03.07.2008

APERÇU HISTORIQUE SUR LE QUARTIER DES PUGETS (1ère partie)

Le quartier des Pugets situé au nord de la Commune est un lieu riche en témoignages divers du passé.

Il l'est par son nom cité à diverses reprises depuis le haut moyen-âge jusqu'à nos jours, par les quelques vestiges encore épargnés par l'urbanisation envahissante, par son étendue géographique, puisqu'il recouvre deux communes successives, Saint Laurent et la Gaude. Depuis Saint-Laurent village nous avons du Sud au Nord: Les quartiers des Pugets, La Tuilière, le Puget des Crottes, La Tour, les Crottes Mondoucot et Ste Pétronille la Baronne au nord de la Tour. Les terrains plats du pied des collines au Var constituaient dans le passé les Iscles.

Selon E. BONIFFACY, l'étymologie du Puget viendrait du latin pugetum signifiant monticule, devenu poggeto en Italien, le nom ancien du quartier était PUGET TREIZE DAMES (sans explication).

D'après les archives départementales, son appellation a varié au cours du temps: PUGET TREIZE DAMES, PUGET LA BARONNE, PUGETONO, POJETO.

C'est effectivement sur une colline que s'élevait le PUGET TREIZE DAMES avant sa destruction lointaine au cours des guerres du Moyen Age.

S'agissait-il d'un hameau faisant suite à un poste d'observation établi par les Romains, succédant à une enceinte celto-ligure? Faute de découverte précise, nous en sommes réduits aux hypothèses.

Le territoire est cité comme terre seigneuriale en 1235.

L'enquête de 1252 de Charles d'Anjou révèle 30 feux minimums soit en environ 195 habitants (260 pour Saint Laurent), même chiffres pour l'enquête précédente de 1249.

Il est désigné dans les plus anciens actes sous le nom de « locus inhabitatus de Pugeto » et de « Castrum Pugetono tresdecim dominarum ».

Existait-il dès cette époque un château dans ce lieux? L 'hypothèse est confirmée par l'étude « CASTRA DIRUPTA » de L. CAPPATTI (1955).

Ce fut un fief du célèbre ROMEE de VILLENEUVE et de ses descendants. L'un d'eux NICOLAS en fit hommage en même temps que de la Gaude le 29 août 1480 à Charles III.

Vers cette époque le fief fut divisé car on apprend que François de Villeneuve, fils de Hugues, en fit hommage le 4 février 1510, Pierre, fils de Nicolas faisant de même le 6 décembre 1519 par-devant le Comte de Tende, Gouverneur de Provence.

Antoine de Gréolières, successeur de Nicolas, le vendit le 8 décembre 1549 à Antoine PORTANIER, Coseigneur de Cagnes. Claude et Honoré PORTANIER, fils et petits-fils d'Antoine portèrent le titre de Seigneur de Puget après 1600.

Néanmoins, Claude de Villeneuve, baron de Vence, était seigneur du Puget en 1573 et tous ces descendants de la branche de Vence l'ont possédé jusqu'à la Révolution sous le nom de fief du Puget de la Baronne, ou de Puget de Monsieur de Vence.

Il faut admettre la division du fief en plusieurs territoires distincts en rapport avec son étendue.

E. BONIFF ACY nous rapporte également que les Archives de LA GAUDE révèlent un autre fief en rapport avec le Puget, désigné sous le nom de PUGET SAINT CEZARY qui appartenait en 1700 à Monsieur de Saint Laurent.

Cette appellation proviendrait d'une propriété des Villeneuve St. Cézaire, branche descendante de RENAUD, fils de HUGUES, son arrière-petit-fils HONORE, seigneur de BOURRIGAILE, ST.CEZAIRE, LE PUGET, SERANON, et partie de MALVANS devint Sénéchal de GRASSE et dut vendre son fief à la famille PISANI, Seigneur de Saint Laurent.

C'est le bas PUGET ou PUGET de la TOUR, indiqué sur une carte du XVIIIème siècle par un « Pavillon » puis comme une maison de campagne du seigneur de Saint Laurent au XVIIIème siècle, il reste encore quelques vestiges de ce château.

On y voyait aussi au voisinage une chapelle aujourd'hui disparue, citée dans le « POUILLÉ » (inventaire des biens ecclésiastiques de PROVENCE par CLOUZOT) « LE BENEFICIA de SANCTO JOHANNE et de PUGETO » sans date définie.

M. G. DOUBLET dans une étude sur les paroisses du Canton de Cagnes (ANN. SOC. LET. SC. et ARTS des A.M. 1903) indique la Chapelle St. Jean Baptiste à la terre de Puget, mentionnée en 1719 par BOURCHENU près du château de Puget, ouverte et abandonnée, les ennemis ayant tout enlevé. H. BOUCHE indique en 1667 La Paroisse de Peton (Castrum de Pognon, lieu déserté).

Le même BOURCHENU signalait en 1715 une chapelle « voisine de la « Bastide » de Monsieur de Saint Laurent appelée la Tour du Puget » il ajoutait « elle est ouverte, n'a point de tableau et a été ruinée par la dernière guerre ». S'agit-il de la même ?

Plus tard en 1726, il note la chapelle St. Jean « au haut Puget, refaite par Pisani, seigneur de Saint Laurent ».

Selon BONIFFACY, cette Chapelle St. Jean-Baptiste a dû être le centre d'un important groupement « si l'on en juge par la quantité d'ossements humains trouvés autour de ses ruines » (témoignage en 1912 relatif à la propriété au Puget de Francis Nirascou, de St. Jeannet).

D'après ces relations, il apparaît que le château et la chapelle formaient un ensemble servant de point d'appui à une communauté humaine très ancienne et fort nombreuse.

Cette communauté fut, parait-il, longtemps autonome, elle était affouagée 1/16 de feu mais elle ne formait pas paroisse, étant rattachée ecclésiastiquement à LA GAUDE, dont elle constituait une annexe.

La population se composait des fermiers de la BARONNE et du « jardin du Bas Puget ».

En plus de ces fiefs nobles, ces territoire comprenaient des biens roturiers partagés entre 160 propriétaires, dont une centaine de St. Jeannet, 46 de la Gaude et seulement 15 de Saint Laurent. Sa production essentielle était un vin très estimé.

En 1790, la Commune de St. Jeannet envisagea d'annexer la Communauté sur l'initiative de son Maire François AUZIERE, notaire (royal) du village. Les mêmes intentions naquirent à La Gaude avec le prétexte que le Puget dépendait de sa paroisse.

Aussi, les administrateurs du district convoquèrent « les citoyens actifs possédant bien du territoire du Puget » pour délibérer sur une abdication d'indépendance qui ne leur apportait sans doute que peu d'avantages. Ceux-ci, réunis le 20 juillet 1790 à la Baronne dans la bastide de Jean Martel « délibérèrent par 77 suffrages que le territoire de Puget Treize Dames serait joint au territoire de St. Jeannet contre 41 qui furent d'avis de le joindre au territoire de La Gaude ». Mais la commune ne fut « annexée » ni à St. Jeannet ni à La Gaude, mais bien à Saint Laurent!

Les deux parties évincées ne se résignèrent pas puisque le 18 février 1791, une délibération du Conseil s'adressait... « A l'Auguste Assemblée Nationale pour amener la révocation de l'arrêté du Département du Var et la supplier de prononcer l'annexion à celui de La Gaude », ce qui eut pour résultat partiel de faire attribuer le quartier de La Baronne (Haut Puget) à cette Commune.

Un inventaire administratif des biens de la Communauté établi en 1791 précise les cultures pratiquées à cette époque, essentiellement l'olivier suivi de la vigne et quelques rares mûriers, orangers et figuiers.

Dans ce même quartier de La Baronne, sur la partie gaudoise, au départ du chemin communal reliant la N. 209 à la D. 118, nous avons remarqué à droite une ancienne « bastide » avec une élégante fenêtre aveugle du XVeme, ayant conservé son encadrement et son linteau blasonné, et sur la partie laurentine se dresse à quelques dizaines de mètres de la RN 209, sur une éminence, la Chapelle Ste PETRONILLE.

C'était selon E. BONIFFACY une annexe du prieuré de La Gaude dépendant du Chapitre de Vence. Elle est citée par Mgr BOURCHENU en 1716, située sur le chemin du Broc à Saint Laurent « au territoire du Puget Treize Dames sur le Var, annexe du prieuré de La Gaude ». Elle avait alors un tableau représentant la Vierge tenant l'enfant Jésus, en dessous, Ste Pétronille et St. Jean Baptiste. En 1719, un tableau avec le Saint et la Sainte est également mentionné (M.G. DOUBLET: Etude sur les paroisses du canton de Vence). En 1726, elle n'était point réparée.

MADAILLAN la cite en 1771 située « sur les bords du Var ». Comme bien de l'Eglise elle fut confisquée au moment de la Révolution, elle était jusqu'alors un lieu de pèlerinage très fréquenté le 31 mai par les paroissiens de St. Jeannet, La Gaude et Saint Laurent.

D'après BONIFFACY, ces manifestations pieuses à l'origine dégénérèrent à la longue. Ainsi on rapporte qu'un habitant de la Gaude, J.B. BERENGER, y fut tué d'un coup de fusil le 31 mai 1763 au cours d'un de ces pèlerinages où le petit vin du cru coulait à flot et où les rixes éclataient pour le moindre prétexte. (Registre des décès de La Gaude, 1er juin 1763). Les désordres se perpétuèrent chaque année: une bataille en clôtura la série le 31 mai 1821.

L'actuelle Chapelle a été l'objet d'une restauration maladroite en 1960 à l'initiative coupable de l'Abbé ISNARDY, ayant perdu de ce fait, excepté le toit, tout caractère d'authenticité.

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26.06.2008

CHRONOLOGIE

- 154: Bataille d'AEGITNA.

- 49: LÉPIDE soumet les OXYBIENS (Trophée d'Antibes). CÉSAR licencie les légions pompéiennes au bord du Var.

Du 1er au IIIème siècle: Installation des Villas romaines.

De 570 à 576: Destruction du site par les LOMBARDS. Nous manquons de précision sur les grandes invasions (Vandales: 440-460, Saxons: 573, Sarrasins: 737, 813-972).

1033: Première mention de SAINT-LAURENT.

1135: Des TEMPLIERS s'installent sur la rive gauche.

1162: Première mention de l'Hospice et du Bac.

1306: Création de la Confrérie des PENITENTS BLANCS.

1327: Le Pape Jean XXII ferme l'Hospice et chasse les Augustins.

1388: Dédition du Comté de Nice à la Savoie, le Var devient frontière.

1468: CASTRUM AGRIMONTIS inhabité et ruiné est repeuplé par acte d'habitation et d'emphytéose.

1471: Le lieu prend le nom effectif de SAINT-LAURENT-DU-VAR.

1536: (septembre): Pillage du village par les troupes de CHARLES QUINT.

1538: Passage de FRANCOIS 1er se rendant à Nice.

1595: Incursion armée des Niçois à propos des Iscles.

1623: (juillet): Razzia par les Barbaresques.

1628: Séjour du duc de GUISE.

1629: (mars): Retraite du duc de GUISE et de ses troupes depuis Nice sur un pont de bateaux.

1654: Création de la Confrérie des PENITENTS NOIRS.

1668: L 'Hospice devient l'Hospice Saint-Jacques.

1691: CATINAT établit son quartier général à Saint-Lau­rent.

1696: La communauté demande son inscription à l'ARMORIAL de FRANCE.

1698: PISANI achète la seigneurie de Saint-Laurent à l'Evêque de Vence.

1700: Affaire de la « Confrérie de Méduse ».

1704: (janvier et juillet): Pillages successifs de Saint-Laurent par les troupes savoyardes et royales de Mr. de BLAGNAC.

1706: (mars): Destruction des maisons du village pour installer l'armée royale française.

1707: (juillet): Vandalisme des troupes impériales sur les récoltes et les cultures.

1744: (avril) : Mise en place d'un pont sur chevalet par les franco-espagnols.

1746: (octobre): Destruction du pont lors de la retraite.

1746: (novembre): Construction d'un pont par les Anglais alliés des Austro-Sardes.

1747: (février): Destruction du pont sous le feu des Français.

1789: Vente des droits du seigneur PISANI à la commune.

1792: La frontière du Var disparaît avec l'annexion du Comté à la France.

1792: (octobre): Construction d'un pont pour diligences ouvert le 8 décembre.

1800: (mai) : Les combats de Saint-Laurent, sous les ordres de SUCHET.

1815: Remise en place de la frontière sur le Var, le Comté de Nice étant possession des Etats Piémont-Sardaigne.

1860: Annexion de Nice à la France: La frontière du Var disparaît.

1864: Après la construction du pont de chemins de fer sur le Var, passage de la première locomotive le 18 août.

1943: (novembre et décembre): Bombardements aériens des ponts du Var par les Alliés.

1944: (mai, juin, juillet, août): Attaques aériennes détruisant les ponts et une partie du bourg, nombreuses victimes civiles.

Le Var a servi de frontière sous l'Empire romain entre la Gaule et l'Italie puis plus tard entre le pays de Nice annexé à la Savoie et la Provence.

Voici les dates où la frontière existait: De 1388 à 1691, de 1696 à 1705, de 1713 à 1742, de 1748 à 1792, de 1814 à 1860.

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19.06.2008

URBANISME ET ARCHITECTURE LOCALE (2ème partie)

Construit sur un plateau avec une légère pente au Sud, à une vingtaine de mètres au-dessus du lit du fleuve, le nouveau Saint-Laurent (du XVème) se présente sous la forme d'un rectangle entouré de remparts, intégrant les constructions antérieures.

 Le choix des matériaux utilisés pour la construction est caractéristique: de gros galets roulés du lit du Var. Ceux-ci sont utilisés pour les murs, les pavements des rues et les remparts.

Apparaissent également de minces briques rouges pour les voûtes, les encadrements et les montants des portes nécessitant des angles vifs.

Pas de pierres de taille, si ce n'est pour les murs de l'église primitive, soigneusement appareillés.

Par contre, la tour clocher a été édifiée en briquettes et les remparts surplombant le Var en gros galets ronds.

Certaines maisons, heureusement décrépies, offrent un aspect typique de la construction laurentine: des murs bosselés, couleur miel, où les galets ronds ressortent sur le liant foncé.

Un examen du plan cadastral de 1834 révèle les quatre tours d'angle et les maisons formant remparts, ainsi que les sorties aux extrémités des rues. Deux portes essentielles: la « porte Saint-Antoine » à l'Ouest et la porte du gué à l'est, l'une s'ouvrant sur la Provence, l'autre sur le fleuve.

Quelques maisons fortifiées subsistent de nos jours dans la rue des Remparts et une à l'extrémité ouest de la rue du Var, avec une tourelle de guet.

Dans l'enceinte, un captage de source souterraine alimente le puits central.

Le château et I 'hospice voisin bordent le bas de la rue Desjobert.

Des galets arrondis « en museau de chat » pavent le sol des rues où le caladage assure deux ruisseaux latéraux que n'obstruent pas les escaliers accédant aux habitations.

A l'extérieur et sur les chemins desservant le bourg, des chapelles furent construites pour écarter « la contagion »: celle de Saint Roch sur le chemin de Cagnes, celle de Saint Jean sur la même route, et, plus près de Saint-Laurent, celle de Saint Jacques sur le chemin des Pugets.

Les siècles suivants, d'autres chapelles furent édifiées en plus de la chapelle Saint Antoine, près de la porte, N.D. des Neiges ou de la Rive, au-dessus des Moulins, N.D. de la Pitié, en allant au Cros de Cagnes, et, celle de N.D. du Lac, du côté de la mer vers le Var.

Une seule existe encore, la chapelle Saint Roch, devenue N D. des Sept Douleurs (la seule consacrée).

La maison est généralement construite sur trois plans: le rez-de-chaussée servant d'étable ou de cellier, le premier étage réservé à l'habitation comportant une ou deux pièces, et, le grenier utilisable comme grange, entrepôt pour les provisions ou séchoir. Dans ce dernier, la « paillère » les récoltes étaient hissées à l’aide d’une poulie (la carrela) dont chaque demeure était équipée. On peut encore voir sur quelques vieilles maisons du village, tout en haut sur l’avancée de la toiture, une potence en bois ou en fer supportant un réa.

L'escalier partant du corridor d'entrée longe le mur latéral, dessert le premier étage par un palier et se poursuit jusqu'au grenier où il se termine.

De façade étroite, profonde de l'espace laissé entre deux rues parallèles, avec généralement une fenêtre au rez-de-chaussée et deux à l'étage (sans vitre), la maison n'offrait que des intérieurs obscurs exclusivement utilisés comme lieux de repos.

La rue accueillait: les femmes pour le tissage, la couture, la préparation des mets, les hommes pour la conversation, la réfection des outils, et, la famille pour les repas, dans une ambiance typiquement méditerranéenne.

Le mobilier, sommaire à cette époque, se composait d'une table et de deux bancs, d'un coffre à linge et d'un châlit en bois.

Aux siècles suivants, des aménagements adaptèrent les demeures à la progression démographique et aux conditions nouvelles. Certaines furent surélevées, d'autres enjambèrent les rues, leurs greniers servirent de chambres ou de séchoirs à fruits (figues).

Quelquefois, on pratiqua de larges ouvertures dans les murs du rez-de-chaussée pour permettre le passage de volumineuses jarres d'huile ou barriques de vin, puis les productions ayant changé, ces portes à larges voûtes furent à nouveau réduites. Ces cintres superposés sont encore visibles dans les murs inférieurs de certaines maisons du village.

Une troisième époque de construction pourrait être citée: le XVIIIème siècle. Celle-ci correspond à une implantation hors des remparts, mais ce développement sera limité à quelques moulins et scieries au bord du fleuve et au quartier des Pignatières, en raison de l'état d'insécurité lié au voisinage de la frontière.

L'hospice, l'octroi, le relais de poste et la première gendarmerie furent installés, à l'époque du gué, dans l'actuelle rue Desjobert, la « Grande Rue » ouverte sur le Var.

Lorsque le premier pont fut construit au XIXème siècle, l'axe de passage devint l'actuelle rue de l'Ancien Pont où se transportèrent les bâtiments administratifs.

Les bombardements de la seconde guerre mondiale endommagèrent partiellement les vestiges de ces diverses époques (rue Desjobert, quartier des Pignatières).

Mais une promenade dans le vieux village, en dépit des restaurations récentes, révèle au visiteur bien des témoignages de ces siècles passés.

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12.06.2008

URBANISME ET ARCHITECTURE LOCALE (1ère partie)

Le vieux village de Saint-Laurent comporte deux périodes de construction distinctes.

Dans le Haut Moyen Age, aux époques d'insécurité, les bourgs s'édifiaient en des endroits dominants faciles à défendre, au voisinage d'une source ou d'un cours d'eau. Le point le plus élevé était réservé au château fort ou à l'église qui constituait le noyau de la future agglomération concentrique. D'après ce principe, nous retrouvons l'église romane et les maisons voisines constituant un ensemble datant des XIème et XIIème siècle, comme en témoigne le mur de l'ancien monastère jouxtant l'église, avec son élégante fenêtre géminée.

D'anciens textes indiquent les dévastations provoquées par les crues du fleuve à l'agglomération primitive, supposée donc en contrebas de l'église. {Storia delle Alpi Marittime. GIOFFREDO).

La place contiguë à l'église dut servir longtemps de cimetière,

Les îlots antérieurs au XVème siècle ont stoppé le développement des rues parallèles ou perpendiculaires axées EST-OUEST et NORD-SUD.

Les fléaux successifs qui détruisirent le village primitif au XIVème et début du XVème siècle épargnèrent ce noyau urbain caractéristique.

Après la « Peste noire » de 1348 à 1350, les ravages des bandes de l'Archiprêtre ARNAUD de CERVOLE en 1357, l'invasion des sauterelles venues d'Afrique en 1364 et la famine qui s'ensuivit, CASTRUM AGRIMONTIS était presque entièrement dépeuplé. A la liste de ces malheurs, ajoutons la période d'anarchie consécutive à la mort de la reine Jeanne, avec les pillages des « TUCHINS »en 1382. Enfin, au début du siècle, les pirates et corsaires vont se succéder sur nos côtes alors que le calme renaît à l'intérieur. Le coup de grâce sera porté par la peste qui frappera par intermittence de 1451 à 1470, réduisant la population à néant.

Repeupler fut une nécessité non seulement pour AGRIMONT mais pour douze Seigneuries de la Provence orientale.

De 1461 à 1520, une vingtaine de villages furent repeuplés par un total voisin de 380 familles originaires de la' Ligurie italienne.

Ces nouveaux habitants reconstruisirent leur cité en tenant compte des conditions de vie de l'époque. D'où une certaine homogénéité dans l'urbanisme des villages de Vallauris, Valbonne, Biot, Mons, Cabris, Auribeau...

Les nouveaux bourgs édifiés à une période plus calme sont inspirés du type urbain de l'Italie voisine, tenant compte dans le tracé des rues: de l'eau, du vent et du soleil.

Pour l'eau, dans les pentes (rues Nord-Sud et rue Desjobert, le principe du « cal adage », vidangeant avec un ruisseau central ou latéral transformé en torrent lors des orages, réclame le choix de la ligne de plus grande pente.

Pour le vent, l'orientation générale est oblique par rapport aux vents dominants régnant sur le village (Nord-Sud). Ce qui explique le décalage des rues N.S. protégées par des rues perpendiculaires leur évitant de déboucher directement au Nord.

Cette excellente ventilation a tenu compte de la faiblesse générale des courants Est-Ouest.

Le soleil brûlant de l'été méridional explique l'étroitesse des rues et l'exiguïté des places favorisant l'ombre et la fraîcheur.

Les recherches en matière d'urbanisme avaient abouti à un type de plan régulier en damier où les rues se coupaient en angle droit autour d'une place centrale (Carcassonne, Aigues-Mortes), solution adaptée à Saint-Laurent.

La largeur uniforme des rues de 2 mètres environ (une « canne » de nos ancêtres) est également en rapport avec l'usage d'animaux bâtés et éventuellement de petites carrioles à deux roues.

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 « Saint-Laurent-du-Var à travers l’Histoire » ou quand le présent rejoint  en images l'Histoire de Saint-Laurent-du-Var et sa fière devise: "DIGOU LI , QUÉ VENGOUN", (DIS LEUR QU'ILS VIENNENT), significative des « riches heures » de son passé.

Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

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05.06.2008

TOPONYMIE DES NOMS DE QUARTIERS

- AGRIMONT: étymologie, du provençal AGREU: houx, du latin acrifolium, et de mont. Mont couvert de houx. Autre étymologie, du grec AGRIOS (champs sauvages), en latin de ager, agri (champ). Mont couvert de champs.

- BARAQUES: des entrepôts recueillant le bois de flottage étaient installés dans ce quartier.

- BARONNE: de baronnie, seigneurie, terre d'un baron.

- BASSINS: larges terrains en cuvette bordant le Var.

- CASALS: du latin casalis, relatif à la ferme. Lieu où se situait une ferme ou bien nom d'homme.

- CONDAMINES: en provençal: nom de la terre végétale. Selon l'ancien provençal, il signifiait « co-seigneurie », puis le sens devint « champ constituant la réserve seigneuriale ». Les terres désignées sous ce nom sont généralement les plus fertiles.

- ESPARTE (vallon de 1'): du provençal: esparceto qui vient du radical: épars, signifie sainfoin.

- FILAGNES: de fil et du suffixe provençal: agne (augmentatif et parfois péjoratif). Terrain broussailleux, mais plutôt, cultures alignées, en files, ce qui concerne la vigne.

- GALINIERES: en provençal: poulailler. Probablement lieu où étaient installés ceux-ci.

- JACONS: hameau, lieu dit qui a emprunté un nom d'homme, diminutif de Jacques.

- LAC: quartier bordant le Var, partiellement inondé.

- MAUBERT: nom d'homme.

- MONTALEIGNE: du latin: lignium, bois. Mont boisé.

- NOTRE DAME: en rapport avec la chapelle édifiée dans ce quartier et dédiée à Notre Dame.

- PALUDS: nom provençal palu, palun: marais, terre d'alluvions. Du latin palus, udis. Dans notre cas terrains marécageux.

- PIGNATIERES: du provençal, pignata: marmite en terre. Lieu où l'on extrayait la terre d'argile pour confectionner les marmites et où se fixèrent des ateliers de potiers « des pignatieres ».

- PLANS: terrains plats.

- PUGET: nom provençal: petit puy, monticule, ondulation de terrain.

- RAGADAN: du latin: rhagades: crevasses, gerçures. Terrain crevassé.

- RASCAS: du provençal, rascasso, de rasco: teigne, terre pelée.

- SAINT ANTOINE et SAINTE PETRONILLE: quartiers qui prennent le nom de la chapelle dédiée au Saint ou à la Sainte en question.

- LES SERRES: du provençal scie. Crête allongée, rocheuse, dentelée.

- LA TOUR: quartier qui prit le nom d'une tour de guet dont subsistent les ruines.

- LA VALLIERE: de vallée largement ouverte.

- VAR: le nom est très ancien. Il dérive de la base italo-celtique: vara: eau, laquelle correspond au sanscrit: var et au grec: varo, désignation de l'eau au genre inanimé. Le Var provençal a pour pendants la Vara ligure, diverses Varia) le Vaïre des Basses Alpes qui se trouve être un de ses affluents et des dérivés tels que Varisia, soit la Varèze dans le Gard, et Vardo, soit le Gard (avec influence germanique sur l'initiale sans oublier la Varaïta du Piémont. (Selon J.E. DUGAND).

- VESPINS: soit du latin, puis du provençal: vespa: guêpe et du suffixe provençal: in, (diminutif). Quartier habité par des guêpes. Soit du latin: vespices: halliers, buissons

épais.

Certains quartiers ont vu leur nom oublié:

- « Le Collet rouge » (la colline de terre rouge),

- « La Tuillière »,

- « Les Crottes » (caves ou grottes),

- « Les Mourres de Tinéa » (mourrès: tête ou cime, Tinéa: bassin, cuvette),

- « Les Pomarels » (pommeraies).

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29.05.2008

TOPONYMIE DE SAINT LAURENT DU VAR

Au gré des siècles, nous avons pu remarquer l'évolution du nom de lieu où se situe Saint-Laurent-du-Var.

A l'origine, il était cité comme CASTRUM AGRIMONTIS mais cette appellation latine ne doit pas faire illusion. En effet, aucune carte romaine connue à ce jour n'en porte mention. Il y eut des forteresses dès le Bas Empire romain. Elles présentaient des caractères très différents de ceux des châteaux ultérieurs, leurs dimensions étaient beaucoup plus vastes, de 5 à 20 hectares et les faisaient ressembler aux oppida celto-ligures (habitations dans une enceinte). A la fois camp permanent et village retranché, le « CASTRUM » devait avoir cette image de transition.

Lorsque vint s'y adjoindre l'Hospice, la construction et l'architecture évoluèrent vers la naissance du type de village que nous connaissons encore aujourd'hui.

Une promenade archéologique dans ses ruelles et ses « souks » le confirme: les plus anciennes maisons datant des XIème et XIIème siècles (portes pleins cintres sans clé de voûte, par application de moelIons non taillés.)

La première citation de SAINT-LAURENT (Saint LaurentIO: Hospice) et du CASTRUM AGRIMONTIS (Camp fortifié) apparaît simultanément en 1033 selon le «Dictionnaire étymologique des noms de lieu de France» de A. DAUZAT et Ch. ROSTAING.

En effet, après des siècles d'insécurité, les noms des villages constitués en paroisses sont indiqués pour la première fois, comme devant payer tribut aux évêques et aux abbés.

Au début du XIème siècle, lorsque l'hospice fut créé, celui-ci fut confié aux moines de Saint-Augustin et placé sous le vocable de Saint-Laurent, d'où son nom.

En 1233, le Comte de Provence impose CASTRUM SANCTO LAURENTIO de redevances pour chevauchées.

Pourtant, en 1245, le Pape INNOCENT IV cite encore le lieu d'AGRIMONT.

D'après J.A. GARIDELLI, le 13 janvier 1249, le même pape désigne le lieu SANCTI LAURENTI DE VARO. Plus tard en 1446, lors de la terrible peste, les documents indiquent « AGRIMONTIS » et notent toujours l'Hospice de Saint-Laurent.

En 1468, le village repeuplé aurait été baptisé « Saint LaurentII BARCILONETTAE » (GARIDELLI). Mais l'affouagement de 1471 ne note plus que « SANCTO LAURENTIO ».

Ces variations semblent être en rapport avec l'usage. L'hospice dédié à Saint-Laurent, centre international d'activité, prévalut progressivement sur le nom du quartier: Agrimont.

En 1668, bien que l'hospice fut débaptisé en faveur de Saint-Jacques, Saint-Laurent Village conserve son nom.

Au XIXème siècle, après l'installation du premier pont, les documents citent: SAINT-LAURENT-DU-PONT, pour rétablir à l'annexion de 1860 le nom actuel de SAINT-LAURENT-DU-VAR.

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22.05.2008

RÉALITÉS NOUVELLES

La vocation économique de Saint-Laurent depuis le début du XXème siècle jusqu'aux années 60 peut se résumer par le développement privilégié de l'horticulture.

 Si la culture traditionnelle de la fleur d'oranger destinée à l'industrie de la parfumerie connut son heure de gloire, puisqu'un nérolium recueillait la production locale, les progrès de la chimie synthétique joints aux effets de la concurrence des pays méditerranéens l'ont anéantie.

L'horticulture intensive a contribué à modifier l'aspect général du paysage, par le nivellement des collines en terrasses déboisées, ceci nécessité par la production de fleurs coupées destinées essentiellement au marché français.

Elle a entraîné également un premier développement démographique par l'installation de nombreux émigrants d'origine italienne. La mise en place du marché commun, par la concurrence qu'il entraîne, semble devoir condamner à brève échéance les petits horticulteurs locaux.

Dans l'entre deux guerres, le cinéma, à la recherche de sites ensoleillés sur la Côte, installa ses studios, à Saint-Laurent, la crise consécutive à la guerre 39-45 entraîna leur fermeture et leur regroupement avec ceux de la Victorine à Nice.

La création d'une zone industrielle en 1962 sur les terrains récupérés sur le lit du Var, puis à l'embouchure, d'un ensemble commercial en 1967, le développement accéléré de l'urbanisme par l'implantation d'immeubles à plusieurs étages durant les dernières décades, achèvent de façonner le nouveau visage de Saint-Laurent.

Son essor démographique spectaculaire, en rapport avec le voisinage immédiat de Nice qui s'étend sur la rive gauche, la classe parmi les communes à forte expansion.

Depuis sa renaissance après la Libération, son nouvel essor semble lui promettre un avenir digne de son passé.

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15.05.2008

DU PONT DE PIERRE A NOS JOURS

En 1813, fut entrepris la construction du premier pont en pierre reliant les deux rives françaises du fleuve, mais la chute de l'Empire arrêta les travaux.

De 1814 à 1860, la frontière réapparut dans le lit du Var, entre la France et les Etats de Piémont-Sardaigne, suite aux traités de Paris de 1814 et 1815.

Les apports d'alluvions dans le lit large et tourmenté du Var firent naître des difficultés du fait de la création des îlots éphémères: les iscles. Les courants dominants les portaient généralement à l'Est, ils permettaient aux contrebandiers de franchir aisément la frontière en évitant les points habituels de contrôle. Les habitants des deux rives se jalousaient les bois poussant sur ces îlots ou ceux déposés par les crues, des incursions avaient lieu, dégénérant en affaire d'état.

On cite, par exemple, les tentatives de détournement du fleuve. de la part de négociants niçois, dans le but d'empêcher les laurentins d'accéder aux iscles pour y ramasser du bois.

A la même époque, le flottage du bois, né de l'abattage de plus de 300.000 arbres de haute futaie, de 1822 à 1884, dans les hautes vallées alpines (Var, Tinée, Vésubie), fit naître toute une industrie sur les bords du Var. Des scieries importantes existaient à Saint-Laurent et sur la rive gauche à Saint-Isidore. (Guide de P. JOANNE 1880). Plusieurs centaines de troncs descendaient le fleuve lors des hautes eaux de printemps et d'automne (selon DURANTE).

En 1880, Saint-Laurent était toujours cité pour la valeur et la qualité de son vin muscat. Cette renommée avait dans les siècles passés débordé largement les frontières de la Provence. Si l'Anglais SMOLETT y fit allusion dans son journal en 1763, bien avant en 1667, Madame de SEVIGNE en vantait déjà les mérites dans une de ses fameuses lettres. Monsieur de Grignan, gouverneur de Provence, gendre de la célèbre Marquise apprécia le « muscat » lors d'une visite de la place de Saint-Laurent le 27 juillet 1690.

Il est regrettable qu’aujourd’hui, ce vin traditionnel ait disparu de la mémoire même des contemporains.

Après l'annexion du Comté de Nice à la France en 1860, un vrai pont en pierres et en fer fut construit pour permettre le passage de la route et de la première voie ferrée. Le 18 août 1864 passaient la première locomotive et, le 28 septembre, le premier train allant vers Nice. Le trafic normal commença le 12 octobre. Le nouveau pont était situé en aval de Saint-Laurent, dans ce quartier qui prit le nom de « la Gare » et que traverse l'actuelle voie ferrée. La station de chemin de fer s'appelait « LE VAR ». Le pont en bois situé en face du village était toujours utilisé pour les piétons et les charrettes. Restauré en 1865, il fut définitivement démoli en 1869.

Le trafic routier s'étant considérablement intensifié au XXème siècle, un deuxième pont routier fut construit à l'embouchure du Var en 1939, cet ouvrage comportait trois tabliers. Achevé en 1943, il fut bombardé en 1944 et démoli en 1945 à cause de la construction de l'Aéroport de Nice. Son usage fut très limité dans le temps.

Les ponts du Var furent attaqués dès 1943 par l'aviation alliée en dépit du système de protection de la D.C.A. allemande, installée sur les collines de Montaleigne et de Caucade. Une première attaque sans résultat eut lieu le 17 novembre 1943 à 6 heures du matin, puis une autre le 18 décembre. Le pont routier accolé à celui du chemin de fer fut entièrement détruit, les culées du pont sautèrent. Une troisième attaque interrompit le trafic le 2 janvier 1944. Une passerelle en bois fut construite pour les piétons et cyclistes, en face du village, et un pont en bois destiné aux véhicules automobiles plus en amont au quartier des Baraques. Le 26 mai, une violente attaque aérienne détruisit partiellement un train arrêté en gare de Saint Laurent, causant de nombreuses victimes. Deux nouveaux bombardements eurent lieu les 4 et 7 juin, endommageant sérieusement le pont du chemin de fer. Pendant 10 jours le trafic fut interrompu. Nouvelle attaque le 12 juillet, puis à la veille du débarquement en Provence d'août 1944, des raids successifs furent entrepris par l'aviation alliée pour anéantir les voies de communications adverses, faisant de nombreuses victimes, notamment celui du 6 août.

C'est un total de 23 bombardements que dut subir la petite cité, lesquels détruisirent 103 maisons et en endommagèrent partiellement 782, faisant 70 morts et 23 blessés.

Sinistrée à 40%, Saint-Laurent fut libérée le 27 août 1944 par une colonne motorisée de l'armée canadienne. Sa population avait été évacuée dans la commune voisine de Cagnes, à cause des pilonnages aériens.

La lutte de la résistance fut active. Elle eut pour conséquence l'arrestation et la déportation de 8 laurentias. Signalons que 16 domiciliés à Saint-Laurent ont comparu à la Libération devant une cour de justice ou une chambre civique pour faits de collaboration avec l'occupant nazi.

 Avec la Libération, le pont de chemin de fer et le pont routier furent remis en état dans les mois qui suivirent.

Le 10 janvier 1945, moins de cinq mois après le départ des troupes nazies, le premier train de voyageurs franchissait le pont.

Le 5 janvier 1950, un nouveau pont était inauguré sur le Var, il fut suivi par un pont à deux voies en 1955, pour le trafic routier à double sens.

En 1976, l'autoroute, prolongée depuis Villeneuve-Loubet et Cagnes, traverse Saint-Laurent-du-Var et franchit le Var grâce à un nouveau pont double.

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08.05.2008

SAINT LAURENT RÉPUBLICAIN (2 DÉCEMBRE 1851)

A quatre jours de diligence des affaires parisiennes, le canton de CAGNES comme le reste du département du Var prend part à la lutte des « Blancs » et des « Rouges », c'est à dire des partisans de Napoléon le petit (le Prince Président Louis Napoléon, futur Napoléon III) et des légitimistes, républicains et républicains socialistes.

Selon le Sous-Préfet, les « bons » cantons favorables aux Blancs sont ceux de la montagne, sont à surveiller GRASSE, CANNES, SAINT PAUL et CAGNES.

Le coup d'état du Prince Président accompli à Paris le 2 décembre 1851 à 2 h. du matin est confirmé à Cagnes et Saint-Laurent comme dans tout l'arrondissement de Grasse par l'affichage d'un décret lapidaire le 3 au matin.

On discute ferme dans les auberges de Saint-Laurent, les Républicains du canton se consultent pour une éventuelle riposte. Pour des raisons opportunistes, ceux de Grasse conseillent l'attentisme et prêchent la démission à leurs amis de Cannes et Vence.

Une forte personnalité le Docteur PROVENÇAL, militant républicain cagnois, n'accepte pas la passivité qui lui est recommandée.

Bien que convoqué à Grasse le 3 décembre, il passe la frontière, se rend à Nice pour contacter un émigré républicain MATHIEU, ex maire de La Garde Freinet.

Le 6 décembre au soir, armé de son fusil de chasse, le ruban rouge qui lui sert aux saignées enroulé autour de son chapeau, il rassemble une petite troupe d'hommes de Cagnes, Saint-Laurent et Vence, médiocrement pourvus d'armes.

Le groupe se dirige sur les bords du Var, au quartier de La Baronne, où ils espèrent l'arrivée d'une colonne de réfugiés français venant de l'autre rive.

Le Var est en crue, le renfort ne viendra pas.

Les quelques hommes se débandent devant la réserve et l'hostilité des habitants et des autorités du voisinage.

Les maires de Saint-Laurent, Cagnes et La Gaude refusent toute idée de soulèvement armé. Le détachement militaire de Saint-Laurent et les fonctionnaires des douanes demeurent fidèles au Gouvernement.

Le Docteur PROVENÇAL, abandonné de tous, s'enfuit aux Plans de Gattières où un passeur lui fait gagner la rive sarde: « Je passais à minuit, par un froid glacial, sur les épaules d'un campagnard de Gattières, Marcellin NIRASCOU, échappant ainsi à la fusillade de toute la brigade de douane et la Garde Nationale bonapartiste de cette bourgade, mise à ma poursuite ».

Ainsi se termina ce que le Sous-Préfet de Grasse et le Consul de France à Nice appelèrent « la colonne insurrectionnelle du Var ».

Le lendemain 7 décembre, un dimanche au matin, César PROVENÇAL fut appréhendé par les carabiniers sardes, au bord du Var, au pied d'un arbre où il avait dormi quelques heures. Il fut conduit en prison pour franchissement clandestin de la frontière. Il devait connaître les premiers temps difficiles de l'exil politique.

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01.05.2008

TROIS FRANÇAIS MORTS A NICE ET INHUMÉS À SAINT LAURENT

Entre 1814 et 1860, au temps où le Var séparait la France des Etats sardes, des Français, morts à Nice, furent enterrés au cimetière de Saint-Laurent-du-Var pour reposer dans le sol national.

 En juillet 1832, DESJOBERT, ancien Consul Général de France à Naples, officier de la légion d'honneur, atteint d'une maladie particulièrement cruelle est allé sans succès consulter un médecin à Montpellier, voyage inutile, perdant la raison, à force de souffrances il se tue d'un coup de pistolet.

 L'usage était, à Nice, de mettre à la potence le cadavre d'un suicidé et d'y attacher la sentence. Le Consul de France le baron Masclet, s'arrangea pour que l'enquête de la police sarde soit discrète et imprécise et qu'une fois le cadavre conduit au premier village français, les funérailles se fassent avec l'assistance du clergé.

 La tombe existe toujours à l'entrée du cimetière, une grille l'entoure, derrière, se dresse une croix, plantée, dit l'inscription, par la veuve Eugénie de la Chaix, au Nord, une plaque en marbre porte un distique latin:

« Voués aux longs travaux, aux pleurs, à la misère,

Le repos nous attend au sein de notre mère ».

 La dalle indique que la sépulture fut refaite en février 1891 par la Commune en souvenir de son « bienfaiteur ». Une rue du village porte le nom de celui qui, s'il n'avait pas été un Consul Général de France et si Masclet ne s'était pas débrouillé pour masquer le suicide en crise de folie, se serait balancé à la potence avec sur le corps une sentence infamante en proie aux oiseaux des bords du Paillon.

 En mars 1838, le Lieutenant Général du FRICHE de VALAZE mourut à Nice. Il était le fils d'un Conventionnel de l'Orne, qui, lié avec les Girondins et nommé de ce fait rapporteur au procès de Louis XVI, avait voté pour l'appel au peuple, la mort et le sursis. Ensuite, arrêté lors de l'avènement de la Montagne, condamné à mort, il s'était poignardé devant le tribunal. « Tu trembles, Valazé » lui dit un Girondin, le voyant frissonner et pâlir. « Non, je meurs » répondit le Conventionnel.

 Son fils, né en 1780, se destina à la carrière militaire. Il entra en 1798 à Polytechnique, brillant officier, fut blessé à Austerlitz, participa aux combats de Friedland et aux sièges d'Astorga et Saragosse. Nommé général d'Empire après une carrière au Portugal (1811), en Prusse (1813), il se distingua sous Charles X au siège d'Alger (bombardement de Fort l'Empereur). Lieutenant Général du Génie, député de I'Yonne, son état de santé (tuberculose pulmonaire) nécessita le « soleil du midi », mais il était déjà trop tard. Il devait terminer sa vie à l'hôtel d'York à Nice.

 Le Consul de France, le comte de Canclaux, intervint auprès du Gouverneur, le comte Rodolphe de Maistre (père de l'écrivain Joseph de Maistre), les autorités sardes organisèrent des obsèques grandioses. Le drap mortuaire était tenu par le Général commandant la Division de Nice et un Colonel, chef de son état-major, par deux Français, le Colonel commandant la place d'Antibes et un Lieutenant Colonel d'artillerie en retraite. De Maistre conduisait le deuil avec Conclaux et l'aide de camp de Valazé.

 Le cadavre fut transporté à Saint-Laurent-du-Var, après les funérailles célébrées en l'église Saint-Augustin. Un ancien aide de camp du Général, Damrémont, prit la parole dans le cimetière de Saint-Laurent où un emplacement provisoire était cédé par la Commune, proche de la tombe de Desjobert. La compagnie des pénitents de Saint-Laurent l'accompagna à sa dernière demeure. La veuve de Valazé voulut acheter une concession à perpétuité et offrit 100 francs. Le Conseil Municipal exigea huit fois plus (!). La tombe existe encore et une rue du village porte le nom du glorieux général VALAZE. Dans le jardin du presbytère subsiste une partie de son épitaphe. On y apprend son titre de baron, de commandeur de la légion d'honneur et ses prénoms étranges: Eléonore et Zoa.

 Mort à Nice, en juin 1848, le marquis de CHATEAU GIRON, ancien Pair de France, Consul à Nice depuis 1841, est enterré à Saint-Laurent-du-Var. Le curé et son confrère cagnois aillèrent attendre le cadavre au bout du pont. La garnison française du lieu rendit les honneurs, trois oraisons funèbres seront développées dans le petit cimetière, celle de Borg, Chancelier du Consulat de Nice, celle du prieur, celle d'un ancien préfet jadis directeur général de la police, Alexis de Jussieu, devenu dirigeant d'une société d'endiguement de la rive droite du Var. La tombe existe encore, pas de nom de rue pour ce Pair de France qui servit en Vendée sous Marceau, qui représenta la France comme secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg, puis comme Consul général à Bucarest. Ce descendant direct d'un frère de Descartes, qui fut nommé par Louis Philippe, a disparu dans l'oubli.

Nous avons identifié grâce à leurs épitaphes les tombes de VALAZE et de CHATEAU GIRON dans l'ancien cimetière, les deux dalles voisinent et sont très endommagées (défoncées) dans une situation indigne de leurs glorieux propriétaires.

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