le Comté. A la chute de l'Empire, la frontière, réapparaît, le pont sera méticuleusement mesuré et divisé en deux parties.
L'ère moderne
Lorsqu'en l860, le Comté de Nice est rattaché à la France, un véritable pont en pierre et en fer est construit surIe Var. La voie ferrée venant de Marseille l'empruntera et, le l8 août l864, la première locomotive franchit le Var.
On construit le chemin de fer loin du village, les Laurentins se méfiaient du progrès, générateur de toutes sortes de maux et en particulier le chapardage des figues dont se rendaient coupables les ouvriers du chantier. Pour éviter ce risque, le conseil municipal éloigna la menace vers le bord de mer, refusant le passage du train à proximité du village.
La vie paysanne
Invasions, guerres, démolitions, inondations, pillages, épidémies. . . à travers les siècles, n'empêchent pas les Laurentins, dès l'antiquité, d'avoir un rapport étroit avec leur terroir, de l'aimer et de l'exploiter infatigablement. Mais laissons Vauban conclure: «Ici le soleil est le plus beau de la Provence et celui où croissent les plus belles oranges de toutes espèces qui sont là en plein vent, hiver et été. Ce territoire est couvert de vignes, d'oliviers et de figuiers,(. ,) du blé, du vin, des oliviers et des figues, tout cela cultivé avec beaucoup de soin...»
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