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13/06/2011

SAINT LAURENT DU VAR DE 1939 A 1945, LES BOMBARDEMENTS

SAINT LAURENT DU VAR SOUS LES BOMBES (15).jpg

Dans la revue Lou Sourgentin n°102 (mai - juin 1992), Raoul Nathiez évoque quelles avaient été ses pensées lors du bombardement du 18 décembre 1943 :

«Ils ont bombardé le Pont du Var (..) C'est normal. C'est stratégique (..) Il n'y a pas d'habitations. Il risque moins d'y avoir de victimes ».

Il est vrai que l'Ouest de Nice n'était pas une zone très développée alors mais Nathiez ne se doutait pas que l'autre rive allait être meurtrie par ces bombardements. Sa seule crainte était que le pont soit coupé car cela risquait de rendre le ravitaillement à Nice encore plus difficile.

Le principal but des avions alliés était en effet de détruire les ponts situés sur le Var. Ils étaient peu nombreux près du littoral. A l'embouchure du fleuve se trouvait le pont Chauve. Sa construction avait été approuvée par le Conseil général lors de sa session de mai 1935. Lors de la séance du 4 novembre 1938 du Conseil Général, le maire de Nice, Jean Médecin, ne cache pas son admiration du futur pont :

«La nature a fort bien fait les choses à l'embouchure du Var, il s'agit de ne pas les gâcher. Ce qui fera la beauté de cet ouvrage, c'est qu'il sera léger, aérien ; ce sera une dentelle qui se profilera sur la mer. »

Composé de neuf arches de 34m50 chacune, d'une longueur de 371m, le pont était situé à 6m30 au-dessus du lit du Var. Les travaux devaient durer deux ans, à partir de 1938, afin que le pont soit prêt pour accueillir le congrès eucharistique international prévu à Nice dans les premiers jours de septembre 1940. L'ampleur de cette réunion devait être gigantesque puisque Mgr Rémond, évêque de Nice, avait demandé au Pape d'y venir. Or, depuis 1870, chaque Pape, une fois élu, ne quittait plus le Vatican. Ce congrès s'annonçait comme exceptionnel.

Des travaux visant à améliorer les transports devaient donc être entrepris pour recevoir des centaines de milliers, voire un million de fidèles. Le pont de la RN7 qui était la seule entrée à l'Ouest de Nice risquait d'être insuffisant.

Malheureusement les travaux de construction durent être arrêtés à plusieurs reprises. Le 3 décembre 1937,"Le Petit Niçois" rapporte qu'ils sont suspendus en raison de la question de l’aéroport de Nice. Les travaux recommencèrent le 10 juillet 1939, s'arrêtèrent de mai en août 1940. Mais, à cause du manque de matériaux et des crues nombreuses, les délais de livraison s'allongèrent.

Le 1« novembre 1941, Charles Chauve, l'ingénieur en chef des ponts et chaussées, note que «le coulage des voûtes est très avancé et pourra vraisemblablement être achevé en janvier 1942.» Le pont ne fut livré qu'en décembre 1943, l'essentiel des travaux étant terminé. Cette «dentelle » était faite de béton armé. Large de 25m50, elle était composée de deux chaussées de neuf mètres séparées par un chapelet de refuges axiaux de 1m50 et de 2 trottoirs de cinq mètres. Une piste cyclable de 2m était prévue dans le trottoir aval. Mais, il manquait la rampe d'accès du côté niçois. D'après les témoignages, le pont ne fut utilisé que quelques jours en juin 1944, avant d'être détruit.

Six cents mètres plus loin, se trouvaient le pont routier avec la voie des tramways et le pont SNCF. Il était surveillé par de nombreux policiers. Au niveau de la Digue des Français, on trouvait une passerelle en bois, une autre au niveau du quartier La Baraque. Ces passerelles avaient été construites en prévision d'une évacuation massive de la population niçoise. Leur rôle serait ensuite de suppléer les ponts après leur destruction. En remontant encore plus loin, on trouvait le pont de la Manda de la ligne de Grasse des Chemins de fer de la Provence, ainsi que le pont routier Charles Albert. Néanmoins, la distance séparant les ponts de St Laurent avec le pont de la Manda est assez importante. Rien que la destruction des premiers désorganiserait le ravitaillement de la région de façon significative.

De nombreuses vagues de bombardiers ont donc descendu ou remonté la vallée du Var pour tenter de détruire tous ces points de franchissement. Après leur destruction partielle ou totale, des passerelles ont été construites pour permettre le ravitaillement et les transports vers la région niçoise. Elles ont également été des cibles pour les alliés. Après le débarquement de Provence, il fallait empêcher d'éventuels renforts allemands venus d'Italie de franchir le fleuve. A la fin du mois d'août 1944, plus aucun pont n'était en état de permettre son franchissement, chacun ayant été bombardé plusieurs fois.

Les laurentins qui ont connu les bombardements se souviennent qu'ils avaient lieu souvent vers midi. La raison supposée était une meilleure perception d'avion des cibles à cause de l'absence d'ombres portées. Toutefois, les bombardements survenaient en fait en matinée (entre 10h et midi) et, ou en début de soirée (entre 18 et 19h).

Durant les premiers mois, les attaques aériennes sont épisodiques. Durant les mois de novembre 1943 et juin 1944, deux bombardements à quelques jours d'intervalle ont lieu.

Le premier bombardement de Saint-Laurent-du-Var a lieu le 14 novembre 1943. Ce sont les ponts du Var qui sont visés par les forces alliées. Cela correspond approximativement avec l'arrivée des soldats allemands. Pourtant il n'est pas possible d'établir un lien de cause à effet. Deux jours plus tard, le 16 novembre, le passage d'un avion est détecté à 4h50. Dix minutes plus tard, ont lieu les premières explosions. Le signal d'alerte est reçu à 5h35. Vingt minutes plus tard, les sirènes furent actionnées.

Le bombardement du 18 décembre 1943 endommage le pont routier. Il tue trois personnes et en blesse deux autres. Le 2 janvier, deux bombes tombent sur le pont SNCF. Les communications ferroviaires sont interrompues pour une durée indéterminée. Un laurentin est légèrement blessé.

La plupart du temps, la ville ne subit qu'une attaque par mois. St Laurent bénéficie même d'une accalmie du 2 janvier au 12 avril 1944. Durant cette période, la ville ne fut pas bombardée mais les alertes ne cessèrent pas.

Le 12 avril 1944, vers 13h50, une vague de trente appareils lâche des bombes sur le pont SNCF qui est touché en huit endroits. La voie ferrée étant abîmée, le trafic est interrompu. Une maison est détruite à St Laurent. Une quinzaine de bombes sont tombées près des autorités d'occupation mais il est impossible de savoir s'il a des victimes.

Le 26 mai, Saint-Laurent-du-Var connaît son bombardement le plus meurtrier. Le « Petit Niçois » des samedi 27 et dimanche 28 mai 1944 relate l'événement :

« DANS LA BANLIEUE NICOISE

Plusieurs wagons d'un train de voyageurs sont broyés par des éclats de bombes.

La première alerte, à 9h12, devait être suivie du bombardement d'une commune de la périphérie niçoise.

A ce moment-là, sur la voie ferrée qui longe la commune, un train se dirigeait vers Nice. Au signal d'alerte, le convoi s'immobilisa et même, faisant machine arrière, alla se garer à 450 mètres environ de la gare de la commune. Le signal de fin d'alerte retentit à 10h17. Aussitôt, le train se remit en marche. Il n'avait pas roulé sur 200 mètres qu'il fut entouré de bombes...

A ce moment, en effet, une deuxième alerte avait suivi immédiatement et environ 80 bombes lancées par les avions anglo-américains tombèrent sur la commune, arrosant tout le quartier situé autour de la voie ferrée.

Le convoi, haché littéralement par les éclats des projectiles, stoppa aussitôt. D'immenses cris de douleur s'élevèrent des wagons : la mort, la souffrance étaient entrées avec le passage des oiseaux de mort.

Les équipes de la Défense Passive, sous les ordres de M Rousselet, la gendarmerie, sous les ordres du maréchal des logis chef Maure, ainsi que de nombreux soldats de l'armée d'occupation, s'empressèrent immédiatement auprès du convoi tragique. Vingt-six morts et plus de cent blessés furent retirés des wagons.

Signalons que les sacs postaux purent être dégagés et expédiés à Nice. »

Les dégâts touchaient aussi les bâtiments voisins. Le journal témoigne de la violence du bombardement qui a notamment déraciné un platane et crevé les conduites d'eau. La situation de la ville était catastrophique car en plus des débris et des décombres, elle n'avait plus de gaz, d'électricité et d'eau. C'est la vision apocalyptique que rapporte « Le Petit Niçois » des samedi 27 et dimanche 28 mai 1944 :

« Le spectacle offert par certaines grandes artères était désolant. Ici les éclats ont criblé les façades, dépouillé les arbres dont les feuilles jonchent la route. Là, un platane a été déraciné et s'est abattu en travers de la chaussée ; plus loin, de larges entonnoirs se creusent dans une propriété. Les conduites d'eau, crevées, laissent échapper un liquide boueux qui traneforme rapidement la route en rivière.

Un grand immeuble, la façade enfoncée, laisse voir ses compartiments de béton et de pierre. Un studio de cinéma a été presque entièrement soufflé. Et partout on marche sur des débris de verres, de plâtras, des cailloux, des morceaux de bois que le souffle des bombes a éparpillé sur une immense étendue.

Le maire de la commune sinistrée devait prendre toutes les dispositions pour l'organisation des différents services et secours. Le téléphone, coupé, isolait la commune qui, par ailleurs, était sans électricité, sans gaz et sans eau. (...) »

Il y eut plus de 40 personnes tuées et une cinquantaine de blessés. Onze blessés succombèrent des suites de leurs blessures. Dans une lettre adressée au sous-préfet de Grasse le 22 juillet, Louis Ravet indiquait que ce bombardement avait fait 41 morts, 58 blessés et que onze personnes étaient décédées dans les hôpitaux. C'est évidemment le pire accident qui pouvait arriver. Les conducteurs des trains avaient l'habitude de s'arrêter lors des alertes. Mais le train repartit dès la fin de l'alerte alors qu'une nouvelle commençait. Il n'eut pas le temps de s'éloigner du pont du Var. C'était ce dernier qui était visé mais le train était trop avancé pour espérer éviter les bombes. Des voitures immobilisées à proximité furent également touchées.

Des laurentins avaient déjà été tués par des bombardements mais l'ampleur de ce désastre était sans précédent pour la commune. Mme Mathieu se rappelle qu'une femme avait rassemblé dans une valise les restes de son époux tué par ce bombardement. Une des plaques apposées à côté de l'Eglise du vieux village mentionne l'identité, le sexe et la ville d'origine des victimes. La plupart venaient des villes du département. La moitié venait de Nice ou de St Laurent (onze pour la première et dix pour la seconde). Parmi les victimes, on compte 32 hommes et 11 femmes ainsi que deux personnes inconnues.

TABLEAU DES VICTIMES DU BOMBARDEMENT DU 26 MAI 1944
(d'après la plaque apposée à côté de l'Eglise du Vieux Village)

Ville d'origine Hommes Femmes      

Antibes          3                 2       

Juan les Pins          1                 1

Beausoleil          1       

Nice               8                 3

La Bocca          1       

St Laurent          7                 3

Cagnes sur Mer1 

Vichy              1       

Cannes          6       

Villeneuve Loubet          1       

Cros de Cagnes          2        1       

Inconnue                 2

Fréjus                     1       

TOTAL          32               11

Ce jour est certainement celui qui a le plus marqué les esprits laurentins en raison du nombre de victimes très élevé. Dans ses délibérations du 6 juin 1944, le conseil municipal revient sur ce tragique bombardement :

« M le Maire expose au Conseil que les obsèques des victimes du bombardement du 26 mai 1944 se montent à la somme de frs : 32689. Il propose vu les circonstances que la commune prenne ces frais en charge de façon à venir en aide aux familles des victimes. D'ailleurs une somme de mille francs par victime sera remboursée par l'Etat (..) Le Conseil Municipal sûr d'être l'interprète des sentiments de toute la population de Saint-Laurent-du-Var déplore les ravages causés dans la commune par le cinquième bombardement, plus violent que les précédents, dont elle a été l'objet le 26 mai dernier.

Profondément ému, il prend part de tout cœur à la douleur des sinistrés qu'aucun terme ne saurait qualifier, exprime ses vives condoléances et ses sentiments de douloureuse sympathie à toutes les familles si cruellement atteintes.

Il témoigne sa reconnaissance et ses remerciements les plus chaleureux à toutes les organisations publiques et privées et à tous les sauveteurs qui se sont dépensés sans compter pour les soins et l'évacuation rapide des blessés pour le relèvement et l'identification et les obsèques des victimes.

Il remercie les autorités religieuses et civiles qui ont apporté à la population le réconfort moral et matériel.

En ces heures tragiques, il fait un pressant appel à l'union et à la solidarité de tous pour que chacun s'efforce d'atténuer dans toute la mesure du possible les souffrances des sinistrés. Il invite les habitants à les accueillir soit par le resserrement familial, soit en offrant les locaux vides. »

Les forces alliées continuèrent leurs bombardements des ponts. Le 4 juin, de 10h à 12h20, le pont SNCF fut touché. Des bombes tombèrent sur des maisons les détruisant ou les endommageant. Heureusement elles avaient été déjà évacuées. Il n'y eut donc pas de victimes. Quelques jours plus tard, le 7 juin, quatre bombes tombaient sur le même pont.

Mais, encore une fois, aucune victime n'était à déplorer.

C'est encore ce pont qui est visé et touché le 12 juillet 1944. La voie ferrée, entre la gare et le pont, fut endommagée par une bombe. Les dégâts étaient notables car on pensait qu'il faudrait deux à trois jours de travaux pour remettre en état la voie. Deux bombes tombèrent dans le lit du Var.

Le journal relate aussi les travaux des secours qui permirent de dégager des laurentins des décombres :

« Cependant, des hommes courageux dès les premières explosions, s'étaient élancés pour aller secourir les blessés. Parmi eux, nous citerons le curé de la commune, qui découvrit, non loin de son presbytère, une femme enterrée jusqu'au cou sous les décombres de sa maison. Le prêtre organisa les secours immédiats, et, sous le bombardement qui continuait, on put dégager la malheureuse femme, son mari et leurs deux enfants, âgés de 5 et 12 ans. Il s'agit de M et Mme Spezial.

Dans l'après-midi, des équipes de sauveteurs réussirent à dégager un ouvrier, M Honoré Roux, 50 ans, dont les cris avaient été entendus. Cet homme était resté plus de huit heures enterré vivant quand on le sortit de son affreuse position. Le malheureux avait subi une forte commotion et portait diverses contusions, mais heureusement, pas de blessures graves. M Honoré Roux avait marié sa fille la veille et il devait aller rejoindre ses enfants à la campagne quand le bombardement se produisit. »

D'autres personnes eurent moins de chance. Les bombes tuèrent des laurentines qui étaient pourtant réfugiés dans un abri. Le journal évoque ce drame :

« Cinq personnes volatilisées dans leur abri

Mais une bien triste nouvelle s'était rapidement répandue dans cette malheureuse localité, dix fois éprouvée déjà par les bombardements. Cinq personnes ont été tuées : Mme Tigani, Mme Blardone, Mme Oggero, Mme Baruffi et la fille de cette dernière âgée de 15 ans. Un vaste entonnoir se creusait à l'endroit où les malheureuses avaient cherché à sauver leur vie.

On ne retrouva que des débris de chair que l'on entassa dans une brouette. Une voisine recueillit un morceau de toile à carreaux bleus arraché au tablier de Mme Baruffi. »

Etant donné l'atrocité de l'explosion, deux hypothèses sont possibles : soit la bombe était très grosse, soit l'abri n'était pas très efficace.

Il est surprenant que «Le Petit Niçois» ne mentionne jamais le nom de St Laurent. Il subissait peut-être une censure. C'est la seule explication que l'on peut avancer. C'est d'autant plus étonnant qu'en général les noms des villes étaient indiqués.

Le lendemain du 2 août, trois groupes d'avions volant à 1000 mètres d'altitude attaquent en piquet différents points. La ville subit des bombardements à 10h30 et 18h30. Le pont du Var est atteint, le pont en bois reliant les Pugets à St Isidore, touché en 2 endroits, est inutilisable. La DCA de Montaleigne était aussi visée mais on ne signala pas de dégâts au village, ni de victimes. Le pont de la Manda fut détruit.

Le 4 août, pour la troisième journée consécutive'', les alliés tentent de détruire les ponts franchissant le Var. Entre 9h52 et 11h35, deux groupes d'avions lâchent quinze bombes sur le pont ferroviaire. Le tablier de celui-ci est touché et s'est affaissé sur un mètre du côté St Laurent et est ébréché du côté Nice. Le trafic est interrompu. Le Pont du Var est également touché en deux endroits mais les dégâts sont peu importants. Ce bombardement n'endommagea pas beaucoup d'immeubles et ne fit aucune victime.

Le 6 août 1944, les dégâts furent très nombreux. Dans « Le Petit Niçois » du 8 août 1944, Louis Ravet évoquait ce bombardement :

« C'était un peu avant 19 heures quand, pour la deuxième fois de la journée, l'alerte fut donnée. Tandis que, sans affolement, chacun prenait le chemin des abris, une pluie de bombes s'abattait sur le village rasant en quelques secondes des maisons entières, occasionnant des dégâts irréparables. » (...)

Le journal indiquait aussi la venue de personnalités venues constater l'ampleur du drame :

« Sur les lieux, M Piérangeli, sous-préfet de Grasse, apportait au maire de la commune, ainsi qu'aux habitants, des paroles de réconfort. II était accompagné du commandant de gendarmerie Colombani, chef de la compagnie des A-M ; du lieutenant Escourrou, commandant celle de Cannes ; de M Frotiée, chef du Secours National, ainsi que des fonctionnaires des Ponts et Chaussées. La Milice fut également une des premières sur les lieux, en compagnie des jeunes des Equipes nationales, et son action ne se ralentit pas un seul instant. »

Des bombes endommagèrent les ponts SNCF et Chauve ainsi que la passerelle en bois qui fut coupée sur une longueur de quinze mètres. Les bombes rendirent la voie ferrée inutilisable. Les avions visaient également les batteries de DCA situées au nord de la ville. Selon « Le Petit Niçois », 54 avions ont largué 220 bombes. Dans son rapport en date du 9 Août 1944, le lieutenant Escourrou évoque 3 vagues de bombardiers lourds de 20 à 25 appareils chacune, volant à une altitude de 3500 mètres. Ce bombardement a atteint la ville en plein cœur. Escourou note que « l'agglomération de. Saint-Laurent-du-Var, rassemblée de part et d'autre de la route nationale 209 a été à peu près complètement détruite 28 ».

Tomes les habitations bordant l'avenue Pétain depuis le chemin allant vers la passerelle pour piétons jusqu'au carrefour de la Poste (soit une distance de 500 m) étaient atteintes. Le centre de St Laurent était complètement détruit, 50 immeubles étaient effondrés. Un groupe scolaire (vraisemblablement celui du village), la mairie et la caserne de gendarmerie étaient partiellement démolis. Les gravas et les débris obstruaient la RN n°209. De plus, quatre incendies s'étaient déclarés dans les décombres. Sept personnes trouvèrent la mort au cours de ce bombardement. L'évacuation totale du village fut donc ordonnée.

Le 8 août, St Laurent subit son cinquième bombardement en huit jours. Vers 18 heures, une cinquantaine d'avions volant à 3000 mètres attaqua le Pont Chauve et le Pont du Var. Le lieutenant Escourrou rapporta que les travées externes du premier furent coupées. Mais, même si le pont avait été sérieusement détérioré, la travée centrale restait intacte, ce qui permettait toujours de franchir le fleuve en automobile. Des bombes tombèrent aussi sur un quartier évacué. Aucune victime ne fut à déplorer.

Les bombardements cessèrent pendant une semaine. Le 15 août, à une heure du matin, un avion lança une bombe éclairante sur le pont du Var qu'il mitrailla. Ensuite, St Laurent fut bombardé quasiment tous les jours, cinq jours d'affilée (les 15, 16,17,18,19) puis quatre jours de suite (25,26,27 et 28 août 1944).

Malheureusement, je n'ai pas pu trouver de documents concernant cette période. Les rapports officiels s'arrêtent juste avant et une partie de la presse est en trop mauvais état pour être consultée. Il y a donc un flou qui s'explique par les combats de libération. Les circonstances ont fait que la priorité a peut-être été donnée à l'action, et non à la rédaction de rapports.

Jérémy Thomas

En savoir plus? Voir le livre« Un Peu d’Histoire de Saint Laurent du Var » (Editions Sutton) pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 22 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Un Peu d’Histoire… évoque quelques moments du passé tumultueux de Saint Laurent du Var. De l’Antiquité à nos jours ces 70 chroniques illustrées permettent un survol varié propre à éclairer l’histoire de la région bien au-delà de celle d’un simple village provençal placé à l’embouchure du Var.

Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le comté de Nice.

Aujourd’hui ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var. Cité moderne, elle n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le Vieux-Village, avec ses rues pittoresques et son église romane.

Grâce à ces chroniques, Edmond Rossi nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

Edmond Rossi est depuis son plus jeune âge passionné par l’histoire du Pays d’Azur.

Auteur de nombreux ouvrages, il présente régulièrement des chroniques historiques dans le quotidien Nice Matin et sur les ondes Radio France Bleu Azur.

 

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06/06/2011

SAINT LAURENT DU VAR, LA TRAVERSÉE DU VAR EN 1758 ET 1760

 

31 LES BORDS DU VAR AU XVIII ème Siècle.jpg

A partir du milieu du XVIIIe siècle, la paix revenue pour de nombreuses années, il n’est plus question que du passage des voyageurs et de l’obligation traditionnelle qu’ont les gens de Saint Laurent de faire traverser le Var. La barque n’existe plus depuis longtemps. En 1758, la communauté des habitants conclut un accord avec un entrepreneur, le sieur Jean François Ferron. Le passage du Var se fait à gué, et si l’entrepreneur ne peut trouver un nombre suffisant de « gueyeurs », la communauté s’engage à les lui fournir, étant entendu que chaque homme sera payé par lui au salaire journalier de 30 sols d’argent de France.  Ces gueyeurs devront, à toute heure du jour, être à la disposition des voyageurs , la nuit, ils n’assurent le passage que si le service du roi l’exige.

En retour, personne ne peut traverser sans leur secours, ils détiennent un monopole. Si les pauvres sont guidés  gratis, les autres personnes paient à l’entrepreneur 30 sols d’argent de France pour chaque gueyeur utilisé du premier octobre au 31 mai et 20 sols du premier juin au 30 septembre. Enfin la convention n’oubliait pas les exigences de la morale et l’un des articles précisait : « les hommes que l’entrepreneur emploiera seront jeunes, vigoureux et sages , ils seront tenus de s’habiller de façon à éviter tout scandale et toute indécence » .

Vers le même temps le Parlement de Provence rendait un arrêt sur la question. Nous y lisons, « que les consuls de Saint Laurent nommeront annuellement 12 gueyeurs pour le passage du Var, tout habitant dudit lieu et les plus experts en cette fonction, lesquels prêteront serment devant le juge gueyeur de saint Laurent. »

Les obligations de la communauté de Saint Laurent sont rappelées dans les accords conclus entre les rois de France et de Sardaigne pour l’exécution du traité du 24 mars 1760, portant rectification et règlement des frontières. La barque sur le plus grand  bras du Var est rétablie. Par ailleurs, les voyageurs sont laissés libres, s’ils le veulent, de se passer des services de gueyeurs.

Les barquiers ou gueyeurs devaient remplir les conditions suivantes : "Il faut que les barquiers soient des gens choisis et craignant Dieu, qui fréquentent les sacrements et qui fassent leurs Pâques chaque année, qui portent un tableau autour de leur ceinture, qui aient la pudeur et de l’honnêteté envers les personnes du sexe, qu’ils soient charitables envers les pauvres et traitables avec les autres, qu’ils ne soient pas abrutis dans le vin pour ne pas risquer de se noyer et de noyer les autres ».

 

D’après le livre« Un Peu d’Histoire de Saint Laurent du Var » (Editions Sutton) pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 22 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le comté de Nice.

Aujourd’hui ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var. Cité moderne, elle n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le Vieux-Village, avec ses rues pittoresques et son église romane.

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30/05/2011

SAINT LAURENT DU VAR DE 1939 A 1945, LES SOURCES

 

SAINT LAURENT EN TABLEAU.jpg

 

St Laurent était un petit village à l'habitat dispersé en 1939. 5000 habitants y habitaient. De plus, sa proximité avec le chef lieu du département, Nice, le plaçait, selon les journaux de l'époque, dans la banlieue niçoise. Il n'y avait pas de presse locale.

Pour ces raisons, peu de personnes se sont intéressées à l'histoire de cette ville. Les ouvrages (livres, mémoires) se comptent sur les doigts de la main. De plus, la période de la guerre n'y est qu'à peine évoquée.

La recherche dans les archives départementales et municipales était donc inévitable. Dans les premières, j'ai pu trouver des correspondances, des résultats d'élections, des rapports concernant principalement l'activité politique de St Laurent du Var.

Dans les secondes, j'ai trouvé des informations complémentaires évoquant la Défense Passive et l'occupation. Toutefois, les archives municipales ont été en partie détruites par les bombardements de 1944. Donc, le corpus documentaire, limité puisque la commune était petite, est assez réduit. Les photos de St Laurent du Var entre 1939 et 1945 ne sont pas nombreuses.

La presse m'a permis d'avoir des témoignages d'époque à propos des bombardements. Evidemment ils sont à utiliser avec précautions à cause de la censure mais fournissent néanmoins des informations intéressantes. Des brochures du Souvenir Français, dont un recueil de témoignages ont permis d'obtenir quelques informations supplémentaires.

Je n'ai pas pu faire l'étude financière de St Laurent car des années manquent dans les documents comptables. Il était donc difficile de dégager des conclusions judicieuses. L'évêché ne m'a pas permis d'obtenir beaucoup d'informations à propos du curé de la paroisse de St Laurent pendant la guerre. Ils n'ont d'ailleurs pas répondu à mes courriers même quand le père Guglielmi est intervenu. J'ai seulement pu consulter les Nouvelles Religieuses.

Les documents concernant la Résistance sont quasi inexistants. Cela se comprend dans la mesure où les résistants agissaient dans la clandestinité afin de ne pas risquer leurs vies. Le recours aux témoins, qui connaissent bien mon sujet pour avoir vécu à St Laurent à cette époque, était indispensable. Ces témoignages avec quelques acteurs importants m'ont permis d'éclairer certaines zones d'ombre. Néanmoins, plus de cinquante ans après les événements, la mémoire a quelque peu atténué (effacé ?) Les souvenirs. Les témoins ont été plus ou moins sensibles à différents faits. Ils ont parfois voulu effacer de leurs mémoires certaines périodes. Il arrive que des témoins n'aient pas envie de relater certains événements. La difficulté est donc de mener l'entretien de façon à obtenir des réponses aussi claires que possibles tout en respectant le témoin et sa sensibilité.

Jérémy Thomas

 

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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le comté de Nice.

Aujourd’hui ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var. Cité moderne, elle n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le Vieux-Village, avec ses rues pittoresques et son église romane.

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