15.01.2009

SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939-1945 (3)

CARTES POSTALES ANCIENNES (4).jpg

TÉMOIGNAGE DE MONSIEUR HONORÉ HEBERT

 

Monsieur Honoré HEBERT appartient à l'une des plus anciennes familles de St-Laurent-du-Var et son père fut le 1er adjoint de Monsieur RAVET, maire et grande figure de la résistance pen­dant l'occupation italienne d'abord, allemande ensuite.

A cette époque, Honoré HEBERT, qui, plus tard, devait présider le tribunal de commerce d'Antibes, où son père avait été Prési­dent de chambre, exerçait le métier de transporteur. Pendant toute la période qui nous intéresse, il eut ainsi la possibilité de se dé­placer avec son gazogène dans toute la région, sans trop éveiller l'attention. Cela devait s'avérer fort utile.

M. HEBERT n'a pas à chercher bien longtemps dans sa mémoire pour évoquer ses souvenirs et c'est avec une grande précision qu'il nous relate ce qu'il appelle modestement plusieurs anecdotes : "Sous l'occupation italienne, dit-il, au cours du printemps ou de l'été 1943, une sentinelle en faction sur le pont du Var- il y en avait une à chacune des extrémités - fut tuée dans des conditions restées mystérieuses au point qu'aucun coupable ne fut jamais découvert". Mais, sur dénonciation d'un individu qui était alors le propriétaire de l'actuel Bar Victoria, huit laurentins furent in­quiétés : M. RAVET, M. FAYCES, M. Louis CLERICY, M. BELLISSIME, M. HONORAT, M. DECHARME, M. Paul HE­BERT, oncle d'Honoré HEBERT et ce dernier. Arrêtés par des bersaglieri, soit sur les lieux de leur travail, soit à leur domicile, soit dans la rue, ils furent conduits sous escorte, en camion bâ­ché, jusqu'à une villa du Cros de cagnes où les Italiens avaient leur poste de commandement." Là, un capitaine nous déclara que nous avions été convoqués en tant que personnalités, c'est les termes qu'il employa, à la suite du meurtre de la sentinelle et, aussi, d'une distribution de tracts, émanant du parti communiste, à la Baronne". M. RAVET lui a rétorqué que, puisqu'il s'expri­mait en français, le mot qui convenait était "arrêtés " et non pas "convoqués". Ensuite, qu'en tant que Maire de St-Laurent-du-Var, c'est à lui qu'il appartenait d'en désigner les personnalités.

Puis il demanda au capitaine quelle preuve il avait de la culpabi­lité d'un des 4800 habitants de St-Laurent-du-Var plutôt que d'un des 150 000 niçois.

Et il est exact, se rappelle M. HEBERT, que chaque matin, dès 5 heures pour éviter les contrôles, de nombreux niçois arrivaient à St-Laurent par le 1er train ou à vélo, pour acheter des fruits et des légumes avant de se rendre à leur travail. A la suite de quoi, les huit hommes furent relâchés. "C'est alors que M. RAVET me char­gea, poursuit M. HEBERT, de faire valoir à l'officier italien que puisque l'on nous avait amenés jusqu'ici contre notre gré, il con­venait de nous faire reconduire à St-Laurent, ce qui fut fait. " Mais notre interlocuteur se rappelle, encore aujourd'hui, son ap­préhension en formulant la requête du Maire.

L'occupation allemande fut loin d'être aussi courtoise (comme on pouvait s’y attendre, c'est ce qui ressort de tous les témoignages recueillis). Entre l'entrée des troupes du Reich en zone dite non occupée - c'est à dire après le débarquement allié en AFN (8 novembre 42) - et sa libération, le 27 août 44, la ville de St-Laurent-du-Var devait subir 23 bombardements. Il s'agissait de raids de l'aviation amé­ricaine ou, quelquefois, dans les derniers temps, de la RAF. Ces raids qui, malheureusement, n'avaient pas toujours la précision souhaitée, étaient justifiés par la volonté de nos alliés de détruire le pont routier et le pont ferroviaire qui franchissaient parallèle­ment le Var près de son embouchure et étaient indispensables au ravitaillement puis, ultérieurement, au repli des troupes alleman­des.

M. HEBERT se rappelle qu'il existait aussi, à la hauteur de l'ac­tuel " Cap 3000 ", un autre pont routier qui avait été spécialement construit à l'occasion d'un congrès eucharistique et qui, bien qu'en­dommagé par les bombardements, ne disparut qu'après la libéra­tion, au moment des travaux du terrain d'aviation. M. HEBERT précise: " tous ces bombardements avaient, en général, lieu de jour, aux environs de midi. Les ponts furent souvent touchés, mais le raid le plus meurtrier fut celui du 26 mai 44. Ce jour-là, au déclenchement de l'alerte, un train venant de Cannes s'était im­mobilisé à la hauteur des Vespins (actuellement Avenue Pierre SAUVAIGO.). La fin de l'alerte ayant été annoncée prématurément, le train se remit en marche. Or, une nouvelle alerte fut immédiatement déclenchée et le train n'eut pas le temps de s'éloigner du pont sur le Var. Déjà les premières bom­bes tombaient. Ce fut terrible et il y eut de nombreuses victimes (parmi lesquelles le père de M. Pierre SAUVAIGO, futur député ­maire de Cagnes-Sur-Mer (voir à ce sujet le témoignage à venir de M. Marcel PEREZ.), auxquelles la Municipalité rend hommage, chaque année, le 26 mai, au monument élevé en leur honneur, place Castillon, dans le Vieux- Village".

M. HEBERT se rappelle fort bien cette journée car, très souvent, il se rendait, avec M. RAVET, aussi rapidement que leurs vélos le permettaient, dans le quartier atteint par les bombes. Ce fut le cas ce 26 mai 44.

Une autre fois, le Maire lui demanda de le conduire, en camion­nette, jusqu'à un bar qui existe toujours, face au passage à niveau, côté sud de la gare. Il y avait rendez-vous avec un Major alle­mand pour y traiter de divers problèmes intéressant la commune et voulut que M. HEBERT assiste à l'entretien. Naturellement, ce dernier n'a plus tous les détails en tête, mais il se rappelle parfai­tement qu'à un moment donné, l'officier exprima le souhait de voir le drapeau allemand hissé sur la façade de la mairie. M. RAVET lui répondit par la négative, en fondant son refus sur des motifs d'ordre juridico-administratif.

Ses arguments furent convaincants puisqu'à la fin de l'entretien l'officier fit ouvrir une bouteille de champagne. Sur quoi, pour ne pas être en reste, le Maire en commanda également une. Quelques instants après, au moment où les deux français pre­naient congé, l'Allemand,  se méprenant sur ce geste de simple ré­ciprocité (inutile de dire qu'il ignorait le rôle important joué par le Maire dans la résistance ), lui tendit la main avec ces mots: " Monsieur le Maire, je suis heureux de voir que nous nous quit­tons en amis" et M. RAVET de répondre: " Mon commandant, je vous salue en ennemi loyal". Ce sont des paroles que le jeune homme de 22 ans qu'était M. HEBERT n'oubliera jamais.

Son admiration pour le Maire aurait donc suffi, à elle seule, pour qu'il le "suive" en toutes circonstances.

A notre demande, il nous apporte son témoignage à propos d'un fait marquant dans l'histoire de la résistance locale: " un jour, M. RAVET me demanda de me placer sous les ordres de Georges FOATA et, aussi, de mettre ma camionnette à sa disposition. Il s'agissait vrai­ment d'une mission importante puisque nous devions ,MM FOATA, CAGNOL, Edouard GUIDO, Alain BRUSCHETTI, Walter LOCCHI et moi-même, prendre livraison d'environ 2,5 tonne d'ar­mes et de munitions qui, pour la 1 ère fois, avaient été parachu­tées au-dessus de la région de Callian, dans le Var. Ces armes, destinées au maquis, nous devions les transporter en lieu sûr, quelque part entre Gattières et Carros. René MAURE, aujourd'hui décédé, chef de la gendarmerie à St-Laurent-du-Var, M. BRlCCHI et Vincent PALAZETTI étaient chargés de la surveillance de la route. Nous nous étions transformés en ouvriers censés rejoindre un chantier de construction. Afin de mettre le maximum d'atouts de notre côté, MAURE n'avait pas hésité à nous confier, pour la durée de la mission, en cas de nécessité, toutes les armes de la brigade. Comme on dit, c'était gonflé de sa part ! Grâce au ciel, nous n'avons pas eu à en faire usage, bien que notre déplacement ne soit pas tout à fait passé inaperçu". M. HEBERT se rappelle, en effet, que dans la traversée de Grasse, un allemand avait vu arriver, d'un balcon, le gazogène forcément poussif et l'avait un moment suivi du regard. Ce moment parut bien long à M. HE­BERT et à ses compagnons mais rien de fâcheux ne se produisit. Seulement, au retour, une fois le précieux chargement dissimulé sous une simple bâche, M. HEBERT qui, du fait de son métier, connaissait parfaitement toutes les routes du département, suivit un itinéraire différent de celui emprunté à l'aller... des fois que l'Allemand serait resté à son "poste d'observation", M. HE­BERT n'en dira pas davantage mais, comme tous les laurentins de l'époque le savent bien, ces armes, sorties de leur cachette au bon moment, permirent à la résistance locale et régionale de prendre une part prépondérante dans la libération de leur ville et du dé­partement des Alpes-Maritimes.

 

Connaître le passé de Saint Laurent du Var grâce à « Saint Laurent du Var à travers l’Histoire » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 17 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

 « Saint-Laurent-du-Var à travers l’Histoire » ou quand le présent rejoint  en images l'Histoire de Saint-Laurent-du-Var et sa fière devise: "DIGOU LI , QUÉ VENGOUN", (DIS LEUR QU'ILS VIENNENT), significative des « riches heures » de son passé.

Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le Comté de Nice. Ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var, sur 7 kms.

Cité moderne, Saint-Laurent-du-Var n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le « Vieux-Village », avec ses rues pittoresques et son église romane datant du XI e siècle.

Lieu de transit et de passage commandant la traversée du Var, fleuve alpin particulière­ment capricieux, Saint-Laurent-du-Var a subi les aléas de cette situation géographique et stratégique singulière qui a profondément marqué son destin.

Les inondations, les invasions, les épidémies, les guerres ont rythmé au long des siècles les étapes successives de la formation de Saint-Laurent-du-Var.

Grâce à de nouveaux documents et à de nombreuses illustrations inédites, Edmond Rossi, auteur de « Saint Laurent, Porte de France » et de différents ouvrages sur le passé de la région, nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

 

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08.01.2009

SAINT LAURENT DU VAR POSSEDE UNE ÉGLISE ROMANE REMARQUABLE

47 CLOCHER DE SAINT LAURENT, POUR 4 éme de couverture.jpgAu XIe siècle apparaît le premier art roman qui place la Provence dans un vaste courant qui s'étend de la Lom­bardie à la Catalogne il se reconnaît à l'appareil des murs, faits de pierres éclatées au pic et posées à plat en assises régu­lières. Cette maçonnerie rustique et simple est décorée de bandes lombardes. Les absides et les murs latéraux sont rythmés par de minces pilastres plats, les lésènes, réunis à leur sommet par une série de petits arcs. Sur certains édifices, plus tardifs, ces bandes lombardes sont accompagnées de frises en dents d'engrenage. Quelques absides plus importantes, sont couronnées d'une rangée de niches qui favorisent les jeux d'ombre et de lumière. Les claveaux, plus épais à la clef, s'amincissent et se raccourcissent aux extrémités pour dessiner un arc en forme de crois­sant, l'arc lombard.

La Provence est longtemps restée fidèle à l'architec­ture romane. Il faut attendre le XIIe siècle pour que soient acceptées les influences de l'architecture gothique venue du Nord.

Saint Laurent du Var peut s’enorgueillir de posséder un petit bijou de l’art roman lombard, son église du XI siècle qui en présente toutes les caractéristiques. A découvrir absolument.

 

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01.01.2009

ANTOINE CASTILLON: CARRIÈRE D’UN INSTITUTEUR (1819 -1881) PREMIERE PARTIE

L'ECOLE DE SAINT LAURENT DU VAR AU XIX e SIECLE.jpg

INTRODUCTION A UNE BIOGRAPHIE PROFESSIONNELLE :

Le présent essai suit la carrière d'un instituteur, enfant au temps de Charles X, adolescent sous Louis-Philippe, appelé à ses premières respon­sabilités professionnelles en 1840. De 1840 à 1881, il les conduit selon une progression exemplaire. Elles sont modifiées par les contraintes de l'Histoire au cours de quatre régimes politiques. Il les exerce dans un espace limité de la Provence orientale compris entre les arrondissements de Grasse, Brignoles, Menton et Nice.

Des documents suffisants permettent de suivre le fil de son exis­tence, mêlé à la trame de la vie nationale. Les uns restituent l'originalité de son village natal, St Laurent du Var, d'autres son milieu social.

Depuis le début du XVIlIème siècle, la famille dans son ensemble fait partie de la micro bourgeoisie du village. Elle sera avec quelques autres une pépinière d'instituteurs. Elle en compte cinq en cent ans, selon les hasards de la vocation, à travers les provignements de la descendance. Trois d'entre eux seront instituteurs au village même de 1794 à 1845. Le peu que nous savons sur la vie professionnelle de chacun illustre les variations subies par la fonction, comment elle évolue d'un statut contractuel passé avec les communes à la position de fonctionnaire départemental, en passant par les étapes du canton et de l'arrondissement.

De la Révolution française aux débuts de la IIIème République, ces temps divers ont néanmoins des principes communs. Ni les lois de l'Etat, ni les usages ne conçoivent dans la pratique un enseignement primaire laïque, gratuit et partant obligatoire.

 

ORIGINALlTE DU VILLAGE DE SAINT-LAURENT DU VAR :

Antoine CASTILLON naît à St-Laurent du Var alors village de 600 personnes, aujourd'hui ville de 30000 habitants.

Le village doit tout au torrent du Var, en premier lieu le sol sa commune. Les collines sèches de sédiments et de galets, livrées à la pinède,

à l'olivier et à la vigne, sont un don du grand delta quaternaire. Le village ignore la mer proche. On y compte accidentellement des marins et des pêcheurs. Ses préoccupations sont terriennes et accessoirement fluviales.

Jusqu'en 1860, St-Laurent est politiquement un village frontière. Le Var inférieur sépare la Provence française de la Province de Nice, l'une des composantes des Etats de la Maison de Savoie.

La vie frontalière s'arrête en temps de guerre. Les riverains sont contraints d'épouser les querelles de leurs souverains. Le récit en est long du XIVème au XVIlIème siècle et déborde sur le XIXème siècle. Le flux et le reflux des armées austro-sardes de juillet à décembre 1815 est le dernier des avatars auquel est soumis le village. La paix revient en 1816. Elle ne sera plus troublée avant 1942 et les bombardements aériens de 1941.

Forts d'une expérience locale aussi riche, les Laurentins du début du XIXème siècle ont des raisons suffisantes pour s'être forgé une tradition de cosmopolitisme éveillé mais prudent. Ouverts au monde pour le meilleur et pour le pire, ils ont leurs réactions propres, différentes de l'expérience acquise dans des villages plus à l'écart de la voie littorale ou isolés dans la montagne de l'arrière pays de Grasse.

 

MOUVEMENTS DE LA POPULATION:

Au cours de son histoire, le village fut quatre fois déserté et repeuplé, notamment en 1468 où se fixèrent des familles de la Riviera génoise. Un passé aussi mouvementé pèse sur la démographie.

En 1749, un état général sur les ressources de la commune donne 149 âmes de communion. Ils sont 293 entre 1793 et 1800. Le village se repeuple au cours de la longue paix du XIXèmc siècle. 731 habitants en 1831, y compris 23 employés des douanes et 6 gendarmes, pour atteindre 837 personnes en 1841. Il fléchit en 1860 quand les frontières sont reportées au-delà de Menton.

En 1881, elle commence son ascension au-delà de 1000 habitants.

L'histoire interne de la commune, telle qu'on la suit à travers les délibérations du Conseil Municipal du XIXème siècle révèle un constant embarras dû à l'accroissement de la démographie. Il a des incidences directes sur la politique scolaire du municipe.

Les registres de catholicité du XVIIlème siècle donnent un aperçu sommaire de la société Laurentine. Lors de la rédaction des actes, le desser­vant de la paroisse porte, de temps à autre, une indication sur l'état social des témoins. Il distingue le travailleur, le mesnager et le bourgeois. On comprendra que le travailleur dispose de peu de biens fonciers. Ni l'intéressé déclarant, ni les témoins de sa catégorie sociale ne signent les déclarations de naissance et les actes de mariage "et signé qui a scu" demeure une formule rituelle sans réponse. Sous la rubrique "mesnager" apparaît la gamme des petits et moyens propriétaires. Ils seront les cultivateurs de la nomenclature du siècle suivant. Environ un témoin sur trois signe avec le curé. L'épithète "bourgeois" est accordée au notaire du lieu, au lieutenant-juge, au maître chirurgien, à des fonctionnaires civils et militaires retraités à St-Laurent. Tous signent au registre de même que le fonctionnaire en activité, le con­trôleur, le receveur" les employés des fermes du Roy, le brigadier de ce lieu, témoins à l'occasion des naissances et des mariages.

Antérieurement à 1789, le seigneur n'a aucun lien avec la vie affec­tive du village. Le dernier en titre est un avocat de Nice, seigneurie de robe aux intérêts purement fiscaux. (à suivre)

 

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Que cette nouvelle année vous apporte joie, santé et prospérité.

Bien à vous

Edmond Rossi

 

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