26.02.2009

SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (6)

SAINT LAURENT AU PASSE.jpg

TÉMOIGNAGE DE MADAME DEGL'INNOCENTI

Mme DEGL'INNOCENTI que l'on appelait aussi Mme VANDO, du prénom de son mari décédé en 1987 et avec qui elle avait célébré leurs noces d'or le 17 novembre 84, a aujourd'hui disparu après une retraite active et avoir été longtemps secrétaire chez trois huissiers de Cagnes-sur-Mer. A l'époque, son mari et elle ha­bitaient au bas de l'avenue de la Libération, qui n'était encore que la départementale 209, une maison à un étage située face au jar­din public devenu le square BENES et au monument aux morts qui ne devait être transféré avenue du 11 novembre qu'après la guerre. Mme DEGL'INNOCENTI aborde tout de suite le vif du sujet: " Je peux dire que Vando est entré dans la résistance à la demande de M. RAVET, alors Maire de St-Laurent. C'est lui et M. HEBERT qui l'ont contacté et il a tout de suite accepté. Pour­tant, au début, il ne m'a rien dit ". Mme DEGL'INNOCENTI s'explique cette discrétion par le souci de son mari de ne pas met­tre en péril la vie de sa femme, ni celle de son beau-père qui habitait avec le couple et ses deux enfants en bas-âge. Mais, très vite, Mme DEGL'INNOCENTI sut pratiquement tout de ce qu'elle avait déjà deviné des activités de Vando et, bientôt, elle s'y impli­qua elle-même, directement. Elle poursuit son récit: " Au début, il a continué à exercer son métier, mais de plus en plus fréquem­ment ses absences se prolongèrent des journées et, parfois, des nuits entières. Pourtant, il fallait bien vivre». Mme DEGL'INNOCENTI ouvre alors une parenthèse pour souligner l'attitude exemplaire du Maire, M. RAVET, qui, connaissant leur situation et sachant (et pour cause) que les nouvelles occupations de Vando n'étaient pas rémunérées, fit toujours preuve, vis-à-vis des enfants du couple, d'une très généreuse sollicitude. Cela, Mme DEGL'INNOCENTI ne l'a jamais oublié !

Des souvenirs, elle en a beaucoup, certains très pénibles, même après cinquante ans. Ecoutons la en évoquer un qui concerne le Groupe Morgan, non sans qu'elle nous ait dit, au préalable, que " Georges FOATA c'est comme un frère pour moi! «.

" Même quand il travaillait, mon mari était toujours en tenue de ville, d'où ma surprise, un matin, de bonne heure, de le voir en bleu de travail et coiffé d'un béret basque. Vando, ancien chas­seur alpin avait porté la Galette (c'est un des noms que les chasseurs alpins donnent familièrement à leur couvre-­chef) mais je compris que son dé­guisement, d'ailleurs rudimentaire, avait une raison sérieuse. En effet, il me dit qu'il devait se rendre à Gattières avec un ami, chauf­feur de taxi du quartier de la gare, affectueusement surnommé PEPINO, de son vrai nom Joseph BUTTELI, et qu'il reviendrait avant midi avec des ordres au sujet de la destination à donner aux armes qu'il avait provisoirement dissimulées dans le jardin, à l'ar­rière de la maison, sous un tas de feuilles". Mme DEGL'INNOCENTI se rappelle qu'il y avait, entre autres, des feuilles de fève. On sut, par la suite, que Vando, BUTTELI et aussi Ernest FRATTINI étaient allés chercher Marcel CAGNOL et Georges FOATA dans le maquis de Gattières - Carros. Ils de­vaient en redescendre tous ensemble, afin que Georges FOATA procède à une pré mobilisation et à une distribution d'armes. Mais, au retour, dénoncés par le patron d'un café de Gattières (lequel, après la libération et un procès en bonne et due forme, devait recevoir le juste châtiment alors réservé aux traîtres), ils tombèrent dans une embuscade tendue par un détachement alle­mand. Au cours de la fusillade, Joseph BUTTELI fut tué tandis que les Allemands perdaient 3 hommes (2 morts et 1 blessé). C'est cet accrochage sanglant qui devait entraîner de terribles repré­sailles contre la population de Gattières. Mais tout cela, Mme DEGL'INNOCENTI ne le savait pas encore.

Pourtant, les heures passant et Vando ne revenant pas, elle com­mençait à s'inquiéter. Vers 17 ou 18 heures, elle sortit pour guet­ter son retour. A ce moment-là, elle vit plusieurs gendarmes alle­mands avec des chiens, accompagnés par René MAURE, le chef de la Gendarmerie de St-Laurent, qui lui fit discrètement signe de rentrer chez elle. C'est seulement à peu près une demi-heure plus tard qu'il vint la voir et lui apprit que quelque chose s'était passé à Gattières. Elle se mit alors à redouter le pire et, ce jour ­là, le pire faillit bien se produire!

Mme DEGL'INNOCENTI poursuit: " Vers 1 heure du matin, alors que je ne savais toujours pas si mon mari n'était pas mort, on frappe à la porte. J'ouvre et je me trouve en face de gendarmes allemands, sous les ordres d'un officier, qui m'écartent de leur passage et vont tout droit dans le jardin, exactement à l'emplace­ment où Vando avait caché les armes. A mon avis, il y avait eu dénonciation, car ils n'ont pas hésité un seul instant. Ce qu'ils ne savaient pas, heureusement, c'est qu'un voisin, il s'appelait M. ISAIA et avait eu du flair, avait pris l'initiative de déplacer les armes pour mieux les dissimuler; toujours dans le jardin, mais dans une cache aménagée sous une lapinière qui lui appartenait». Suivit alors, à l'intérieur de la maison, un très long interrogatoire, les Allemands voulant savoir pourquoi M. DEGL'INNOCENTI n'était pas chez lui, à cette heure de la nuit, où il était, ce qu'il faisait, etc. A quoi Mme DEGL'INNOCENTI se contenta de ré­pondre obstinément qu'elle n'en savait rien - "car dit-elle (afin de rendre son ignorance plausible) - mon mari a quitté la maison après m'avoir battue".

Interrogé à son tour, le voisin providentiel dont la porte, au fond du couloir, s'ouvrait juste en face de celle des DEGL'INNOCENTI et qui, de ce fait, avait entendu la déclaration de Mme Vando, ne la démentit pas. Pas plus que le père de cette dernière, alors âgé de 75 ans et déjà très fatigué. A l'arrivée des allemands, il se trouvait dans sa chambre, mais il affirma avoir entendu les éclats de voix de son gendre et de sa fille, lors de leur scène de ménage. Mme DEGL'INNOCENTI se rappelle encore, avec une tendresse émue, que s'entendant intimer l'ordre de lever ses bras alors qu'il descendait les marches de l'escalier, son père ne put obtempérer qu'à moitié, occupé qu'il était, avec son autre main, à serrer la ceinture du pantalon qu'il avait enfilé à la hâte. En se remémorant ce détail, Mme DEGL'INNOCENTI esquisse un sourire mais, sur le moment ni son père ni elle ne trouvèrent cela drôle. D'autant moins drôle que les Allemands restèrent jusqu'à près de 3 heures du matin. Ensuite, pendant un mois, chaque fois à des heures dif­férentes, ils revinrent, eux ou d'autres, posant toujours les mêmes questions: " avez-vous revu votre mari ? quand ? où est-il main­tenant? que fait-il ? " etc. Jamais Mme DEGL'INNOCENTI ne s'écarta de sa première déclaration, ce dont un policier allemand essaya d'ailleurs, au moins une fois, de jouer en faisant valoir que si son mari avait eu, vis-à-vis d'elle, le comportement qu'elle di­sait, il n'y avait aucune raison pour qu'elle le protège. Finale­ment, lassés ou convaincus qu'elle leur avait dit la vérité et, en tout cas, qu'ils ne tireraient rien d'autre de leurs interrogatoires, ils cessèrent de lui imposer leurs visites.

Une autre fois, antérieurement à cet épisode, elle eut aussi très peur: à la demande de René MAURE et, bien entendu, avec l'ac­cord de son mari, elle avait accepté d'acheminer du courrier clan­destin entre Nice et St Laurent du Var et vice versa. Il s'agissait le plus souvent de tracts que d'autres se chargeaient ensuite de distribuer, parfois de plis fermés.

Pour les transporter, elle utilisait un stratagème assez simple mais efficace, en l'occurrence un landau qui était depuis longtemps dans la famille et avait la particularité (unique à St-Laurent-du­-Var) d'être en osier tressé. La plupart du temps, elle ne connais­sait pas la personne qui venait de Nice pour lui confier (ou pren­dre) le courrier, d'où, pour cette personne, jamais la même et qui ne la connaissait pas, non plus, l'intérêt du landau facilement re­pérable. "Ca marchait très bien, dit Mme DEGL'INNOCENTI. Périodiquement, j'allais me promener, mon bébé dans le landau,

l'aîné me tenant par la main, jusqu'à la passerelle pour piétons qui franchissait le Var entre l'actuelle rue de l'Ancien Pont et, côté niçois, le lieu-dit " la Digue des Français «. Au bout d'un moment, le messager, homme ou femme, s'appro­chait du landau et engageait la conversation avec moi sous pré­texte de s'intéresser au bébé, en réalité pour glisser son courrier sous le drap ou la couverture". En règle générale, Mme DEGL'INNOCENTI n'avait pas à garder longtemps ce qu'on lui confiait mais, le cas échéant, elle le cachait tout simplement dans un des 3 tiroirs (ou, si c'était volumineux, des tracts par exemple, dans 2 ou 3 tiroirs) du buffet de sa salle à manger.

" Un jour, alors que ni mon mari, ni mon père n'étaient à la mai­son et que, justement, les 3 tiroirs étaient pleins, 2 policiers alle­mands sont venus. Ceux-là non plus n'ont pas hésité: ils sont allés directement dans la cuisine après m'avoir demandé si je cachais des armes ou des tracts. Naturellement, j'ai dit que non. Alors, toujours crans la cuisine, ils ont fouillé partout, ont vidé tous les tiroirs et ils ont même cherché dans notre cuisinière à bois et à charbon. Ensuite, ils se sont dirigés vers la chambre mais je leur ai demandé de ne pas faire de bruit car mes enfants dormaient, ce qui était vrai. Est-ce leur présence qui les a atten­dris ? Je n'en sais rien mais ils ne sont pas entrés dans la chambre. L'un d’eux m'a demandé ma parole d'honneur que je n'y cachais rien et j'ai pu la donner, puisque c'était le cas. Le plus extraordi­naire c'est qu'une fois dans la salle à manger ils ont aussi regardé partout, sauf dans les tiroirs du buffet... la chance! "

Avant d'en arriver au terme de l'entretien, Mme DEGL'INNOCENTI évoque un dernier souvenir. Un jour-elle n'est plus sûre de la date-le chef MAURE vint la voir. A son grand regret et il était sincère, il avait ordre de confisquer le livret de famille de Vando, déchu par Vichy de sa nationalité française, " lui qui était si fier d'avoir été naturalisé! «.

Après la libération, rétabli dans tous ses droits, il aurait pu re­trouver son bien, mais ni Mme DEGL 'INNOCENTI ni lui ne s'en préoccupèrent. Ce n'est qu'à la mort de son mari (en 1987, comme elle l'a déjà indiqué) que Mme DEGL'INNOCENTI en eut be­soin pour l'Etat civil.

Elle s'adressa, bien sûr, à la Mairie et, grâce aux recherches or­données par le Maire, le livret de famille fut retrouvé.

Mme DEGL'INNOCENTI nous apprendra enfin qu'après la guerre, son mari, ainsi que le Père DECAROLI, fut décoré par le Général de Gaulle en personne et présida L'ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance.) locale jusqu'à son décès, tandis qu'elle devenait la marraine du drapeau de l'Association. « L' ANACR de St-Laurent-du-Var fut dissoute à la mort de mon mari, personne ne voulant prendre sa succes­sion, mais le drapeau existe toujours et j'en suis toujours la mar­raine ».

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 « Saint-Laurent-du-Var à travers l’Histoire » ou quand le présent rejoint  en images l'Histoire de Saint-Laurent-du-Var et sa fière devise: "DIGOU LI , QUÉ VENGOUN", (DIS LEUR QU'ILS VIENNENT), significative des « riches heures » de son passé.

Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

 

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19.02.2009

ANTOINE CASTILLON; CARRIÈRE D'UN INSTITUTEUR (1819-1881) 4ème PARTIE

CARTES POSTALES ANCIENNES (1).jpg

APPLICATION DE LA LOI GUIZOT

Le texte de la loi du 28 juin 1833 est diffusé dans tout le dépar­tement du Var en juillet. Une circulaire de Draguignan invite les Conseils municipaux à en délibérer.

La municipalité laurentine y consacre la séance du 6 août 1833. Son attention se porte, comme dans toutes les communes sur les dispositions finan­cières de la loi: l'imposition de 3 centimes au principal des contributions foncières, personnelles et mobilières. Le principe en est repoussé. Il donne­rait la somme insuffisante de 84,90 F. Le Conseil vote sur ses ressources propres, un crédit de 100 F en vue de l'admission de trois élèves gratuits.

Une subvention égale du Conseil Général permettrait l'admission de quatre nouveaux écoliers. Le coût de la vie ayant augmenté avec les impôts du nou­veau régime, la rétribution scolaire est portée à 2 F pour la première classe, aux études prolongées, abaissée à 1,50 F pour la seconde classe des débutants. Le Conseil prononce l'éloge de son instituteur.

Au cours des débats, les objections contre la loi n'ont pas manqué. Les ressources budgétaires suffisent à peine aux charges indispensables.

Le puits communal n'a pas été curé depuis 26 ans. Il est urgent d'y pourvoir. Le Conseiller LAMBERT rappelle la nécessité d'agrandir l'église. Elle ne contient plus que les trois quarts de la population. D'autre part, la commune soutient un procès ruineux contre des propriétaires processifs.

L'application de la loi GUIZOT est réalisée dans l'arrondissement de Grasse à la date du 20 février 1834, où le Comité de surveillance et d'encouragement de l'Instruction publique est en place. Il désigne les deux membres du Comité local de St Laurent et fait preuve d'un sage équilibre en adjoignant au maire et au curé de la paroisse le conservateur R. Dominique LAMBERT et le libéral François RAYMOND.

Au 31 décembre 1834 ce Comité local établit le bilan de l'instruc­tion primaire dans la commune. Il estime que 60 garçons et 70 filles ne reçoi­vent aucune instruction, tant dans l'école publique que dans les écoles privées. L'instituteur Antoine CASTILLON accueille 36 garçons l'hiver et 6 en été ; 28 élèves paient la rétribution scolaire et 6 sont admis gratuitement. Le trai­tement fixe est de 200 F conformément à la loi, augmenté de la rétribution scolaire. Dans la colonne à entête "Comment l'instituteur s'acquitte-t-il de ses devoirs", le maître porte la mention : "M. le Curé a observé qu'il y a beaucoup à désirer sous le rapport religieux".

En 1837 l'autorité préfectorale relance l'attention des communes sur la nécessité de voter des fonds en faveur de l'établissement des écoles primaires. Le 12 novembre 1837 le maire BERANGER porte l'affaire devant le Conseil Muni­cipal. Comment peut-on améliorer le local de la salle de classe ?

"Le Conseil manifeste le désir ardent de promouvoir l'instruction primaire". Il est au regret de ne pouvoir le faire, vu l'état de ses finances. Un projet de construction d'une salle de classe sur le terrain du vieux four communal coûterait 3 000 F, et le mobilier 150 F. Rien ne peut se faire sans une subvention départementale de 1500 F.

La population ne cesse de croître. On enregistre 33 naissances pour l'année 1839. Un nouveau maire Antoine SIBON, souhaite acheter la grande maison CALVY au sud du village. On aménagerait une salle de classe au rez-­de-chaussée dans l'écurie et le fenil, une mairie au premier étage.

En avril 1841, une cabale se forme contre le projet, une pétition circule où figure le nom de quinze chefs de famille illettrés notoires, le projet échoue. Un plan de construction neuve est demandé à l'agent voyer de Vence. Le devis s'élève à 4900 F. Il réunit l'approbation générale du Conseil municipal à la Préfecture de Draguignan. Trois ans de tractations sont nécessaires pour réunir les fonds. Le département subventionne la moitié de la construction. La Commune emprunte au Bureau de Bienfaisance de la Paroisse.

L'adjudication des travaux a lieu en novembre 1847. Ils sont terminés en novembre 1848. La commune aura enfin sa mairie et son école de garçons après dix ans de projets.

Aux embarras financiers, se joignent les soucis de personnes. Le 2 octobre 1839, le Conseil municipal est saisi de la demande de démission d’Antoine CASTILLON. Il la retire provisoirement sur les instances du Conseil...

 

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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

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13.02.2009

SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (5)

SAINT LAURENT DU VAR SOUS LES BOMBES.jpg

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR MARCEL CAGNOL

Madame et Monsieur CAGNOL nous reçoivent dans l'apparte­ment de Cagnes-sur-Mer qu'ils habitent depuis 1981, date à laquelle Marcel CAGNOL prit sa retraite, au terme de longs séjours en Afrique Noire où, une fois marié, il exerça d'importan­tes fonctions, après la guerre, dans le domaine de la sécurité aérienne.

Madame CAGNOL est d'origine parisienne mais son mari a longtemps vécu à St Laurent du Var et il se rappelle que, tout jeune, il s'y baignait avec des garçons de son âge. C'est avec quelques-uns de ces camarades et amis d'enfance, dont Georges FOATA, qu'en 1941, une fois démobilisé et de retour à St Laurent, il prit l 'habitude de se réunir régulièrement dans un café du quartier de la gare (actuel bar de la Méditerranée ). A cette époque, tout le monde savait qui était le Général de Gaulle mais la résistance, en tant qu'organisation structurée, n'existait pas encore dans la région. Comme des millions d'autres français, Monsieur CAGNOL et ses amis avaient été ' « assommés » par la débâcle même si, d'instinct, la défaite et ses conséquences les révoltaient. D'ailleurs, au cours de l'été 1942, Georges FOATA avait eu un premier contact avec un membre du réseau COMBAT puis avec Monsieur Pierre MERLI, l'ancien député-maire d'Antibes. C'est après ces rencontres que fut prise la décision d'organiser la résistance en créant "officiellement" le Groupe MORGAN, nom de code choisi par Georges FOATA. En même temps, le Groupe s'affilia au MNRPGD (Mouvement National des Résistants Prisonniers de Guerre et Déportés dont le chef, pour la région Sud-Est, était Monsieur MERLI). Au début, pourtant, les premières actions du Groupe, si elles ne passèrent pas tout à fait inaperçues, n'eurent pas un grand impact dans la population. Elles se limitaient à la diffusion de tracts de fabrication artisanale (ronéotypés au stencil) et à des graffiti hostiles à l'Allemagne et à l'Italie. C'est à la suite du débarquement allié en AFN, le 8 novembre 42, de l'occupation de la totalité du territoire national, le 11 novembre 42 et du sabordage de la Flotte Française à Toulon, le 27 novembre 42,

que le cours des choses changea, que le Groupe MORGAN entra vraiment en activité et, début 1943, reçut une première dotation en armes provenant du commandement de la résistance régionale, à Nice, afin de constituer, à St Laurent, un dépôt en prévision de la création d'un maquis. Avec l'accord de Monsieur RAVET, le Maire et patron de la résistance laurentine qui travailla constamment en coopération avec Georges FOATA, alias MORGAN, chef de la résistance, un premier petit arsenal fut caché à la Mairie. Encore fallut-il le transporter. C'est à quoi s'employèrent Messieurs FOATA et CAGNOL en organisant, le plus simplement du monde, plusieurs trajets Nice-St Laurent en tram­way, les armes démontées et dissimulées au fond de cabas ordinaires. A peu près à la même époque, le Groupe (notamment en la personne de Monsieur BATTINI, Père de Madame Marcel PEREZ, et de Monsieur FRATTINI aujourd'hui décédés), se lançait dans la distribution de tracts et de journaux, imprimés par "COMBAT", à une bien plus grande échelle qu'au début, et accomplissait ses toutes premières vraies missions. C'est ainsi qu'en exécution d'ordres émanant de la section niçoise de l'ORA (Organisation de Résistance de l'Armée ) placée sous le commandement du capitaine LECUYER (alias SAPIN, Officier de carrière instructeur à St-Cyr en 1939, il devait devenir Général.), il fut procédé à une reconnaissance et à des relevés méthodiques de tous les ouvrages et installations militaires (blockhaus, batteries, dépôts d'essence et de munitions, casernements, etc. . . ) de l'ennemi dans la région s’étendant de St Laurent du Var à Cannes, y compris l'arrière-pays et l 'hippodrome, alors situé sur le territoire de la ville de Nice, à l'emplacement de l'aéroport actuel. La mission consistait en outre à surveiller les mouvements de troupes en identifiant dans toute la mesure du possible les unités concernées grâce, en particulier, aux écussons et insignes des soldats. Plus tard, le Groupe se vit aussi confier le repérage de zones de largage propices au parachutage d'armes ou d'agents dans le massif du Cheiron. Monsieur CAGNOL revient un moment sur les armes cachées dans la Mairie: afin de ne pas "compromettre" Monsieur RAVET aux yeux de l'occupant s'il venait à découvrir la cachette, ni les quelques-autres laurentins qui étaient dans le secret, tels l'abbé DECAROLI et René MAURE, il fut, décidé de les transférer au domicile de Jean- Paul SEGURAN, un instituteur de la commune qui en assura la garde jusqu'au moment de leur distribution aux combattants du maquis. Monsieur CAGNOL se rappelle que le déménagement fut entrepris à l'aide d'un charreton, par 5 ou 6 membres du Groupe, sous la protection de René MAURE et de SANTONI (respectivement chef de la Gendarmerie et garde-champêtre), en personne. Avec le recul du temps, cela peut paraître osé mais la fortune ne sourit-elle pas aux audacieux ?

En juin 1943, afin de faciliter les liaisons entres les organes de commandement de la résistance régionale et le Groupe MORGAN, Messieurs FOATA et CAGNOL reçurent l'ordre de s'installer à Nice. Ils choisirent deux appartements situés, l'un, rue d'Alsace-Lorraine, juste en face de la gare, l'autre rue de la Terrasse. Ce fut une période d'intense activité et les souvenirs de Monsieur CAGNOL abondent "car, nous dit-il, on nous confia de nombreuses missions. Parfois, on escortait discrètement, c'est à dire à distance mais prêts à intervenir et nous étions armés, l'épouse d'un résistant qui avait accepté de transporter ponctuellement des armes légères dissimulées dans une cachette aménagée sous le landau dans lequel elle promenait son bébé (stratagème également utilisé par Madame DEGL 'INNOCENTI ). D'autres fois, quand il s'agissait de chargements plus volumi­neux, Georges FOATA et moi continuions à utiliser le tramway. A St Laurent, pour ne pas tout entreposer chez Monsieur SEGURAN, on portait les armes chez plusieurs commerçants amis avec qui on convenait d'avance d'un code qui nous permettait de savoir si la voie était libre ou non (par exemple linge étendu ou volet fermé). A plusieurs reprises, des réunions clandestines eurent lieu dans nos appartements entre chefs régionaux de la résistance. Nous allions attendre certains d'entre eux à la gare et on les escortait jusqu'à la rue soit d'Alsace-Lorraine, soit de la Terrasse. De même, il nous est arrivé de "réceptionner" des agents chargés de missions spéciales qui "disparaissaient" dès que nous les avions conduits où ils devaient « aller ». Monsieur CAGNOL se rappelle que l'identification réciproque se faisait le plus souvent grâce à un détail d’ordre vestimentaire, pas trop voyant tout de même. De plus, pour s'assurer qu'il n'y avait pas erreur sur la personne, il y avait aussi échange de mots convenus. Par exemple, un jour, le voyageur devait dire à la personne qui l'abordait: "pardon, pour aller avenue de la République, s'il vous plaît ? " et il fallait répondre: "mais j'y vais moi-même".

Tout a bien fonctionné, très exactement jusqu'au 25 avril 1944. C'est une date qu'il n'oublie pas mais, si besoin était, il dispose d'un document qui lui rafraîchirait la mémoire. Il s'agit de la copie (l'original que Monsieur FOATA a pu se procurer après la guerre sera exposé, entre autres, dans le hall de l'Hôtel de Ville, le 27 août 94), d'un avis de recherche, avec photos d'identité à l'appui, lancé par la police Nationale, "à la demande de la Délégation de la Police allemande à Vichy", aux fins d'arrêter les dénommés Georges FOATA et Marcel CAGNOL, qualifiés de "dangereux terroristes «. Heureusement, les deux hommes avaient déjà rejoint le maquis de Carros, grâce à la complicité d'un ami bien placé qui les avait prévenus à temps.

Au sujet du transport d'armes dont a déjà parlé Monsieur HEBERT, Monsieur CAGNOL n'a rien à ajouter, sinon pour préciser que l'opération eut lieu à l'automne 1943 et que la mission avait été confiée à MORGAN par Monsieur Camille RAYON, alias l’Archiduc, un antibois chef de la S.A.P. (Section d’Assistance aux Parachutages) régionale. Monsieur CAGNOL conclut en nous disant que Georges FOATA pourra nous parler plus longuement du Groupe et de ceux qui lui ont apporté leur aide comme, par exemple, le facteur-receveur des Postes de Carros, un corse qui renseignait les maquisards et, parfois, lui aussi, cachait des armes; ou encore Louis PEREZ.

Il est temps de prendre congé de Madame et Monsieur CAGNOL. Nous les reverrons certainement, car il ne manquera pas d'être encore aux côtés de son ancien chef le 27 août 1994 à St Laurent du- Var où les deux amis se retrouveront, sans doute un peu émus, avec, comme toujours, beaucoup de plaisir.

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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

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